Que sont devenus les enfants de la revue Planète ?

En 1961, deux intellectuels français : Jacques Bergier et Louis Pauwels (futur créateur du Figaro Magazine !) créent une revue, la Revue Planète, qui va connaitre un succès fulgurant pendant sept ans. Son concept: allier réalisme et fantastique, en d’autres termes : science et science fiction. Quarante ans après : que sont devenus les enfants de cette revue ?  Pour répondre à cette question, nous avons réunis Wiktor Stoczkowski, anthropologue (EHESS et Collège de France), Jean-Luc Rivera, fin connaisseur du paranormal et Stéphane François, spécialiste des contre-cultures.

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Dans un premier temps, nos trois intervenants vont évoquer le contenu de cette revue et la salve de critiques - parfois violentes - dont elle fut l’objet, principalement par l’union rationaliste française. Ensuite, ils tenteront de décrypter si une doctrine en est issue, et si des héritiers ont pu s’en prévaloir : mouvements hippies ? Groupes conspirationnistes ? Nouvelle droite ? Ufologues ? Adeptes du New Age ? Parapsychologues ? Neuroscientifiques ?

Dans cette période charnière des années 50-60, située entre la reconstruction et dix ans avant les évènements de Mai 68, la revue Planète (ainsi que le livre Le matin des Magiciens des mêmes auteurs, paru en 1960) ont prédit une ère nouvelle pour notre monde occidental. Cette transmutation sociale, culturelle, mais aussi spirituelle annonçait un monde nouveau, une troisième voie pour le troisième millénaire : se situant au-delà de la doctrine chrétienne déclinante et du matérialisme scientifique triomphant.
Pour ces visionnaires, il s’agissait de retrouver une sagesse initiatique perdue en explorant les sciences les plus avant-gardistes. En effet, de tout temps, d’éminents chercheurs pourtant issus des milieux académiques les plus officiels, tels que Teilhard de Chardin, Mircea Eliade, Carl Gustav Jung ou Edgard Morin n’ont pas hésité à braver le positivisme dogmatique de leur époque. 

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Grâce leur audace et leur intuition géniale, ils ont orienté leurs axes de recherches sur des domaines peu (re)connus et sont parvenus à atteindre un savoir salvateur, « une connaissance rédemptrice » qui a modifiée depuis la représentation scientifique que nous nous donnons du monde.

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Souhaitez-vous découvrir cette époque où des chercheurs éclairés, illuminés… ou parfois très « allumés » n’hésitaient pas à prendre leur plume ? Quel bol d’air formidable pour notre époque où l’uniformité s’est substitué à l’unité, et par voie de conséquence le mainstream à la culture… Une table ronde d’une heure quarante (proposée en deux volets), animée par Patricia Martin, et filmée au Forum 104 (Paris).

Extrait de la vidéo

Donc, les enfants de planète, que sont-ils devenus ? Alors, j'ai tendance à avoir envie de reposer la même question à Jean-Luc Riviera, d'après le petit échange que nous venons d'avoir, puisque très jeune aussi, au lycée, j'ai eu la chance de lire d'abord « Le matin des magiciens », puis toute la collection Planète, que j'ai perdu l'air d'un déménagement et racheté pour 5 euros lors d'une brocante.

Voilà ce qui fait ma présence aussi ici parmi vous, si vous voulez bien un petit peu représenter ce qui vous attire, comment vous en êtes arrivé en tant qu'amateur, donc, sur cette table ronde concernant Planète, Berger et « Le matin des magiciens » ?

Je crois effectivement que je suis un véritable enfant de Planète, puisque, comme vous l'avez mentionné, j'ai commencé à lire Planète quand j'avais une douzaine d'années, donc on est fin 1963, début 1964, et j'ai acheté à l'époque les numéros qui me manquaient, et j'étais aussi naturellement un lecteur de la collection noire de Lafon, Robert Charou, les choses comme ça, j'étais un grand amateur en même temps de science-fiction, et donc c'est vrai que Planète, dont j'ai toujours ma collection complète à la maison qui m'a toujours suivi depuis, m'a profondément marqué intellectuellement, parce que la revue, et ça je pense qu'on aura l'occasion d'en reparler, ouvrait à l'époque des horizons intellectuels complètement nouveaux, que ce soit en matière de littérature, d'archéologie, les sciences, enfin vraiment c'était d'une richesse dans tous les domaines, et je crois que c'est, quand on se replace, c'est difficile aujourd'hui, mais on est bien avant 68 dans la France gaullienne, où il y a quand même un carcan qui existe, et Planète a apporté, je crois que c'est ça qui a fait tout le succès de la revue à l'époque, après le matin des magiciens, c'est que ça a apporté un souffle d'air complètement nouveau, ça ouvrait des horizons qui étaient fantastiques, n'ayons pas peur de le dire.

Planète tiré pour le premier numéro à 100 000 exemplaires quand même.

C'est ce qui s'est dit, oui.

Donc ça devait correspondre à une demande.

Ça correspondait à une demande, et il ne faut pas oublier que c'était une revue qui pour l'époque était une revue chère, je n'ai plus le prix en tête, mais à l'époque c'était une revue chère, ce qui ne l'empêchait pas de très bien se vendre.

Voilà.

C'était beaucoup à l'époque.

C'était beaucoup.

Et donc aujourd'hui votre orientation par rapport à la continuité de Planète, aux enfants de Planète, donc vous occupez d'une association, d'une maison d'édition, c'est ça ?

J'ai continué à me poser les questions et à chercher les réponses à tout ce que Planète m'avait ouvert.

Donc j'ai continué d'une part à être un très grand lecteur de science-fiction et de fantastique, et d'autre part j'ai conservé une passion pour tous les énigmes, les phénomènes fortéens.

Ça vient de Charles Fort qui a été lancé d'ailleurs par Powell et Bergier, et la première traduction du livre des Danais de Charles Fort qui est son œuvre fondamentale, ça a été publié dès 1955 au Deux-Rives, la collection de Louis Powell, et c'était sur recommandation de Jacques Bergier.

Donc j'ai continué à m'intéresser à l'ufologie, à la parapsychologie, à la cryptozoologie, et à tel point que j'ai même sorti plusieurs numéros d'une revue annuelle qui s'appelle La Gazette Fortéenne, dans laquelle on étudie ce genre de phénomènes.

On va passer donc à Stéphane, Stéphane François donc, si j'ai bien compris, spécialiste extrême droite et musique.

La musique marginale en particulier, tous les phénomènes subculturels m'intéressent.

Mon rapport à Planète, ça s'inscrit simplement dans le champ d'histoire des idées, c'est l'apport de Planète, la sensibilité qu'elle a modifiée par la suite qui m'intéresse, mais aussi un certain nombre de textes qui ont été récupérés et dont les thèses ont été déformées.

Je m'intéresse notamment à certains discours de Planète qui ont été réutilisés par l'extrême droite.

Et comme ma spécialité c'est avant tout l'extrême droite, je me suis aussi intéressé aux cas particuliers de Powell et ses rapports avec la nouvelle droite.

Donc en fait Planète, j'ai un intérêt, mais ça s'inscrit vraiment dans le cadre de l'histoire des idées, mais c'est vrai que tout enfant j'ai un parcours similaire à M. Rivera, j'ai dévoré tout ce genre de littérature, sans jamais y croire.

Mais voilà, j'ai dévoré toute la collection noire aussi de Robert Laffont, sauf que moi je ne les achetais pas quand ça sortait, je faisais les bouquinistes.

Moi je les rachète maintenant ! Et Victor Sofkoski, donc, vous étiez à Planète.

Oui, ma rencontre avec la Planète, ce n'était pas pour moi une fascination de jeunesse, je la rencontrais très très tard, en tant qu'anthropologue.

Je suis anthropologue, mais contrairement à la plupart de mes confrères, je n'étudie pas des cultures lointaines, exotiques.

Je m'intéresse à la culture des sociétés dites occidentales, donc à notre propre culture, et le phénomène qui a attiré particulièrement mon attention, c'est la façon dont nous, les Occidentaux, nous construisons nos savoirs, donc les idées, qui pour nous sont un reflet de la réalité, et comment nous, les Occidentaux, nous fabriquons nos visions du monde.

Et la Revue Planète, créée dans les sillages du matin des magiciens, m'a intéressé en tant qu'un exemple parmi d'autres de la façon dont la culture non académique, non universitaire, est capable de nous proposer une véritable vision du monde, dont l'impact sur les opinions collectives a été très grande à l'époque.

Et comment expliquer qu'une période, je veux dire, avant le matin des magiciens, il y avait du fantastique, mais ce mouvement quand même de réel, fantastique, est né et a eu un tel succès ? C'était pourquoi ? Par une révolte ? Par un manque de liberté ? Par… sur quoi on pourrait mettre ce… comment se fait-il qu'il y ait autant de succès et que ce soit pratiquement une révélation pour tous les enfants de planète aujourd'hui ?

C'est très couru dans les brocantes, c'est très… enfin, qu'est-ce qu'il y a pu à cette époque-là faire qu'un mouvement comme ça, ou quel en était l'essence ?

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