Emile Tizané : un gendarme sur les territoires de la hantise
“Les Forces de l’ordre invisible : Émile Tizané, un gendarme sur les territoires de la hantise". Tel est le formidable travail de reconstitution (paru en 2016, Ed. Le Murmure) qu’a accompli Philippe Baudouin, suivant pas à pas la carrière peu commune de ce gendarme qui consacra plus de 50 années de sa vie à enquêter, minutieusement, sur les phénomènes de hantises : Poltergeist et maisons hantées....
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Parapsychologue de terrain, auteur de six ouvrages qui composeront un imposant corpus d’informations circonstanciées, salué par le poète Jean Cocteau pour l’avant-gardisme et le sérieux de sa démarche, Emile Tizané (1901-1982), commandant de gendarmerie, n’aura de cesse d’introduire, et de défendre, au sein de sa hiérarchie militaire, l’intérêt d’enquêter sur ces phénomènes de hantises.


Tizané, le seul militaire français qui osa aventurer la “Grande Muette” vers les recoins de l’inexpliqué.
Son souhait ultime, et non avoué à sa hiérarchie : développer une véritable méthodologie d’analyse, voire d’investigations, de ces phénomènes paranormaux...
Si les archives de la gendarmerie nationale le décrivent comme “un officier d’intelligence moyenne, consciencieux, et s’intéressant aux sciences occultes”, on peut affirmer que cet homme, que tout destinait à une paisible carrière dans la cavalerie, connu un destin inédit. Cela, notamment à partir de l'année 1930 et la fameuse affaire de possession à “la ferme Rozier”, en Isère, qui défraya la chronique ...


Manifestations d’entités intelligentes, qui s'expriment le plus souvent à travers de jeunes filles....
A l’heure où le paranormal se voit souvent usurpé, notamment sur Internet, par un certain d’esprit marchand et crétin (Web Ex, chasseurs de fantômes, infantilisation), Philippe Baudouin (diplômé de philosophie! ) nous plonge ici de manière sérieuse et posée dans le parcours épique de ce chercheur hors du commun….
Cet exposé fut enregistré à l’IMI, Institut Métapsychique International, à Paris, où l’on peut lire, en entrant, en (très) grosses lettres : “Le paranormal, nous n’y croyons pas, nous l’étudions”. Une démarche d’ouverture, associée à une grande rigueur, qui ne quittèrent jamais, non plus, les recherches du commandant Tizané.
Extrait de la vidéo
Bonsoir à tous, merci François, merci à l'équipe de l'Institut de m'avoir invité. C'est vrai que je leur avais prouvé de venir depuis deux ans déjà, donc on y arrive enfin, mieux vaut tard que jamais. Juste, je me suis dit que, peut-être pour commencer, il n'y avait rien de mieux que de donner directement la parole à Emile Tizanet. Ça c'est la force, la magie des archives.
Et je voulais vous proposer de voir l'extrait d'une émission télé de 1973. Donc Tizanet, à cette époque-là, à peu près 72 ans, il revient un petit peu sur sa carrière. Il présente assez sommairement, avec le charme qui lui est propre, un petit peu son parcours, son regard, le regard qu'il porte sur les maisons hantées. Voilà, je vous laisse profiter de cette belle archive.
Est-ce la fascination du mystère qui a poussé un commandant de gendarmerie, Emile Tizanet, aujourd'hui en retraite, à se lancer sur la piste des phénomènes de Antibes ? Toujours est-il que pendant un demi-siècle, cet homme a enquêté lui-même sur ces phénomènes, et a rassemblé près de 300 dossiers, tous basés sur des rapports de gendarmerie, et concernant des affaires qui se sont déroulées au cas de la France.
Est-ce que vous considérez que même dans les affaires qui ont une élucidation normale, il y a eu intervention finalement d'une puissance exceptionnelle ? Je n'y crois pas dans tous les cas. Mais pourquoi pas dans quelques cas, puisque dans les cas comme ceux que je vous ai cités, nous avons de notre Indigine qui s'est vendue en produisant des phénomènes d'objectifs indéniables. Voilà, alors on va essayer justement de démêler peut-être ensemble tout le jargon en fait, qui emploie tous les concepts, les termes assez particuliers qu'emploie Tizané à cette époque, parce qu'il est très convaincu, il a déjà publié à peu près 7 ou 8 ouvrages déjà.
Là, c'est un petit peu son moment de gloire médiatique, donc il se permet une grande liberté dans la manière de préciser un peu son parcours, ses enquêtes. Et c'est vrai que ce n'est pas toujours évident derrière ce jargon de comprendre un petit peu la démarche. Donc justement, c'est l'objet un peu de cette conférence, d'essayer de mieux comprendre son travail, son parcours, sa méthode, savoir si se demander ensemble s'il y a une méthode Tizané, s'il y a un savoir-faire Tizané, quelle est un petit peu la particularité de son travail, sa singularité, voilà un peu l'objet de cette conférence.
Alors, pour le présenter, peut-être revenir tout simplement sur des archives. Les archives publiques, celles qui sont conservées donc au Château de Vincennes, les archives de la Gendarmerie Nationale, là où je suis allé, après avoir travaillé ici, après avoir découvert ces ouvrages ici, puisque Tizané, je le redis, a publié sept ou huit ouvrages, dont la plupart portent sur les phénomènes de maisons hantées.
Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'avant d'être auteur, ce fut un gendarme, un officier de gendarmerie. Donc le travail, pour moi, en tant qu'historien, ça a été d'aller consulter son dossier de carrière du côté des archives de la Gendarmerie Nationale au Château de Vincennes. Et voilà, notamment, un des documents que j'ai trouvé. Voilà ce qu'on peut lire en 1944, dans un rapport produit à l'époque par un de ses supérieurs, et qui, je trouve, quelques lignes, vous allez le voir, résume à elle seule toute sa personnalité.
Voilà ce qu'on peut lire. « Officier d'intelligence moyenne, travaille consciencieusement, a des connaissances générales convenables, s'intéresse aux sciences occultes. » Voilà, là on est en 1944, et vous voyez condensé en quelques mots tous les traits principaux qui pourront caractériser un petit peu sa personnalité. Ce qui est intéressant, c'est que là aussi, quand je disais que c'était condensé, c'est peut-être aussi tout ce qu'il, lui, Tizanet, a bien voulu montrer auprès de son administration d'origine, la gendarmerie, l'armée.
Parce qu'aujourd'hui, à première vue, son dossier ne comporte que de très rares mentions de son intérêt pour les phénomènes occultes. Seule une petite feuille manuscrite, discrètement placée entre deux comptes rendus et qui est restée anonyme, vient dissonner comme ça avec le reste des autres éléments. Je pense qu'elle a été glissée volontairement par Tizanet. J'ai reconnu assez rapidement son écriture.
Je dis qu'elle est restée anonyme, elle n'a pas été signée, mais je suis quasi certain qu'il s'agit de Tizanet, qui a voulu comme ça faire un petit pied de nez assez responsable à l'époque, qui justement, tout au long de sa carrière, ont bec et ongle défendu l'idée qu'il n'y avait aucun intérêt à travailler sur les phénomènes de hantise, ces phénomènes parapsychologiques. Alors cette petite feuille la voici, et voilà ce qu'on peut y lire.
Il manque un rapport de 1942 ou 1943 relatif à une démonstration de sciences occultes. À ce rapport était joint un compte rendu coupé dans mon journal. Voilà ce qu'a voulu glisser et laisser comme trace Tizanet dans son dossier de carrière. C'est assez étonnant, mais voilà la petite feuille que j'avais trouvée justement en consultant ce fameux dossier.
Mais bon, il faut dire qu'en dehors de ces quelques éléments, rien, absolument rien à l'examen de ces documents officiels ne permet, je crois, de distinguer la carrière de Tizanet de celle de n'importe quel autre officier de province. Il faudra sans doute attendre peut-être l'hommage inattendu que va lui faire Jean Cocteau dans son journal d'un inconnu pour voir peut-être en lui un gendarme bien hors du commun.
Voilà les lignes que consacre Cocteau en 1953 à Émile Tizanet, je le cite. « Consultez au sujet des hantises et de la malice qui paraissent être, dans certaines maisons, l'œuvre d'une force mystérieuse et très stupide, le remarquable livre d'Émile Tizanet sur la piste de l'homme inconnu. Première étude documentée sur ces petits phénomènes encore inexplicables qui seraient la frange des phénomènes qui nous occupent.
Les phénomènes de petites zones que relate Tizanet sont la base d'une foule d'enquêtes, de châtiments injustes, de meurtres dans les campagnes. On ne découvre pas le coupable qui s'exprime par la bande et à son insu. On s'entre-soupçonne et, redoutant d'accuser quelque chose, on se soulage en accusant quelqu'un. » Alors ces lignes, je le rappelle, ont été publiées à la suite de l'apparition du premier livre de Tizanet.
Cocteau a été l'un des premiers lecteurs de Tizanet, il faut le souligner, alors que justement le gendarme venait de prendre sa retraite au bout de 25 ans de carrière à peu près. « Et ce que je disais, c'est que je crois qu'il a réussi une chose, au moins une chose dans sa carrière, c'est d'être resté plus ou moins discret durant sa carrière, j'assiste là-dessus, sur ses enquêtes officieuses. Il a, je crois, réussi à mener de front deux activités, donc d'une part sa carrière d'officier de gendarmerie et donc les différentes responsabilités qui lui incombaient, et d'autre part un parcours de parapsychologue de terrain, il faut employer un terme, ce serait celui-ci, un parapsychologue de terrain, étudiant inlassablement près de 300 cas de maisons dites infestées ou maisons hantées, voilà, près de 300 cas, 300 cas que j'ai eu la chance de découvrir, donc il y a quelques années de ça, au moment où j'ai entamé la rédaction du manuscrit de cet ouvrage.
Mais peut-être pour commencer, il faudrait rapidement resituer un peu le parcours de cet homme. Alors Tizanet, c'est le fils d'un gendarme, fils d'un gendarme originaire des Pyrénées-Orientales et d'une modeste ménagère. Tizanet est né en 1901, le 29 juin, dans une petite commune algérienne située dans la région de Constantine, qui est alors, il faut le rappeler, un des départements français d'Afrique du Nord.
Au début des années 1910, ses parents vont décider de quitter le pays pour s'installer à Juvignac, dans les Rho. Et après avoir obtenu son bac, Tizanet opte pour une carrière militaire. Il est engagé volontaire à l'âge de 19 ans et se voit incorporé en février 1920 au 2e régiment de ce pays, dont voici une magnifique photo d'époque. Il va participer de cette manière à plusieurs opérations sur les territoires d'Afrique du Nord, en Algérie, au Maroc, avant de rentrer définitivement en métropole.
Il est alors admis à l'école d'application de cavalerie de Saumur en 1925.