La conscience en débat : enjeux philosophiques 2/2

« Suis-je ce que j'ai conscience d'être ? ». « Je est-il un autre ? ». « Mes sens me trompent-ils ? ». Si la fin du XIXème siècle fut marquée par de grands progrès dans la médecine, cette période fut aussi l’occasion, pour l'homme, de se poser un certain nombre de questions philosophiques… Deuxième exposé faisant suite à « La conscience en débat : contre le réalisme naïf et le réductionnisme savant 1/2 », nous retrouvons donc ici Jean-Pierre Rospars poursuivre ses interrogations quant à la place et au rôle de la conscience sur nos systèmes neuronaux, visuels et sensoriels. Il élargira ensuite son propos vers les champs de la philosophie.

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Souchant ses réflexions dans celles de philosophes venant d’horizons aussi différents que Nagarjuna, Nietzsche, Merleau-Ponty, Francisco Varela ou encore Michel Bitbol, Jean-Pierre Rospars visera ici à dégager, à travers une hétérogénéité apparente du genre humain, et de sa physiologie, une commune homogénéité ; un même dénominateur commun.

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« La conscience, c’est le paranormal par expérience » nous dit-il…

Une tentative audacieuse et passionnante, oscillant tel un métronome en 3D sur un plan horizontal entre phénoménologie et métaphysique, latéralement entre Orient et Occident, et verticalement entre le très haut de la noétique et l'infinitésimal du quantique…

Deux domaines qui demeurent encore aujourd’hui assez mystérieux et dont les perspectives, assez renversantes, préfigurent sans conteste l’affermissement d’un nouveau paradigme alliant science et sagesse….

Extrait de la vidéo

C'est un exemple de patient qui ne peut pas reconnaître un objet. Alors le terme de l'agnosie, il a été utilisé dans beaucoup d'exemples. Il s'agit d'un exemple de patient qui ne peut pas reconnaître un objet. Il s'agit d'un exemple de patient qui ne peut pas reconnaître un objet.

Il s'agit d'un exemple de patient qui ne peut pas reconnaître un objet. Il s'agit d'un exemple de patient qui ne peut pas reconnaître un objet. Il s'agit d'un exemple de patient qui ne peut pas reconnaître un objet. Le terme de l'agnosie a été proposé par Freud en 1891.

Vous voyez que la maladie en question est connue depuis longtemps. C'est un déficit très rare de reconnaissance des objets pour une modalité sensorielle. Il n'y a pas de lésion du système sensoriel du tout, ni d'atteinte du langage, ni rien. Tout fonctionne correctement.

Dans ce cas-là, le sujet ne reconnaît pas un objet. Dans d'autres cas, il y a des couleurs qui ne sont pas vues, bien qu'encore une fois le système sensoriel marche, ou des mouvements qui ne peuvent pas être faits alors que le squelette, les muscles fonctionnent bien. La prosopagnosie appartient à cette série-là, je vous en ai déjà parlé. Le syndrome de Capgras appartient aussi à ça.

Ce sont des gens qui pensent que tous leurs proches sont devenus des sosies. Le patient dont je vais vous parler s'appelle DF. Il a été victime d'un empoisonnement au monoxyde de carbone au cours d'un séjour en Italie. Elle ne peut plus reconnaître des objets par la vue.

Par contre, elle voit les couleurs et la texture et est capable d'attraper une balle qu'on lui lance. Par exemple, si on lui présente une pomme ou un livre et qu'on lui demande de le dessiner, elle en est strictement incapable puisqu'elle ne peut pas reconnaître ses objets. Les dessins qu'elle fait ici n'ont aucune ressemblance avec les objets présentés. Alors que si on lui demande de dessiner de mémoire une pomme ou un livre, elle y arrive très bien comme le montrent ces petits croquis ici.

Les patients peuvent toucher l'objet ? Oui bien sûr, elle est peu. Je vous ai présenté le sujet, maintenant l'expérience dont je vais vous parler, c'est celle de Mel Goodell et Milner qui date de 1991 dans laquelle ils ont bien mis en évidence les caractéristiques de cette maladie. Donc le sujet dispose d'une carte qu'il doit mettre dans une fente.

Alors si on lui demande de dire, en lui montrant la fente là sous les yeux, mais on lui demande d'indiquer par le mouvement de l'objet quelle est la direction de la fente, elle en est strictement incapable. Elle ne voit pas la direction de la fente. Donc c'est ce qu'on voit ici, elle indique des directions au hasard, elle indique une nouvelle direction mais qui ne correspond pas en général à la direction qu'aurait indiqué un sujet normal, évidemment on ne se trompe pas, on voit bien la fente.

Mais ce qui est remarquable c'est que si on lui propose de mettre l'objet dans la fente, là il n'y a pas de problème. Elle met l'objet dans la fente de manière tout à fait correcte. Donc vous voyez c'est un phénomène tout à fait comparable à ce que je vous ai raconté précédemment sur les discriminations correctes sans conscience, ici c'est une action correcte sans conscience, et ça fonctionne de la même façon.

Mais ce qui est intéressant c'est qu'on a pu aller plus loin dans l'analyse. Ils se sont fondés, toujours Gödel et Milner, sur des connaissances qu'on avait à l'époque, qu'on appelle le modèle d'Ungerleider et Mischkin qui date de 1982, qui a compris que les différentes aires visuelles étaient organisées d'une manière extrêmement particulière et qui est représentée ici. C'est-à-dire que les différentes aires visuelles dont je vous ai déjà vaguement parlé précédemment étaient organisées en deux voies distinctes, une voie qui passe par le côté dorsal du cerveau et une voie par la partie ventrale.

Ces deux voies ont des fonctions différentes. Ici c'est le cortex visuel primaire, celui qui avait étudié Wiesel et Hubel, dont je vous ai parlé au tout début. Les autres voies ont été étudiées par la suite par d'autres chercheurs et ont permis de déterminer, par exemple, qu'il y avait une certaine aire MT qui servait à la direction de la détection d'un mouvement. Il y a une autre aire qui sert à la détection des couleurs.

Les aires sont plus ou moins spécialisées. Ce qui est remarquable, c'est que ce qui est dorsal a guidé des actions visuelles. On a des informations visuelles qui permettent de calculer des mouvements et ça passe par cette voie-ci. Alors que ce qui passe par la perception, la perception visuelle, passe par l'autre voie.

Donc les deux voies, l'action et la perception, sont distinctes. Sur la base de l'expérience qui précède, Goudel et Milner ont pu ajouter une information capitale, à savoir que la voie dorsale était inconsciente alors que la voie ventrale, elle, est consciente, supporte la conscience. Et c'est ce qui se passe. C'est le sujet des F qu'ils ont étudiés parce que les destructions dues au dioxyde de carbone sont localisées essentiellement dans la partie ventrale du cerveau si bien qu'elle n'est plus capable d'avoir des perceptions visuelles conscientes alors que sa capacité motrice d'action a été conservée parce qu'il n'y a pas eu de destruction due au dioxyde de carbone dans la partie dorsale.

Vous voyez qu'on met en évidence une distinction entre ce qui est conscient et non conscient et qu'on l'associe à des réseaux de neurones précis dans le cerveau. Vous voyez une connaissance qui commence à devenir très précise mais il y a d'autres résultats, traites tout à fait classiques aussi dont il faut que je vous parle à ce niveau-là. Les expériences de cerveau dévisé de Sperry sont tout à fait extraordinaires aussi puisque là également c'était totalement inattendu bien que maintenant extrêmement vulgarisé.

Ce sont des patients qui ont été opérés pour des problèmes d'épilepsie qu'on n'arrivait pas à traiter à l'époque par d'autres moyens, en particulier chimiques. Aujourd'hui on utilise plutôt des médicaments et on ne fait plus le type d'opération dont je vais vous parler là. C'est-à-dire que les patients avaient par exemple un foyer épileptique dans un hémisphère et ça se généralisait à l'ensemble du cerveau, des deux hémisphères en passant de l'un à l'autre grâce à un énorme faisceau ici de fibres qu'on appelle le corps caleux qui relie les deux hémisphères.

Je crois qu'il y a 200 millions de fibres d'axone qui passent de gauche à droite et de gauche à droite pour relier les deux hémisphères. Et alors on pouvait traiter ou plus ou moins diminuer les souffrances de ces patients à l'aide d'une opération extrêmement délicate consistant simplement à couper chirurgicalement le corps caleux. Donc ces opérations ont été faites par un chirurgien, Esperi. Lui était simplement le scientifique qui a fait passer des tests des tests de psychologie expérimentale aux patients pour essayer de voir de quel déficit exactement ils souffraient sachant que dans la vie courante apparemment ces patients n'avaient pas de problème à se comporter tout à fait normalement.

Donc ils avaient des déficits mais pas du tout évidents et il a réussi à les mettre en évidence avec le même type de manip' que je vous ai présenté pour Weisskranz là en projetant des objets, des images soit dans la moitié gauche soit dans la moitié droite du cerveau sachant que le langage est une spécificité de l'hémisphère gauche.

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