L'expérience de l'Animus
L’Animus, un Maitre Intérieur ? Comment intégrer, personnifier puis contester, si besoin, cette petite voix qui émane des tréfonds de notre inconscient ? Notre premier échange, réunissant Liliana Pazienza et Bertand de la Vaissière, avait brossé les grandes lignes théoriques de l’Animus. A présent, nos deux intervenants abordent le volet pratique et expérienciel de cet archétype, qualifié de psychologie masculine, à la fois principe différenciateur « discriminant mais structurant ».
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Particulièrement, si ces principes existent de manière inconsciente dans le psychisme des femmes, il sera donc conscientisé plus progressivement chez elles : comment opèrent-ils, comment se personnifient-ils ?


L’Animus de chaque femme a une couleur différente. Et ce « masculin personnel » va imprimer ses jugements, ses certitudes, ses opinions. Cela : en général, mais sur les hommes en particulier...
Nos deux intervenants présentent ici différents cas pratiques de l’intégration de l’Animus en distinguant à chaque fois ce qui relève de l’inné et de l’acquis. Ainsi que le vécu de chaque personne, (il sera plus largement question des femmes dans cet échange), l'animus de la mère ou la vision des femmes qu’aura eu le père seront ainsi passés en revue.
Autant de conditionnements qui façonneront durablement l’Animus de chaque femme.
Un échange au cours duquel nous découvrons qu’un pan entier de la psychologie féminine se tisse derrière cette question assez peu connue de l’Animus, et d'où découlent ses relations sociales, familiales, affectives voire sexuelles.
Alors, selon vous, Maitre Intérieur ou Daimôn grec ?
Un échange des plus éclairants et oh combien nécessaire à une époque comme la notre, où les repères et rapports entre hommes et femmes deviennent de plus en plus confus.
Extrait de la vidéo
Dans la première partie, nous avons mis l'accent sur ce qu'est l'animus en tant qu'archétype. Pour cette suite, nous allons aborder l'animus en tant qu'expérience. Pour résumer, nous avons dit qu'il s'agit d'une psychologie masculine, d'un principe différenciateur, structurant, directionnel, discriminant, entre autres. Si ces principes existent de manière inconsciente dans le psychisme d'une femme, il sera appelé à être conscientisé progressivement.
Si nous nous focalisons sur la psychologie des femmes, dans vos mots, Bertrand, ce facteur, cette entité psychique, cet ensemble des traits d'attitude et des comportements masculins que nous nommons animus, s'est traduit par une disposition innée pour la femme à rentrer en relation avec les hommes et avec le masculin. Il détermine les représentations, les représentations qu'elle s'est fait des hommes et des idées et des croyances dans beaucoup de domaines.
Je vous cite à nouveau, Bertrand, c'est donc un cadre des relations et des manifestations préformées. Il sous-tend la capacité d'affirmation et de discrimination sans logos. D'où l'importance pour toute femme de comprendre comment cet animus vit en elle. C'est ce qu'on appelle différencier son animus afin de l'intégrer.
Mais faisons un peu marche arrière afin de mieux saisir ce que nous voulons dire par masculinité et par féminité. Dion disait, la masculinité signifie savoir ce que l'on veut et faire le nécessaire pour l'obtenir. Et la féminité voudrait quoi, à votre avis, Bertrand ? Et puisque nous associons l'égo séhéros au masculin et au féminin réciproquement, comment définir ces deux principes ?
Vous me demandez de définir la féminité à moi, un homme ? C'est redoutable mais enfin disons qu'il y a dans l'attitude féminine quelque chose qui est de l'ordre de l'acceptation, de la mise en relation, du fait de faire relation, de la réceptivité, de l'endurance aussi. Le féminin est réceptif, circulaire, rond, passif, on peut dire des tas de choses. On peut dire des tas de choses qui d'ailleurs peuvent être choquantes pour les femmes modernes qui ne s'identifient pas forcément à cette définition du féminin.
Vous savez, vous me parlez de masculin et de féminin, moi je vous dirais très simplement à propos de l'animus que l'animus est un facteur plus ou moins conscient qui détermine l'état d'esprit d'une femme, qui influe sur ses relations, je dirais aussi que c'est un partenaire intérieur et c'est celui auquel une femme peut spirituellement se relier. Une relation saine avec l'archétype de l'animus donne à la femme une conscience de son être, de sa valeur, c'est une colonne vertébrale.
Voilà, c'est une colonne vertébrale. J'ai constaté que les femmes qui avaient, comme on dit nous dans notre jargon épouvantable, un animus négatif, dont l'animus n'était pas différencié, manquait de colonne vertébrale. Donc ce sont des petites choses fragiles qui se plaignent et qui sont tout à fait à l'opposé évidemment du modèle qui est poussé actuellement. D'accord, donc il s'agissait de sentir de manière un peu plus nuancée ce que nous voulons dire par une attitude féminine, par le féminin et par une attitude masculine ou le masculin.
En sachant que ce sont des mots qu'aujourd'hui on manie avec beaucoup de délicatesse parce qu'il y a beaucoup des sensibilités, surtout chez les femmes qui peuvent se sentir très facilement à l'étroit quand elles sont désignées comme étant porteuses principalement de la féminité. La notion de féminité est devenue aujourd'hui quelque chose qui est vécue comme étant trop étroite. Oui, c'est vécu comme une objectivation.
C'est à dire que certaines femmes peuvent s'insurger si on souligne trop leur qualité féminine parce qu'elles prennent ça comme une menace. Et en fait ça c'est la conséquence de ce désir dont on a déjà parlé qu'est l'animus de s'affirmer davantage pour autre chose que des qualités féminines. D'accord, alors je voudrais revenir des manières un peu plus empiriques à comment ces archétypes, notamment animus, impactent les femmes.
Vous voulez dire négativement ? Pas forcément, pas encore. On va y aller sur l'aspect négatif. Mais je voulais commencer par citer Elie Amber, un analyste junguien de la première génération des analystes français.
Il disait que anima, animus saisissent sous la forme d'une confrontation avec des dynamismes d'organisation et d'élaboration de l'inconscient. Donc déjà des manières empiriques, ce sont des dynamismes qui nous connectent à des processus d'introspection et de confrontation à ce qui existe à l'intérieur de nous. Alors comment est-ce qu'animus impacte les femmes, peut-être que de manière analogue à anima chez l'homme ?
C'est-à-dire que animus comme anima en tant qu'archétype révèlent les contenus de l'inconscient, ce sont des médiateurs. Donc de même qu'un homme peut se relier à son anima pour savoir ce qu'il convient de faire dans telle ou telle situation, ou pour savoir ce qu'il en est de sa vocation, de la même façon les femmes peuvent se relier à l'animus pour connaître mieux leurs lois et connaître mieux les directions qu'elles doivent prendre.
L'animus transmet des significations, des ordres, des conseils, des paroles. L'anima transmet plutôt des images.