La fauconnerie, comme envol de l’esprit

Quand on nous évoque la fauconnerie, on l’associe immédiatement à la chasse. Pourtant, dans ce dialogue entre deux "femmes", nous comprenons qu’il ne s’agit pas simplement d’une activité "virile et guerrière", mais de tout autre chose.
En effet, la fauconnerie est un art qui a été transmis à l’Europe, depuis l’Asie méditerranéenne, par les Arabes. 

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Tant les Soufis, tels Ibn Arabi et Rumi, que des Occidentaux, tels que Dante et les troubadours, lui accordent une place de choix dans leur œuvre mystique.

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Le fauconnier rencontre l’oisillon faucon et va le conduire à transformer sa nature sauvage de rapace. S’établit alors un rapport fusionnel où les deux se regardent. Mais il n’y a pas que le faucon qui se transmute : le fauconnier également.

Telle l’alchimie, nous avons affaire à un art royal, pratiqué à l’origine par les nobles, et dont Frédéric II, Empereur de la Sainte Europe Germanique, était épris.
Le fauconnier "appelle" l’oiseau, comme le maître "appelle" le disciple. Et tous deux vont se dresser l’un l’autre, s’affiner, se contempler mutuellement en miroir.

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Nous avons compris alors que la tâche du fauconnier est de dégrossir l’instinct prédateur de l’oiseau, tout en acceptant sa nature. Il y a intériorisation, sublimation. La matière se spiritualise. Les désirs et les pulsions se disciplinent. L’oiseau n’est plus contraint mais revient librement sur le poing du fauconnier.
Après avoir visionné cet entretien entre Daniela Boccassini et Françoise Bonardel, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes ; notre regard a changé, et nous comprenons que, derrière les apparences du premier degré, existe, dans la fauconnerie, une démarche d’amour et de perfectionnement intérieur conjoint de l’homme et de l’oiseau qui doit les rendre "meilleurs" et plus subtils.

Extrait de la vidéo

Daniela Bocchastini, bonjour, c'est un grand plaisir pour moi de profiter d'un de vos passages à Paris pour avoir avec vous ce dialogue, cet entretien sur un sujet à première vue un peu étrange, en tout cas insolite et rarement traité, qui est la faux-connerie. Nous aurons l'occasion de préciser ce que l'on entend par là et surtout quelles sont les implications d'un art qu'en général on rattache exclusivement à celui de la chasse.

Alors une brève présentation si vous voulez bien, donc vous êtes italienne mais vous parlez un français si magnifique qu'on l'oublie. Vous êtes non seulement francophone mais francophile et vous enseignez depuis une vingtaine d'années la littérature italienne donc à l'université de Colombie-Britannique à Vancouver. Littérature italienne du moyen-âge et de la renaissance. C'est ça, du moyen-âge et de la renaissance et on va voir que c'est en relation d'ailleurs directe avec la question de la faux-connerie et vous êtes, je crois qu'on peut dire même si le mot n'est pas toujours, comment dirais-je, opportun mais vous êtes une spécialiste disons de Dante et même si vous n'en parlez pas uniquement en spécialiste mais justement avec ce quelque chose de plus qui nous ramène directement à la faux-connerie.

Alors vous avez publié il y a un certain nombre d'années un très bel ouvrage dont le titre italien est Il volo della mente que l'on peut traduire donc par le vol de l'esprit, le vol ou l'envol de l'esprit, ce qui d'emblée d'ailleurs nous place dans l'esprit même de la faux-connerie tel que vous l'avez développé dans cet ouvrage dont une traduction française serait évidemment bienvenue compte tenu du peu de choses qu'il y a sur cette question tout au moins telle que vous l'abordez.

Alors évidemment ma première question c'est de vous demander ce qui vous a donné l'idée de vous intéresser à ce sujet, c'est une question banale j'en suis désolée mais elle est nécessaire, au fond d'où vient cet intérêt pour la faux-connerie ? Donc il y a deux réponses possibles à cette question, une c'est la réponse de surface, quand on est un jeune prof il faut créer, se créer des domaines de recherche et donc la faux-connerie est née comme un domaine de recherche qui voulait être nouveau parce qu'il regroupe en fait plusieurs approches et je voulais justement trouver quelque chose qui soit un point focal pour partir dans différentes directions ou pour revenir à ce centre à partir de différentes perspectives.

Au début c'était plus en général la chasse justement parce que ça me permettait donc d'avoir un côté technique, un côté vie sociale, activité sociale en particulier de l'aristocratie et donc cela se rattachait aux autres activités aristocratiques donc la littérature, les arts visuels et puis au fur et à mesure que j'y ai travaillé j'ai découvert aussi autre chose. Voilà ça c'était un peu un point de départ académique et quelque peu naïf disons comme ça.

Et puis il y a l'autre niveau qui est celui plus incertain donc pourquoi la chasse et après le développement de la recherche dans la faux-connerie et pourquoi pas autre chose et là j'ai pas vraiment de réponse c'est à dire la réponse se produit au fur et à mesure que la recherche se fait et le livre prend forme. Et ça c'est le principe même de la recherche au fond c'est qu'on a une intuition de départ et puis finalement à mesure que la recherche progresse on s'achemine vers sinon une résolution mais en tout cas vers des horizons que l'on n'aurait pas soupçonné au départ.

Et il y a dans la faux-connerie une procédure centrale qui est celle de le moment où le fauconnier appelle à soi le faucon et le faucon doit donc retourner. Et c'est dans un sens cet appel que je crois pouvoir avoir ressenti sans savoir exactement d'où ça venait et pourquoi je me sentais appelée et pourquoi j'ai voulu répondre mais voilà. Et alors vous m'avez dit qu'au sein de cette spécialité qui est la vôtre vous vous intéressiez plus particulièrement à certains thèmes tels que l'exil, l'hérésie aussi, vous portez un intérêt à l'hermétisme, à l'alchimie également.

Vous allez publier d'ailleurs prochainement un numéro de la revue de l'étude indo-méditerranéenne sur le thème de la transmutation. Bon voilà donc vos thèmes d'intérêt rejoignent d'une certaine façon à la fois les grandes spiritualités et l'ésotérisme. J'espère ne pas me tromper en vous situant comme ça. Voilà donc la fauconnerie s'inscrit aussi dans cette perspective et il me semble que la dédicace que vous avez rédigée pour cet ouvrage est très significative à cet égard.

Est-ce que vous pourriez nous en dire quelque chose quant à l'esprit dans lequel vous avez conçu ce livre ? Alors là aussi la dédicace bien entendu est venue à la fin et donc ça a été là le moment où c'est une sorte de miroir dans lequel le travail se reflète et moi-même j'ai cru pouvoir me retrouver. Je vais la traduire de l'italien en français comme ça impromptu. Vous dédiez cet ouvrage ?

Alors je dédie cet ouvrage à tous les animaux du présent, du passé et du futur qui ont perdu la vie pour cause des hommes. A tous les animaux du présent, du passé et du futur qui ont perdu la vie pour cause des animaux. A tous les hommes du présent, du passé et du futur qui ont perdu la vie pour cause des animaux. A tous les hommes du présent, du passé et du futur qui ont perdu la vie pour cause des hommes.

Et à tous les êtres vivants du présent, du passé et du futur qui ont enlevé la vie à d'autres êtres vivants. C'est une dédicace qu'on peut dire bouddhiste d'une certaine façon, en tout cas dans l'esprit n'est-ce pas ? Ce que j'aime beaucoup personnellement dans ce petit texte, c'est qu'il situe d'emblée votre réflexion sur la faux-connerie dans une perspective spirituelle et pas du tout par rapport à la chasse.

Alors justement, en tout cas, il ne réduit pas la faux-connerie à une technique de chasse. Alors nous allons quand même devoir en parler parce qu'on ne peut pas éluder cette question et nous allons commencer par là si vous voulez bien, c'est-à-dire la faux-connerie reste à l'origine une technique de chasse. Alors

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