Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ? 10/13

Le psychanalyste Carl Gustav Jung ne s’est pas seulement contenté d’interpréter l’alchimie d’un point de vue uniquement symbolique, et extérieur, il l’a totalement intégrée dans son processus analytique d’individuation. Pour rappel, l’individuation consiste tant à équilibrer qu’intégrer, au fur et à mesure du parcours de chacun, ces cinq grands archétypes que sont la Persona, l’Ego, l’Ombre, l’Anima et l’Animus.

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Quatre étapes successives nommées aussi survie, différenciation, construction et harmonie qui conduisent, en principe, à une cinquième et quintessence : la transcendance, le Soi.

Le mandala de Carl Gustav JungFrançoise Bonardel à Vézelay - BAGLIS TV

« La liberté, ne s’atteint qu’à travers le processus d’individuation », nous-dit Jung.

Françoise Bonardel nous rappelle ainsi, dans un premier temps, le cheminement tant spirituel qu’intellectuel qui a conduit Jung à donner une explication psychologique aux symboles alchimiques. Depuis sa lecture du psychanalyste viennois Herbert Silberer « Le problème de la mystique et de sa symbolique » en 1917, jusqu’à celle du traité alchimique chinois taoïste « Le mystère de la Fleur d’Or », en 1928.

Individuation et transmutation - BAGLIS TVAlchimie taoïste - BAGLIS TV

Certes, il existe une « matière matérielle », évidente,  mais il y en existe une seconde, moins perceptible, plus subtile, et dont il convient de ne pas sous-estimer l’importance et les effets : la matière psychique. « Dès lors que l’on peut œuvrer, qu’il y a opus : il y a matière ».

En dépit des réfutations des traditionnalistes de l’alchimie composés d’une part des « exclusivistes des fourneaux » et d’autre part de ceux qui voient en Jung le chef de file de la confusion entre le psychique et le spirituel, Françoise Bonardel nous propose de suivre une voie médiane où le corps et l’âme forment un nouvel athanor. 

Une voie que l’on trouve aussi en Extrême-Orient celle du tantra indo-tibétain, que Chögyam Trungpa fit connaitre en Occident au siècle dernier.

Un chemin au cours duquel, ce mariage entre conscient et inconscient donnera naissance à cette nouvelle Materia Prima….

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Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » (Vézelay, déc. 2022)

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation. 

Extrait de la vidéo

J'ai l'impression qu'il n'y a pas d'autre chose à dire que ce qu'il s'agissait de l'alchimie et de l'alchimie, c'est qu'il n'y a pas d'autre chose à dire que ce qu'il s'agissait de l'alchimie et de l'alchimie. Jung est, à ma connaissance, le seul qui est d'une part pris au sérieux l'alchimie, son univers, ses symboles, et à une époque où ce n'était pas vraiment le cas, où ce n'était pas vraiment la mode, et qui est par ailleurs proposée une interprétation cohérente dans le cadre de la psychologie des profondeurs, mais qui constitue une véritable résurrection de l'alchimie.

Après, on peut formuler toutes les critiques qu'on veut sur tel ou tel point, ou même sur l'ensemble, mais c'est un fait. L'œuvre de Jung constitue, à ma connaissance, au XXème siècle, la seule tentative cohérente et continue, ça l'a occupé pendant des dizaines d'années, d'interprétation de l'alchimie d'une part, et d'autre part de remise en œuvre de l'alchimie, c'est-à-dire de redonner à l'alchimie, non seulement sa signification, mais une place dans le processus analytique, voire même de l'assimiler totalement au processus analytique.

Alors, la première image que je vous présente, c'est un montage, un profil, Jung de profil, Jung dont je vous redonne les dates, 1875-1961. Ce que vous voyez à l'arrière-plan, c'est un mandala qui a été peint par Jung lui-même. Si vous connaissez le Livre Rouge, vous êtes sidérés par ses dons, ses capacités de peintre. Donc, c'est un mandala qui a été peint par Jung lui-même.

On ne le détaille pas, si vous voulez, ici, mais qui représente le cosmos, c'est le cosmos de Jung tel qu'il l'a élaboré à partir de ses visions, à partir de ses rêves. Donc, je dirais que c'est son mandala personnel en même temps qu'une image du monde tel qu'il se le représente à partir d'une exploration de l'inconscient. Bon. Donc, cette image, je dirais, nous met d'emblée dans le bain et attire notre attention sur le fait que, pour Jung, la question du mandala, c'est-à-dire d'une image du monde centrée, dans laquelle on peut entrer, se situer et trouver une orientation, c'est l'équivalent de la pierre philosophale et il insistera beaucoup sur cette parenté du mandala et de la recherche de la pierre, de l'orientation dans le mandala et de la recherche de la pierre.

C'est un petit texte que j'ai sélectionné parce que je crois qu'il est tout à fait représentatif, tout à fait significatif de la démarche de Jung dans son ensemble. C'est donc dans le Mysterium Conjunctionnis. Mon premier objectif était d'apporter la preuve que le monde des symboles alchimiques n'appartient pas définitivement, loin de là, aux décombres du passé, mais que, bien au contraire, il est relié de la façon la plus vivante aux expériences et aux découvertes les plus récentes de la psychologie de l'inconscient.

Il s'est en effet avéré que la psychologie moderne livre la clé du secret de l'alchimie, mais qu'inversement, cette dernière fournit à la nouvelle science une base historique riche de signification. Je trouve que, pour ma part, je pense que c'est le meilleur résumé que Jung ait proposé lui-même de sa démarche. Alors, si on découpe ce propos, on s'aperçoit de plusieurs choses. D'une part, la démarche de Jung entend procéder à une véritable résurrection de l'alchimie.

Ça n'appartient pas au passé, mais au contraire, ça a quelque chose à dire à l'homme d'aujourd'hui. Ça c'est vraiment, je dirais, nous sommes là vraiment dans la thématique de la résurrection. On croyait l'alchimie morte, elle ne l'est pas du tout, elle a encore des choses à dire à l'homme d'aujourd'hui. Mais, elle a à le dire dans un cadre particulier.

C'est le cadre de la psychologie de l'inconscient. Par conséquent, Jung a toujours affiché clairement les choses. Il se qualifiait lui-même de médecin de l'âme et il considérait que sa compétence, son domaine de compétence, c'était celui de l'exploration de l'inconscient. Et je vous rappelle que la dénomination de la psychologie de l'inconscient a changé.

Quand Jung s'est séparé de Freud en 1913, il a définitivement abandonné la notion de psychanalyse. La psychanalyse, c'est Freud et ses successeurs. La psychologie de l'inconscient, c'est d'une part, au départ, intitulée psychologie complexe, psychologie des profondeurs, psychologie analytique. Aujourd'hui encore, on emploie un peu indifféremment, on a abandonné psychologie complexe, mais on emploie indifféremment psychologie analytique ou psychologie de l'inconscient.

Et c'est dans ce cadre-là que Jung dit avoir assisté, dans son métier, à une résurrection de l'alchimie à travers les rêves, les visions, les fantasmes de ses patients. Alors ensuite, il y a une proposition, j'insiste sur ce passage parce que je crois que là on a en concentré que l'on va évidemment, par la suite, expliquer, expliciter et développer. Ensuite, Jung vous dit, il s'est en effet avéré que la psychologie moderne livre la clé du secret de l'alchimie.

Alors là, vous avez une proposition qui est à mes yeux déjà plus discutable. Ça veut dire qu'au fond, là, Jung résolve, je dirais presque, d'une manière un peu scientiste, en disant, au fond, jusqu'à présent, on n'avait pas vraiment compris ce qu'était l'alchimie et maintenant, grâce à la psychologie moderne, on va comprendre. Oui, non mais, elle livre la clé. Ça veut dire ce que ça veut dire.

Ça veut dire, cette clé, on ne l'avait pas et grâce à la psychologie moderne, on l'a. Elle nous la délivre. Alors ça, c'est un point sur lequel j'insisterai beaucoup parce que je crois que là, effectivement, ça prête à discussion. Que la psychologie de l'inconscient livre une clé, mais peut la clé.

Une clé, effectivement, ça permet d'entrer dans la citadelle hermétique et de découvrir un certain nombre de choses, mais la clé, ça, moi, je reste personnellement plus réservé, n'est-ce pas, et qu'inversement, cette dernière fournit à la nouvelle science une base historique riche de signification. Ça, c'est très important. Effectivement, Jung a eu le sentiment que ce qui lui manquait jusqu'à présent

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