L'Animus comme archétype
A une époque comme la nôtre, marquée par une grande confusion – tant des genres que des idées - nous avons souhaité explorer la notion d’ « animus », théorisée par Carl Gustav Jung. Que représente l’animus, « cette masculinité psychique qui relève de l’inconscient chez la femme » chez un homme, chez une femme, tant dans sa vie intérieure que ses relations sociales, ou amoureuses ?
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Bertrand de la Vaissière, interrogé par Liliana Pazienza tente dans ce premier volet, théorique, (le second sera plus pratique : « l'expérience de l'animus* ») de nous présenter cette notion en soulignant la difficulté - et l’importance - pour les femmes notamment, « de chercher son animus, de l’identifier puis de l’intégrer ».


« Anima et animus, sont des portes vers l’intérieur de l'âme, vers les couches les plus profondes de l’inconscient individuel, voire de l’inconscient collectif ».
L’animus comme archétype sera ainsi abordé sur trois axes :
- qu’est-ce qu’un archétype ?
- quel lien entretien-t-il avec la Nature, comprendre ici le déterminisme biologique, dont la pensée moderne tend de plus en plus à s’affranchir ? Et à ce titre, quelle évolution suit le monde occidental depuis un siècle ?
- quel rapprochement établir avec le Yin-Yang taoïste, l’Eros-Logos grec ?
Un entretien passionnant, nullement phalocentré, au contraire même puisque Bertrand de la Vaissière affirme en conclusion : « pour une femme, trouver et intégrer son animus la délivre de la tyrannie de l’homme » !
* mise en ligne prévue le 16 octobre 2022
Extrait de la vidéo
Bonjour, je suis Liliana Patinsa, analyste jungienne, membre du cercle de psychanalystes et psychothérapeutes jungiens Carl Gustav Jung, et je suis ici en compagnie de Bertrand de Lavessière, analyste jungien, formateur, conférencier et auteur d'un grand nombre d'articles, ainsi que de deux livres, Le travail des rêves en psychothérapie analytique jungienne, Clinique alchimique, volume 1, et Les énergies du mal en psychothérapie analytique jungienne, Clinique alchimique, volume 2, chez les éditions du Dauphin.
Le thème qui nous réunit aujourd'hui est celui d'un des concepts piliers du psychiatre suisse Carl Gustav Jung, une notion moins connue peut-être que ces formulations connues telles que les complexes, les archétypes et l'inconscient collectif. Nous sommes ici en effet pour parler d'un aspect en particulier de la psychologie archétypique, à savoir l'animus, qui dit très simplement correspondrait à une masculinité psychique, traditionnellement considérée comme inconsciente chez la femme, Jung formula donc sa notion d'animus en parallèle à celle d'anima, figure féminine inconsciente.
Peut-être qu'on peut commencer par s'intéresser au mot, au mot animus, mot tiré du latin qui désigne esprit, âme rationnelle, volonté, voire pensée, voire puissance mentale. Un mot n'est pas dissocié de la notion d'âme, bien évidemment, âme comprise comme souffle de vie, comme essence spirituelle, principe de vie tout court. Pourriez-vous Bertrand nous introduire ainsi à l'animus de Carl Gustav Jung pour ainsi dire, plus précisément à quelle époque et dans quel contexte de l'évolution de sa pensée et de son évolution personnelle apparaît cette notion d'un aspect psychologique, contre-sexuel si j'ose dire, chez les hommes et chez les femmes ?
Alors, à quel moment ça apparaît chez Jung ? Je suppose qu'il l'a découvert dans sa propre vie, dans ses relations avec les autres et notamment avec les femmes avec qui il était en relation. Et cela apparaît certainement dans le Livre Rouge, avant même qu'il ne théorise tout ce qu'il a théorisé dans les Collected Works. Je voudrais citer un passage du Livre Rouge qui me paraît particulièrement édifiant, où Jung ne parle pas tant de l'animus en tant d'archétype, mais de la place de l'animus dans la relation.
Il dit ceci, tu n'atteins un équilibre qu'en nourrissant ton contraire. Ce contraire, pour un homme, c'est le féminin et pour une femme, le masculin, qu'il faut chercher, reconnaître et prendre en charge en soi. Pour un homme, affirme Jung, se souvenir de sa propre part de féminin, c'est se comporter en tant qu'être humain entier, véritable. De même pour la femme, admettre sa propre part de masculin, la délivre de la tyrannie de l'homme.
Tout cela sera prolongé dans son œuvre, mais on voit d'entrée de jeu que Jung parle d'une tension vers l'entièreté et qu'il dit que seule l'intégration d'animus et d'anima va donner un équilibre suffisant pour rencontrer l'autre et pour donner une forme cohérente à sa propre vie. C'est un premier point qui est important parce que s'il y a un domaine où animus ou anima, mais aujourd'hui on parle de l'animus, a une très grande importance et d'ailleurs elle peut être fâcheuse, c'est dans le domaine de la relation.
Jung ajoute, il dépend de toi que ton désir te ruine ou t'élève. Nous sommes portés à rencontrer l'autre, c'est une source de délice mais ça peut être une source de désagrément comme nous le savons. Et, en ce qui concerne la femme, il précise, si la femme se contente de projeter la dynamique animus qui est en elle sur un ou sur des hommes de son entourage, cela va poser des problèmes. Donc, cet animus dont on parle, ce désir, cette pulsion, cette pression, cette dynamique, la femme peut la subir, peut être possédée par elle ou peut l'intégrer.
Et l'objectif majeur c'est évidemment de l'intégrer. Bien sûr. Alors, donc, si je comprends bien, animus anima, même si dit très rapidement, on pourrait les apparenter à un genre psychique, cela serait une manière très superficielle de les définir. Et je voudrais revenir à cette toute première formulation, justement en 1920 quand il sort de sa période d'introspection longue pendant laquelle il produit le livre rouge, désormais célèbre.
En 1920, il écrit dans les types psychologiques, alors qu'il ne les a même pas signifiés par les mots animus anima, il les appelle encore figures d'âmes, il les propose en contraste à la notion des personas, c'est-à-dire qu'il explique que là où la persona est un mode d'adaptation, une sorte de pont vers les objets du monde externe, ces figures d'âmes, qui plus tard deviendront animus anima, sont le pont ou la porte vers les objets de l'intérieur, vers les couches plus profondes de l'inconscient, voire l'inconscient collectif.
Donc il s'agirait d'une attitude d'intériorité. Que pensez-vous de ces contrastes entre personas d'un côté et animus anima de l'autre ? La persona, c'est ce qu'on présente au monde, c'est notre système d'adaptation, c'est la position sociale qu'on occupe, c'est l'image que l'on donne. La persona est absolument indispensable et en même temps, elle peut être un piège et un emprisonnement.
La relation à animus et anima, c'est la relation à l'intériorité, c'est la relation à l'âme. Alors qu'est-ce qu'on entend par le mot âme ? On pourrait dire que c'est une force ou une impulsion de vie. Comment s'exprime l'âme ?
Elle s'exprime par des humeurs, elle s'exprime par des intuitions,