Point sublime et surréalité, une frontière à nos sens ordinaires 13/15
En quoi le surréalisme et son fameux « point sublime » ont-ils renouvelé l’approche de l’expérience visionnaire ? Un siècle après qu’André Breton ait lancé à la face du monde, son premier Manifeste du surréalisme (1924), prônant une révolution intégrale de l’être humain, un affranchissement des barrières et conditionnements tant de la raison, que de la morale : quel bilan pouvons-nous établir ?
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Si « la mystique » fut d’entrée de jeu exclue de leur approche, paradoxalement, ils se sont passionnés - tout comme Freud à la même époque - pour les arts magiques, primitifs. Bref, tout ce que la rationalité rejetait.


Le surréalisme, dans son ambition de jeter, lui aussi, une lumière nouvelle sur le versant caché de la psyché, fut bien en ce sens visionnaire.
« Décloisonner la vision », « se réapproprier les pouvoirs perdus de l’œil, revenir à ses qualités sauvages », « anéantir tout contrôle exercé par la raison » : telles étaient les ambitions des surréalistes.
Privilégiant tout ce qui est de l’ordre du court-circuit, le surréalisme va ainsi créer une esthétique du télescopage, de la convulsion, des « pétrifiantes coïncidences » et autres « déflagrations poétiques » (Max Ernst).
Souhaitez-vous, à la suite de Françoise Bonardel, partir à la découverte de cette « surréalité », cet état d’être où « l’étincelle de poésie changeait le sens des objets » ?
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Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel les 6-8 décembre 2019 :
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Nota bene : les films sont mis en ligne au rythme de un tous les deux mois. Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
C'est ce qu'on appelle le surrealisme dans le cadre de cette réflexion sur l'art visionnaire. Et bien parce que le surréalisme a renouvelé l'approche de la question qui nous occupe. Et bien parce que le surréalisme a renouvelé l'approche de la question qui nous occupe. Révolutionnaire tant du point de vue artistique que du point de vue poétique, politique, pardon, politique.
Breton a flirté à un moment donné avec le Parti communiste. Bon, il y avait certaines incompatibilités qui apparemment ne lui sautaient pas aux yeux, mais ça c'est son problème. En tout cas, partout où il y a eu cette réflexion sur l'art visionnaire dans le cadre de cette réflexion sur l'art visionnaire, il y a eu un mouvement qui s'appelait le surréalisme. Le surréalisme est un mouvement qui se veut révolutionnaire.
C'est son problème. En tout cas, partout où il y avait de la révolution en route, les surréalistes étaient preneurs et étaient partants. Donc, qu'est-ce que se propose le surréalisme ? Il se propose une révolution qui est non seulement une révolution artistique, mais une révolution politique et existentielle.
Les surréalistes prétendent qu'il est temps de changer la vie et de lui restituer justement ce qui lui a été volé, en quelque sorte, à savoir des capacités visionnaires. Et c'est pour ça que Breton et ses amis, entre autres, s'emploient à redéfinir ce qu'est la vocation de la poésie et de la pensée sous l'égide du surréalisme. Alors, j'ai relevé ces deux définitions qui me semblent l'une et l'autre intéressantes pour des raisons différentes.
Le surréalisme est donc défini comme un automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. Si vous voulez, on bazar de tout. On bazar de tout, on bazar de la raison, l'esthétique, la morale.
Et on voit ce qui reste. Parce que de quoi s'agit-il ? Le surréalisme est une entreprise de déconditionnement. Déconditionnement de la pensée, déconditionnement des canons esthétiques, déconditionnement des impératifs moraux.
Et à partir de là, on va chercher, à travers un certain nombre de pratiques, les plus aléatoires possibles, les moins organisées possibles, on va essayer de laisser apparaître quelque chose qui est supposé être le réel. Ce qui veut dire que la notion même de surréalisme est équivoque. Parce que, et d'ailleurs Breton s'en est expliqué, on pourrait se dire qu'est-ce que c'est que le surréalisme ? C'est le surréel.
C'est-à-dire, c'est une espèce de duplicata de la métaphysique ou la recherche d'un suprasensible au-delà du sensible. En fait, ce que cherchent Breton et ses amis, c'est à faire surgir de la surréalité au sein de la réalité. C'est un peu ce que nous disions ce matin. C'est un peu comme si l'ensemble des conditionnements culturels, éducatifs, moraux, politiques, etc., qui avaient fait de nous ce que nous sommes, avaient oblitéré la vision, avaient empêché la vision de s'exercer à l'état sauvage, si l'on peut dire.
Donc, le surréalisme va, pour ce faire, multiplier des pratiques qui sont très connues, qui font partie de la mythologie du surréalisme, à savoir l'écriture automatique. Essayer d'écrire ce qui vous passe par la tête sans le contrôle de la pensée. Écriture automatique, le fameux jeu du cadavre exquis. Allez savoir pourquoi cadavre exquis, parce que justement, ça n'a pas de sens.
C'est le jeu des petits papiers. Vous prenez un papier, vous écrivez quelque chose, vous roulez le papier, vous passez à votre voisin, etc., et au bout du compte, vous voyez ce que ça donne. Donc, si vous voulez, l'esprit du surréalisme, c'est de briser systématiquement les codes, tout ce qui produit du sens, qui ne serait pas l'expression d'une surréalité immanente à la réalité, mais qui serait, en quelque sorte, occultée par l'ensemble des conventions de tous ordres, sociales, culturelles, etc.
Alors, ça peut paraître très naïf aujourd'hui. Je crois qu'on a vu tellement de choses depuis qu'on se dit, d'ailleurs, Antoine Arthaud a été très vite, il a fait partie quelques mois du mouvement surréaliste, puis il leur a dit, vous êtes bien gentils, mais ça c'est quand même des jeux de gamins. Ça ne répond pas à des questions métaphysiques fondamentales. Et la brouille entre Breton et lui a été très brutale et très vive, parce que Breton n'admettait absolument pas la dissidence.
Donc, au fond, sur quoi repose cette certitude qu'il y a une surréalité ? Les surréalistes considèrent qu'il y a une réalité, comme dit Breton quand il parle de l'œil à l'état sauvage. L'œil existe à l'état sauvage, c'est le début du fameux texte qui commence le surréalisme et la peinture, mais comment savoir qu'il y a une réalité à l'état sauvage ? Et c'est sur cette conviction que reposent, en fait, tous ces petits jeux qui nous paraissent peut-être aujourd'hui un petit peu puérils, indépendamment d'une certaine magnifique réussite.
Le premier manifeste du surréalisme date de 1924. C'est l'époque où on redécouvre ces arts, ces formes artistiques que nous disons aujourd'hui les arts premiers et qu'on disait aujourd'hui primitifs, qu'on disait jadis primitifs. C'est-à-dire, c'est l'époque où l'Occident commence à se lasser de ses propres productions intellectuelles, artistiques, qui sont dominées par la raison, par la production, par une intelligence abstraite, etc.
Et c'est le moment où on redécouvre avec un certain émerveillement des populations, des pratiques artistiques dites primitives. Je crois que nous ne réalisons plus aujourd'hui ce qu'a été l'émergence des peuples dits primitifs, disons, sur la scène culturelle européenne. Ça a été une véritable révolution. Picasso, la plupart des artistes, se sont inspirés de toutes ces formes artistiques.
Ils ont tous, autant qu'ils étaient, et ils continuent d'ailleurs.