Du chaos à l’harmonie : Pythagore et la vibration originelle 1/2
« L’ordonnancement du Cosmos a-t-il une explication et, si oui, quelle serait la nature de cette clef de compréhension ? ». Vingt-six siècles avant nos théories contemporaines de big bang ou de multivers quantiques trouvait-on, en Grèce, des hommes cumulant les fonctions de médecins, philosophes et mathématiciens. Eux-aussi, s’interrogeaient sur l’origine de notre cosmologie. Au premier rang de ces hommes : Pythagore.
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Un érudit, un initié et « chef de secte » qui trancha cette question en affirmant :
« tout est nombre donc proportion ».
Une réponse simple, cinglante, draguant les profondeurs d’une métaphysique universelle, et créant un appel d'air vers des engendrements multiples. Cela tant sur un plan poético-magique que scientifique : ces deux voies ne s’excluent pas, mais forment au contraire deux versants d’une même montagne, nommés « pourquoi » et « comment », et se rejoignent à son sommet…


« Harmonia en grec, c’est assembler des choses hétérogènes, dissonantes, et parvenir à créer une homogénéité, une cadence, entre elles…. »
Ainsi, à travers le clapotis de l’eau décrit par Wagner, le bruit des marteaux des forgerons entendu par Pythagore ; Patrick Crispini nous invite ici à « comprendre de l’intérieur » (Inspecto) l’existence d’une organisation cachée du monde (cf. le Songe de Scipion de Cicéron) et d’où découlerait sa manifestation. C'est ce qu'il nomme la vibration originelle.
Une véritable Symphonie Héroïque et Alchimique à travers la musique, la littérature, la poésie et l'architecture où les mathématiques, les nombres et « principes vibratoires » seront respectivement notre clef de Fa, notre métronome et notre La…
Merci aux MusicAteliers de Genève et Lausanne.
Extrait de la vidéo
Les questions dont on va parler ce soir tournent autour du personnage central de la figure, à la fois mythique et puis évidemment symbolique, de Pythagore. Pythagore qui a été le maître d'une secte spiritualiste, qui a joué un très très grand rôle dans la pensée et qui a resté célèbre surtout pour évidemment les collégiens et les personnes qui font des études par rapport à son théorème. Mais il a, et c'est peut-être sa contribution la plus importante, beaucoup travaillé aussi, et on sait par de nombreuses allégories qui ont été représentées à travers toute l'Antiquité, à travers le Moyen-Âge et jusqu'à pratiquement le Romantisme, il a beaucoup travaillé sur l'aspect vibratoire de l'univers.
Comment concilier un ordre de l'univers basé sur ce qui est fondamental pour les Grecs, c'est-à-dire le nombre, le chiffre, le nombre, autrement dit les proportions, et comment faire avec ces proportions pour expliquer que la musique y contribue, que la musique est un art qui fait partie de ces proportions, et qu'elle est elle-même une contribution à l'harmonie générale du monde, à la beauté générale du monde.
Et c'est ça la grande affaire de l'harmonie pythagoricienne. On va en parler tout à l'heure, je vous montrerai quelques extraits de documents pour étayer un peu ce que je vous dis, mais ce qu'il faut bien comprendre c'est que c'est une question qui a préoccupé depuis, on peut dire, la nuit des temps. Les Grecs, parce qu'on parle toujours des anciens Grecs, les Grecs ont fixé les choses, c'est les premiers qui ont noté sous une forme écrite et sous un certain nombre de très grands traités ces questions-là.
Mais on peut être sûr, et d'ailleurs on est sûr, que ces questions-là ont déjà une beaucoup plus grande antériorité. Les Mésopotamiens ont laissé des traces sur ces questions-là. La question en somme qu'on se pose tous, nous sommes posés quelque part sur une corde qui s'appelle la vie, qui a une durée relativement brève, cette corde est en relation avec le reste de l'humanité, et nous sommes posés dans un cosmos infini.
Et les questions que nous nous posons aujourd'hui au XXIe siècle sont absolument les mêmes que se posaient les anciens quand ils regardaient le ciel et qu'ils se disaient voilà j'existe, ma nature biologique, enfin ma nature sanguine, ma nature corporelle a une réalité. Comment cette réalité existe-t-elle ? En quoi consiste-t-elle ? Pourquoi disparaît-elle ?
Et puis que suis-je moi par rapport à cette immensité sans fin qui semble être réglée par des équilibres ? Donc la grande affaire des anciens c'était de trouver, je dirais, la clé de ces équilibres. Et cette clé, eh bien Pythagore s'est très vite rendu compte qu'elle résidait en partie dans le monde vibratoire, c'est-à-dire le monde sonore, le monde du son. Et donc il a fait cette fameuse expérience des forgerons, vous vous souvenez peut-être de ça, vous en avez entendu parler forcément dans vos cours d'histoire à l'école quand vous étiez jeunes, et puis vous avez peut-être oublié tout ça, il y a la fameuse allégorie de Pythagore passant devant une forge, entendant le coup des marteaux, des enclumes des forgerons et puis il entend donc ces sons et il a l'impression alors que d'habitude la cognée qu'il entend est tout à fait désagréable, enfin brutale, pas agréable à l'oreille, ce jour-là, quand il passe, il a l'impression que tout est harmonieux et que ces harmonies résonnent entre elles avec un équilibre qui semble parfait.
Et donc raconte l'allégorie, il est allé voir les forgerons parce que c'est un esprit scientifique, c'est un esprit de recherche et il veut essayer de comprendre pourquoi cette harmonie vient. Est-ce qu'elle vient de la force, de la frappe des forgerons sur l'enclume ? Est-ce que c'est le matériau qui est utilisé ? Est-ce que c'est la taille des objets qui sont martelés, de la forge, etc.
? Je vous fais remarquer par parenthèse que très souvent dans les explications initiales des grands mythes ou des grandes cosmologies, le point initial des explications, c'est toujours le feu. Le feu est l'élément absolument initial des choses et ce n'est pas pour rien qu'avec Pythagore, on se retrouve chez des forgerons. Héphaïstos, si vous vous rappelez un peu des mythes grecs.
Donc le feu donne naissance toujours à ce qui est la vie. Pour généraliser une des grandes théories astrophysiques de l'univers, c'est le Big Bang. Le Big Bang contient lui aussi cette idée de déflagration d'un feu absolument gigantesque qui déclenche l'univers en quelque sorte. Donc le feu est ici une allégorie, un symbole.
Bien entendu, personne d'entre nous n'y était, donc on ne sait pas si vraiment tout ce que Pythagore raconte est vrai. C'est une allégorie qui raconte en fait une chose qu'on doit nous décrire et comprendre. Alors je vais vous montrer peut-être pour illustrer ça une illustration. C'est un sujet qui a été énormément représenté dans l'histoire du livre.
Ça c'est tiré du... c'est donc le Speculum Humanae Salvationis qui a été en fait... qui est daté de 1400, mais maintenant on a découvert qu'il était encore plus ancien. Donc il doit dater en fait du XIIe ou du XIIIe siècle.
Qu'est-ce qu'on voit là ? Eh bien si vous regardez la petite image qui est dans le texte, elle illustre un propos philosophique qui consiste à expliquer d'où nous venons et qu'est-ce que nous sommes dans un traité sur la musique et sur l'expression de la musique. On voit des forgerons qui frappent sur une enclume et puis vous en avez quatre. Vous avez quatre forgerons, enfin trois enclumes plus le support.
Et puis vous avez à droite un monsieur savant qui note sur du papier à musique. Je pense que vous voyez ça suffisamment bien. Il note les sons qu'il entend à travers la frappe des forgerons. Voilà.
Eh bien évidemment c'est une illustration de Pythagore, mais Pythagore était aussi parfois assimilé à d'autres personnages de la connaissance et donc c'est quelqu'un qui transcrit en quelque sorte les sons brutaux, le son brutal du forgeron en son harmonieux, c'est-à-dire le son de la connaissance. Alors ça c'est une chose qui est tout à fait extraordinaire parce que vous voyez par exemple Boèce, Boèce qui est un très grand, qui est celui qui a fait le passage entre la connaissance antique des Grecs jusqu'à l'Empire de Rome et puis ensuite le passage chez les Romains et la transmission au monde médiéval, c'est-à-dire le grand passeur.
Il a vécu autour de 450 après Jésus-Christ. Eh bien dans son Institutionne Musica, il écrit « Il attacha à des cordes des poids correspondants »

