Herbes de la croissance, du feu, de la mélancolie et de la peur
« Qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin de médecin ! » nous rappelle Paolo Giardelli, anthropologue, spécialiste des superstitions et de l’étude des « thérapies magiques », en introduction de son exposé… Hommes, plantes et arbres entretiennent des rapports passionnants. Et nombreux. Médecine, pharmacopée, agriculture, cuisine (etc.) sur un plan horizontal et pratique, ces rapports prennent une tournure pour le moins étrange, voire inquiétante, dès lors qu’on les place dans une perspective symbolique et verticale : ordalie, intercession avec les plans subtils, magie, désenvoutement etc.
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Paolo Giardelli nous porpose ici un panorama assez étendu des rituels magiques visant à préserver, et améliorer, la santé des nouveaux nés. Ses exemples viennent principalement du nord de l’Italie.


« Immerger son nouveau-né dans l’eau froide d’un torrent équivaut à une ordalie, à un jugement de Dieu. »
Ainsi, enduire son bébé de levure et de farine, l’attacher à la pelle à pain, le placer un court instant dans le four (le four symbolisant un retour dans le ventre de sa maman) ; faire de même dans la crevasse d’un chêne, le nourrisson devant rester nu : Paolo Giardelli nous spécifie certains de ces rituels de guérison, en soulignant l’importance du principe de similarité.
Il évoquera aussi les rapports ambigus que ces rituels ont pu entretenir avec les autorités politiques et religieuses : depuis Pline l’Ancien, jusqu’à Pie X….
Il élargira aussi son étude sur une cérémonie visant à « chasser le sosie et faire revenir le véritable enfant ». On attribuait à certains démons, ou nains, la fâcheuse manie de voler les enfants en leur substituant un sosie. Lors de ce le rituel d’allochtone (contraire d’autochtone, ndlr) le magicien blanc oeuvrait alors à « renvoyer à la nature sauvage, diabolique, le sosie et rétablir ainsi l’unité familiale… »
Les plantes : médiatrices vers les plans subtils ? Eléments de réponse de Paolo Giardelli dans cette allocution filmée lors du XLIe congrès de la Société de Mythologie Française, congrès intitulé "La mythologie des plantes".
Extrait de la vidéo
Je commence avec la source orale, Clélia Biagiotti est une paysanne née en 1927 qui vit dans l'intérieur de la Ligurie. Le journaliste écrivain Carlo Caselli parcourt à Dordogne la montagne de la Ligurie orientale qu'il connaît après sa naissance et en laissant la description suivante du village natal de Clélia, il écrit le village modeste avec des maisons modernes seulement est situé entre un bois de châtaigniers dont les produits sont partiellement recueillis pour les besoins du pays et les terres restantes sont laissées au pâturage des porcs.
Lorsque Clélia a 7 ans, les curés de sa paroisse affirment dans une lettre avoir pris la pénible décision de ne pas donner la communion aux enfants à la fin de l'année du catéchisme pour donner une leçon aux parents qui ne s'occupent pas de leurs enfants, ils ne se préoccupent plus de la vache ou du veau que de leurs fils abandonnés à leur sort. Les souvenirs de Clélia confirment les mots du curé, elle dit toutes les familles travaillaient en métaillage donc elles n'avaient rien de leur propriété, elles habitaient des pauvres maisons dangereuses pour la sécurité, il y pleuvait à l'intérieur, les murs ne protégeaient pas du froid, il n'y avait pas de lumière, il n'y avait pas d'eau, ceci était la condition commune à tous, enfants et adultes, nous étions sous-alimentés, pour cette raison les enfants souffraient de mal au ventre, l'intestin était érodé par des grands vers, ils étaient soignés en mangeant de l'ail cru que l'on frottait aussi sur les poignets entre l'oreille et la joue et même sous le nez, les mères réussissaient à nous faire boire un pet de pétrole pris de la petite lampe de la maison.
Le rite suivant décrit par notre informatrice s'inscrit dans ce contexte socio-culturel, ce que j'ai dit je l'ai vu personnellement et je le crois parce que c'est la vérité, les enfants naissaient dans des conditions de misère, de toute taille et de tout poids, si un fils naissait en pérachitique, d'une constitution fragile, les parents prenaient l'enfant et le conduisaient hors de la maison auprès d'une petite plante de jeunes noyés, pas gros bien entendu, ils fendaient cette jeune plante dans le sein de la longueur de façon qu'elle reste unie en haut et en bas, à travers la perforation pratiquée dans les noyés, on faisait passer l'enfant en avant et en arrière trois fois, pour accomplir l'acte se trouvaient les pères et la mère, la mère étant la dernière à recevoir l'enfant, ensuite ils prenaient un rameau de sol qu'on liait bien attaché au trou pratiqué, afin que les deux parties s'assemblassent et que l'arbre fût réuni de nouveau, au bout de cette opération les fils étaient ramenés à la maison sans faire autre chose, si les noyés survivaient et grandissaient, l'enfant allait mieux et guérissait, au contraire si l'arbre séchait, l'enfant mourrait, il aura été le dernier cas dans ces endroits, c'est arrivé à un frère de mon mari qui est maintenant à 50 ans, à l'époque, ma entrevue est de 1979, maintenant il a 90 ans, c'est arrivé à un frère de mon mari qui est maintenant à 50 ans et il a grand effort, le nouveau-né avait fait pleurer le village entier en raison de l'état où il était réduit, il était né si massé, si en mauvais état, les noyés ont survécu et mon parent est devenu un homme grand et fort.
Contrairement à ce qui avait lieu ailleurs, la thérapie rituelle décrite ne prévoit pas qu'à la fin du rite l'enfant soit porté dans l'église, il n'est même pas possible de répéter la cérémonie d'autrefois avec un nouveau rameau ou arbre si la première tentative échoue. Les certains principaux sont trois, les couples parentaux et l'enfant. En Bretagne aussi, au 18e siècle, c'était les pères et la mère qui passaient leur enfant par un chien fendu.
Une autre caractéristique observée dans ce cas, on ne disait pas formule horaire secrète. A titre d'exemple, en Aragon, mais c'est le même en Portugal, la Vigée de Saint-Jean sait qu'il se passent les petites malades, respectivement prénommées Jean et Pierre, récite la formule dialoguée suivante « Prends-les Jean, donne-les-moi Pierre, remplis, je te les donne, sains, je te les rends. » Dans un manuscrit de l'Allégorie orientale rédigé par un prêtre de Paoli vécu dans le 18e siècle, les courrées énumèrent 35 prescriptions, souvent terminées par l'affirmation « Remède vérifié » ou « Vue essayée par moi ».
En particulier, les numéros 31 et 32 sont dans notre intérêt. Les 30 ans se réfèrent de manière synthétique à ce qu'a déclaré notre informatrice. Si vous arrivez les malades de la naissance d'un petit enfant aventato, c'est un mot italien, je vais l'expliquer ensuite, c'est-à-dire un petit enfant aventato, c'est-à-dire gonflé, et cela s'est passé aussi après être né, à cause du manque de soins par la mer, on doit faire ses remèdes.
On prend le petit enfant à un domaine géant, un petit arbre dénoyé, on l'élargit tant que l'enfant peut y entrer. En le faisant trois fois, l'enfant guérit. Les 32, un autre remède pour les enfants qui souffrent comme si déçus, on prend le petit-fils de la mère, on l'amène où il y a des limites en pierre, on doit les mettre entre les limites. En les faisant trois fois, il guérit parfaitement.
Ce sont des remèdes qui sont employés par les femmes pleines de superstitions. L'apothécaire Clemente Rossi, d'un village proche de notre informatrice, dans un livre publié en 1874, nous donne une information importante. L'érite de passer trois fois à travers un arbre dénoyé fendu, sert à guérir de la hernie. Un anthropologue italien très fameux, très important, Alfonso Maria di Nola, a dédié une recherche exhaustive à ces rituels en soulignant une large diffusion en Italie et en Europe, de la Suède au Portugal.
Cette thérapie, appelée en Italie passata, apparaît, selon di Nola, avoir pour but principal de préserver de la hernie les enfants de sexe mâle. Rarement elle concerne le sexe féminin. En particulier, les soins visent les formes de la hernie scrotal, qui provoquerait l'impuissance sexuelle. Pour Claudine Fabre-Vassar, qui cite