Joséphin Péladan, fou d’art ou d’occultisme ?
Le monde moderne a suscité, dès ses premières manifestations (Exode rurale ? Industrialisation ? Sécularisme ? ) un grand nombre de rejets qui se sont exprimés à travers les Arts, la Philosophie ou la Politique. Dans le panthéon de cette contestation artistique figure en bonne place un nom incontournable, celui de Joséphin Péladan (1858-1918). Le « Sâr » Péladan. Un homme qui marqua durablement son époque par son lyrisme, sa mystique et son excentricité.
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A l’occasion du centenaire de sa disparition, l’Atelier Symboliste (Daniel Guéguen, Bruxelles) et la Bibliothèque nationale de l’Arsenal (Paris IVe., conservateur du « fonds Péladan ») se sont associés afin de rendre hommage, sur une journée entière, à cet artiste, grande figure de la littérature française dont l’œuvre ouvrit la voie aux avant-gardes.


L’Art comme antidote contre le matérialisme
Joséphin Péladan fut à l’initiative des premières expositions, en 1892, appelées salons de la Rose-Croix. Des salons qui rencontrèrent un vif engouement et affermirent le mouvement alors naissant du Symbolisme. La Rose-Croix envisagée par Péladan était dénuée de tout spiritisme ou de magie cérémonielle pour ne se concentrer que sur l’esthétique. Pour lui, « le Rose-Croix ne se nourrit exclusivement que de chefs-d’œuvre » et sa croisade personnelle consistait à « désintoxifier la France de son matérialisme »…


La guerre des deux Rose-Croix : kabbalistique versus esthétique
Une approche minimaliste, contraire à celle de ses anciens amis de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, (Stanislas de Guaita, Papus, Charles Barlet). Ordre que Péladan avait pourtant cofondé, avec de Guaita.
Au cours de ce premier exposé introductif, Daniel Guéguen présentera donc les nombreuses amitiés que Péladan tissa avec les occultistes de son époque. Il s’interrogera ensuite sur la postérité des salon-Rose-Croix, qui prirent fin en 1897. A travers le travail de Jean Delville et ses « Salons d’Art Idéaliste » puis ceux de Jacques Brasilier : « les Salons de la Rosace »….
Extrait de la vidéo
Je vous accueille donc en tant que directeur de la Bibliothèque de l'Arsenal, mais aussi en tant que co-organisateur de cette journée consacrée à Péladan, l'art et l'avant-garde, et c'est une journée que nous avons co-produit avec Daniel Geggen, ici présent. C'est une co-production entre la Bibliothèque de l'Arsenal et l'Atelier symboliste de Bruxelles. Vous le savez, la Bibliothèque de l'Arsenal conserve le fond Péladan, c'est ce qui nous a sans doute motivés à organiser cette journée.
On voudrait faire bien plus au service de Péladan et de son oeuvre. La difficulté c'est que dans le champ de la Bibliothèque nationale de France, il y a des choses que l'Arsenal peut faire et ne peut pas faire. On rêverait de faire une grande exposition Péladan. Alors peut-être qu'un jour ça adviendra, mais ce n'est pas encore le moment.
Donc j'espère que cette journée, et je remercie véritablement à la fois le public nombreux et les intervenants et tous ceux qui ont organisé, je dirais un petit peu dans la coulisse, cette opération, j'espère que c'est en quelque sorte un premier maillon, un premier pas. Voilà ce que je voulais vous dire en guise d'introduction. Je vais passer la parole et laisser ma place à Claire Lessage, qui va vous présenter la dynamique de cette journée.
Vous avez remarqué qu'on a fait un petit miracle qui a consisté à sortir de nos réserves certaines pièces du fond de Péladan, notamment ce dessin d'Henri Degroux. C'est un montage qui a été fait par les équipes de l'Arsenal, par notre atelier de conservation. Bonne journée, bon colloque à vous toutes et à vous tous et je laisse la parole à Claire Lessage. Moi je serai très brève, je ne fais qu'introduire les personnes qui vont vous parler.
Donc ce matin c'est Péladan en son temps, source, modèle, posture et d'abord nous allons écouter Daniel Guéguen qui a été vraiment la cheville ouvrière ici avec Olivier Bosque de cette journée. Il est amateur d'art et collectionneur, il a une très belle collection justement d'œuvres autour du symbolisme aussi Péladan mais du symbolisme plus largement. Il a écrit un livre sur Jean Deville, le poète symboliste belge qui d'ailleurs était proche de Péladan et donc là il va nous parler d'une question qui vous concerne tous.
Donc Joséphine Péladan, esthète ou occultiste ? Je vous laisse la parole. C'est une grande satisfaction, je dois dire pour nous, co-organisateurs, de voir cette salle très remplie quantitativement et qualitativement. Il y a beaucoup d'amis et beaucoup d'experts très reconnus en art, qu'ils soient professeurs en histoire de l'art ou galéristes ou amateurs, c'est assez impressionnant et c'est une grande satisfaction.
Je ne voudrais pas mettre différents noms en valeur des participants ici au colloque, néanmoins je voudrais citer l'un d'entre eux qui est André Brasillier. Je pense que je dois vous présenter André Brasillier. André Brasillier est un artiste mondialement connu depuis longtemps, il y a 50 ans c'était déjà un artiste mondialement connu. Ses dernières expositions à Londres, à Paris et à New York ont été des succès absolument remarquables.
Mais en dehors de cela et du fait que c'est un Grand Prix de Rome de peinture, il y a déjà longtemps, André Brasillier présente la particularité d'être très proche de Péladan, en ce sens qu'il est le fils de Jacques Brasillier et Jacques Brasillier est le fondateur des salons de la Rosas, que vous connaissez Massimo, et au fond les salons de la Rosas, de même que les salons d'art idéaliste sont les vrais successeurs de Péladan en tant qu'esthète et homme d'art.
Et je dois dire qu'outre sa parenté avec Jacques Brasillier qui est un personnage important, André Brasillier est d'une rare générosité car il a récupéré les archives de son père, les a mis à ma disposition d'ailleurs, je les ai scannés de manière à ce qu'on puisse un jour vraiment travailler sur l'oeuvre de son père qui s'inscrit totalement dans la filiation de Péladan. Alors je dois vous parler en introduction de Joséphine Péladan esthète ou occultiste, en fait Péladan est connu comme littérateur et mage, donc en gros comme écrivain et occultiste et cet aspect esthétique a été longtemps ignoré ou méconnu y compris dans de nombreux ouvrages du temps et donc on voit ici déjà un premier signal que c'est peut-être aussi quelqu'un qui va au-delà simplement de la littérature et de l'art puisque vous voyez sa photo ici sur l'illustration et dessous un peu de grifouillis mais c'est la signature de Philippe Soupault, Philippe Soupault étant un des grands belges du surréalisme et il adresse donc cette photo à un journal en vue de publication d'où déjà ce lien entre Péladan et les surréalistes qui sera développé cet après-midi par Patrick le Petit.
Alors c'est une journée importante pour Péladan aujourd'hui non seulement parce que nous avons ce séminaire ici mais parce que se déroulera ce soir à la Galerie Malingue une exposition sur Filigère avec un livre sur la correspondance de Filigère qui a été écrit par André Cariou qui nous a fait le grand plaisir d'être ici parmi nous donc André Cariou est avec nous bien que ce soit pour lui une journée où il sera très occupé par le vernissage de l'exposition Filigère chez Malingue mais là nous avons un deuxième signe également de l'importance de Péladan auprès de Filigère.
Filigère a exposé au Salon Rose-Croix et a été redécouvert grâce à André Breton. On voit là encore une fois la filiation des Péladan et surréalistes. Il y a un troisième événement aujourd'hui aussi qui concerne directement Péladan c'est l'exposition Musée d'Orsay sur le talisman de Sérusier et Sérusier était très proche d'Emile Bernard. Emile Bernard est au moins autant que Gauguin concepteur des techniques ayant conduit à la production de ce talisman et Emile Bernard a lui aussi exposé au Salon Rose-Croix en tout cas au moins à l'un d'entre eux.
Donc on voit que cette dimension esthétique est très importante. Alors vous l'avez dit, j'ai écrit ce livre sur Jean Delville qui était un grand peintre symboliste belge, un critique d'art, un auteur, un poète et un occultiste. Contrairement à Péladan qui pour moi a écrit autour de l'ésotérisme, Delville c'est vraiment un occultiste et ce livre s'appelle La Contre-Histoire puisqu'on a toujours beaucoup de choses à découvrir sur cette époque et au fond il y a eu une vie officielle de Delville qui ne correspondait pas à la réalité et il était très proche de Péladan puisque Delville est mort très âgé à presque 90 ans et son dernier écrit, le dernier mot qu'il a écrit d'une main tremblante, c'était pour se souvenir de Péladan.
Ce livre a été traduit également en anglais puisque le mouvement symboliste est un mouvement transnational, pan-européen et vous montrerez quelques illustrations de cela à Massimo. Le dernier événement date autour de Péladan et des Salons Rose-Croix a eu lieu à