Arts visionnaires et psychédéliques : vers une connaissance intégrale ? 14/15
Françoise Bonardel nous emmène ici à la fin du XIXème siècle. Une époque marquée par l’essor de l’occultisme, de la théosophie et de la psychanalyse : trois courants, alors avant-gardistes, qui nourrissaient une même ambition, celle d’unir les sciences nouvelles aux traditions anciennes. Un projet visant l’universalité du genre humain, mêlant Orient et Occident.
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Son exposé vise plus précisément à étudier l'interpénétration qu’occultisme, théosophie et psychanalyse ont pu avoir sur l’art visionnaire. Un art singulier, et invitation à entrer dans cet « espace imaginal » où le pouvoir de l’imagination devient création. Et transformation…


Une approche qui transcende les simples dimensions esthétiques ou émotionnelles.
A partir des œuvres des « sages » théosophes, Hilma af Klint et Olga Fröbe-Kapteyn (fondatrice du groupe Eranos et amie de Jung), mais aussi des plus « turbulents » Ernst Jünger, Henri Michaud ou Antonin Artaud, tous trois grands consommateurs de psychotropes (opium, mescaline, peyotl), Françoise Bonardel nous incite à distinguer un art de surface, temporel et éphémère, de celui qui nous attire et invite vers nos profondeurs.
Une démarche, ici celle de l'art visionnaire, dont l'ambition est bien de nous relier à une tradition, à une verticalité, à un inconscient.
Elle examinera aussi, l’usage des psychotropes que firent ces artistes, comme « excitateur de visions », « creusets des images primordiales ». De Charles Baudelaire à Carlos Castaneda, sans oublier Arthur Rimbaud…
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Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel.
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Nota bene : les films sont mis en ligne au rythme de un tous les deux mois. Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Je voudrais simplement attirer votre attention sur un aspect de l'art visionnaire qui est lié à l'influence de ce qu'on a appelé à la fin du XIXe siècle l'occultisme et l'athéosisme. Ce sont là deux mouvements qui ne sont pas simplement des mouvements artistiques mais qui ont marqué l'imaginaire et qui ont participé à une ouverture de l'art dans le sens de la vision. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que l'imaginaire, il n'y a pas que l'artiste, il n'y a pas que l'artiste, il n'y a pas que l'artiste.
Autrement dit, en quelques mots, l'occultisme qui s'est développé à la fin du XIXe siècle cherche à faire apparaître ce qui était jusqu'alors caché. C'est l'époque aussi où s'est développé le spiritisme et un certain nombre de pratiques de ce genre. Alors j'ai choisi cette « Ile des morts » de Böcklin qui est un tableau extrêmement célèbre parce que la vision est belle, la vision est esthétiquement, à mon sens, très belle, probablement inspirée par l'île de Saint-Michel vers Venise qui est l'île des morts puisque c'est un cimetière.
Mais bon, au-delà de ça, il y a un imaginaire extrêmement puissant qui se manifeste ici avec cette barque sur laquelle est un fantôme drapé de blanc. Voilà un type de tableau qui s'inscrit tout à fait dans la mouvance de la pensée occultiste telle qu'elle s'est développée à la fin du XIXe siècle. Alors voilà une artiste que d'ailleurs m'a fait découvrir, Franck Agier, que je ne connaissais pas. C'est une Suédoise qui est considérée comme une précurseur de l'art.
Je ne sais pas si vous connaissez ce mouvement qu'on appelle la théosophie qui est d'ailleurs très ancienne puisque Jacob Böhm était considéré comme un théosophe. Qu'est-ce que ça veut dire ? Quelqu'un qui a acquis la sagesse de Dieu. Quelqu'un qui a de Dieu non pas une connaissance intellectuelle, mais une connaissance intellectuelle de Dieu.
En tout cas, la théosophie telle qu'elle s'est développée à la fin du XIXe siècle sous l'égide de ce personnage étrange qu'était Helena Blavatsky, eh bien la théosophie a eu une influence énorme sur les arts en particulier. C'est-à-dire que la théosophie a eu une influence énorme sur l'art. C'est-à-dire qu'on revient sur cette idée de vision intégrale, de connaissance intégrale et de dialogue entre la science qui était en plein essor à cette époque-là et l'éthique de la théosophie.
C'est-à-dire qu'on revient sur cette idée de vision intégrale, de connaissance intégrale et de dialogue entre la science qui était en plein essor à cette époque-là et l'éthique de la théosophie. C'est-à-dire qu'on revient sur cette idée de vision intégrale, de dialogue entre la science qui était en plein essor à cette époque-là et les traditions spirituelles. Au fond, la théosophie qui est remplie d'aberrations ou de meurants avait une finalité qui en soi est intéressante.
C'est-à-dire faire converger ce qui jusqu'alors était séparé. Les traditions religieuses vers un même point qui serait l'accomplissement de l'individu. Au fond, la théosophie qui s'est développée en Occident, ce qu'elle cherchait, c'était ni plus ni moins à restaurer l'unité des grandes cultures en qui cette synthèse s'est faite naturellement. Et c'était une manière, si vous voulez, de contrecarrer la dissociation qui était en train de gagner l'homme occidental et plus largement la pensée occidentale.
Mais alors ce qui est très curieux et à quoi je n'ai pas de réponse personnellement, si ce n'est peut-être une réponse de type artistique, c'est pourquoi deux artistes, et je vais vous demander de passer la suite, cette femme dont le nom vous est sans doute étranger, c'est la fondatrice du cercle Eranos. C'est elle qui a créé en 1933 ce cercle qui perdure aujourd'hui encore au bord du lac majeur où on parlait Jung, Eliade, Corbin, Heisenberg, et j'en passe, Paoli, etc.
Or que visait Eranos ? Eranos visait aussi une rencontre symbolisée par la fameuse table ronde autour de laquelle on se réunit aujourd'hui encore. Ce qu'Eranos visait, c'est abolir les séparations entre les disciplines et retrouver cette unité de la pensée, de la pratique, de la spiritualité, etc. Je vous ferai remarquer qu'aujourd'hui encore c'est une espèce de leitmotiv que vous entendez ressortir périodiquement, justement dans la bouche de gens qui souvent se piquent de spiritualité.
Olga Frobenkamp était théosophe, ce qui veut dire que les fondements même de cette fondation Eranos sont d'ordre théosophique. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais enfin c'est comme ça. Mais ce qui m'interpelle personnellement, c'est pourquoi autant l'artiste précédente qu'elle, et peut-être d'une certaine manière Jung aussi, ont éprouvé le besoin d'exprimer ce message d'inspiration théosophique à travers des formes géométriques.
Et la seule explication que je vois, c'est que la géométrie était dans l'air, c'est-à-dire que depuis le début du XXe siècle, il y a une évolution des formes artistiques qui va vers leur géométrisation. Dans l'architecture, c'est le Bauhaus par exemple, on voit cette évolution vers une géométrisation des formes. Vous pouvez passer la suivante s'il vous plaît. Ces visions viennent d'être rendues publiques il n'y a pas tellement longtemps.
Je crois qu'il y a un livre même qui a été fait à partir de là. Et d'ailleurs, Olga Froeben-Kaapten a probablement produit ces visions aussi, elle les a réalisées sous l'influence de Jung, parce que Jung incitait tout son entourage à fabriquer leurs propres livres rouges, donc à concrétiser leurs visions, et je pense qu'il y a eu une influence de l'un sur l'autre. C'est aussi un style un peu art déco, il y a quelque chose comme ça.
On sent bien qu'il y a dans les formes une géométrisation qui est l'expression d'une stylisation de l'époque. La question c'est quand même qu'est-ce que ça a à voir avec la théosophie ? Dans quelle mesure sont-ce là des formes symboliques ou pas symboliques ? On est quand même devant une forme d'art, si vous voulez, alors on le qualifie de visionnaire certes, mais comment identifier la vision ?
Moi j'avoue avoir un peu de peine à mettre des mots. Donc la théosophie a véritablement imprégné l'époque, qui est celle de Jung en particulier, et de certains artistes qui s'en sont recommandés. Cela dit, ce que je vois mal personnellement, c'est la transposition symbolique du message de la théosophie dans des formes qui elles sont attrayantes, séduisantes, si vous voulez,