Mythe et eschatologie dans l’Antiquité tardive

L’Antiquité tardive constitue un moment charnière de notre histoire et de notre civilisation. En effet, cette époque qui s’étale sur deux siècles (IIIe. – Ve. siècle A.P. J.-C.), fut le témoin de la confluence de différents mouvements déterminants. L’unité de l’Empire Romain vacille, la religion chrétienne s’affirme comme religion d’Etat et les frontières de l’Empire sont percées de toutes parts par de grandes invasions. Des envahisseurs qualifiés, quelque-peu hâtivement, de « barbares », de «païens », par les témoins de cette époque.

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Les chercheurs Andreea-Maria Lemnaru, Jean-Baptiste Gourinat et Michael Chase ont organisé un colloque* intitulé « L’Au-delà dans l’Antiquité tardive : courants philosophiques et religieux païens ».

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Une époque charnière d'où découlera mille ans de néoplatonisme.

Nicolas Zito est le premier intervenant de cette journée. Il nous exposera le rôle et l’influence des grands mythes qui ont imprégné les hommes de cette époque (Attis, Orphée, Mithra, Oracles Chaldaïques).

Des mythes décrits comme « porteurs d’une vérité divine, immuable et inaccessible à l’entendement profane » mais que l’homme, par l’intermédiaire d’initiations et rituels bien spécifiques, pouvaient prétendre, graduellement, atteindre.

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Révélation ? Salut de l’âme ?

Nicolas Zito abordera ensuite la vision de l’Au-delà que se faisaient les hommes et femmes de cette époque : l’eschatologie, « fin du monde et sort ultime de l'homme ».

Une question qui tutoie les sommets de la métaphysique puisqu’elle questionne à la fois la présence des Dieux, la Révélation, mais aussi replace l’homme dans son vertigineux cycle cosmique….

* date : le 14 mai 2019, à la Sorbonne, Paris. Nos remerciements vont à Andreea-Maria Lemnaru (Centre Léon Robin-LEM),Jean-Baptiste Gourinat (Centre Léon Robin-CNRS) et Michael Chase (Centre Jean Pépin-CNRS).
A noter que l’introduction du colloque est faite successivement par Michael Chase, Andreea-Maria Lemnaru-Carrez et Pierre Caye.

Extrait de la vidéo

On va avoir une journée qui essaie de brosser une espèce de point de vue synoptique des questions de l'eschatologie du monde grec au monde arabe. J'aimerais réitérer mes remerciements à tous ceux qui sont là aujourd'hui. Merci aux conférenciers, merci à ceux qui viennent assister à ces communications. J'espère qu'à la fin de la journée, nous parviendrons à brosser un panorama assez exhaustif de ce que pouvaient être les représentations de l'au-delà dans l'Antiquité tardive.

Nous commencerons par un panorama général de l'Antiquité, avant de parler, vous l'avez peut-être vu dans le programme, des Pythagoriciens, des Hermétistes avec Anna. Ensuite, on va continuer avec Porphyre, Proclus, Jamblick, puisqu'il sera beaucoup question de néoplatonisme. Beaucoup d'entre vous sont déjà familiers, évidemment, de ces questions. J'aimerais, à la fin de la journée, peut-être faire des actes du colloque pour ceux que cela intéresserait, pour voir ce qu'on arrive à mettre au jour en travaillant comme ça de concert.

Et voilà, je pense que je vais donner la parole à Pierre Quay et je remercie encore une fois d'être là. Merci, Andréa. Je vous en prie, Nicolas. Pour ma part, je tiens à remercier Andréa, Jean-Baptiste, Mickaël, de leur initiative, de cette journée qui contribue à ce renouveau néoplatonicien, dont je vois un certain nombre d'acteurs dans la salle.

C'est, à nos yeux, extrêmement important. Dans cette école, cette tradition, et d'autres aussi, je pense que nous déborderons, évidemment, le monde néoplatonicien, non seulement constitue une synthèse puissante de près de mille ans de philosophie, mais aussi une matrice féconde pour les philosophies et les théologies postérieures, au moins jusqu'à la Renaissance, voire jusqu'à Hegel. C'est l'importance de Proclus dans la construction de l'idéalisme allemand.

Alors, je vois aussi, en sous-titres, un terme qui est pratique, qui est usité, qui est aussi un peu problématique. C'est ce fameux qualificatif de païen. Paganus, on sait, toute la journée en sera le témoignage. On sait que ce sont des savoirs savants, extrêmement savants, extrêmement érudits, et qui nous rapprochent plus de la ville que de la campagne.

Alors, pour débuter cette journée, j'ai le plaisir d'accueillir Nicolas Zitto, qui nous propose une réflexion générale, d'ouverture, en quelque sorte, mythe et eschatologie dans l'Antiquité tardive. Ici, Nicolas Zitto est un jeune chercheur, prometteur, qui nous a déjà donné, aux belles lettres dans la collection de l'Université de France, le Périt-Catharcaule attribué à Maxime d'Éphèse, un poème astrologique attribué à Maxime d'Éphèse, et qui va donc nous présenter quelques-uns des thèmes qui, nécessairement, structureront notre journée d'études.

Je vous en prie. Alors donc, je commencerai cette communication par un constat, c'est-à-dire le constat de l'importance du mythe pendant l'Antiquité tardive. Le mythe est tout d'abord, à cette époque, un exercice scolaire de base qui apparaît toujours au début des manuels de rhétorique. Il est extrêmement diffusé, aussi bien dans les textes en prose que dans les textes poétiques qu'on étudie à l'école.

Il est considéré comme facile à comprendre et ou à composer pour les élèves, et donc les enseignants le considèrent comme très efficace pour transmettre un message édifiant et éduquer les âmes des jeunes. Mais le mythe, à cette époque, et c'est l'aspect que je vais essayer de développer dans ma communication, est associé au mystère religieux et à la théurgie. On reconnaît notamment dans les mythes traditionnels l'expression d'une vérité religieuse plus profonde.

Et c'est justement en vertu de cette interprétation allégorique du mythe qu'il devient aussi une arme dans le cadre du conflit interreligieux entre les païens et les chrétiens, parce que les adeptes des deux religions se servent de cette démarche allégorique pour interpréter et justifier des aspects les plus invraisemblables du mythe et des saintes écritures. Donc, en ce qui concerne l'association du mythe au mystère et à la religion, le discours contre Héracléios le Cynique de l'empereur Julien montre bien l'association du mythe au mystère religieux, notamment à la théurgie.

Dans ce discours, le jeune souverain explique tout d'abord que dans le domaine philosophique, seule l'éthique et la mystagogie peuvent admettre la rédaction de mythes. Au nombre des parties de la philosophie, ni la logique, ni la physique, ni la mathématique n'admettent la mythographie. Seules l'admettent la morale appliquée à l'individu et la partie de la théologie qui traite des initiations et des mystères.

Julien justifie ensuite l'emploi de mythes en mystagogie par une comparaison entre les mythes initiatiques dont il faut interpréter le sens et les objets sacrés, caractères, utilisés dans les rituels théurgiques. La nature aime en effet à se voiler et ne souffre pas que le secret de l'essence des dieux soit jeté intermenu dans des oreilles impures. C'est pour cela que la nature mystérieuse et qui plus est inconnue des symboles sacrés a son utilité.

Elle soigne non seulement les âmes mais encore les corps et elle suscite la venue des dieux. Je crois que les mythes aussi produisent souvent ce résultat. Dans ce passage, le recours à la théurgie et celui aux mythes sont mis sur le même plan. Ils produisent en effet un résultat identique qui est celui de révéler des vérités divines capables de sauver les âmes et les corps de ceux qui les écoutent.

C'est justement en vertu, on va dire, d'une obscurité que les mythes invitent en quelque sorte à être déchiffrés. Parce que le mythe renferme une vérité cachée, une vérité divine qui n'est pas accessible à tout le monde. Donc les profanes vont se contenter du sens littéral alors que les esprits les plus fins vont être invités par l'obscurité même du mythe à chercher une vérité cachée. Donc c'est le caractère obscur du mythe qui fait son intérêt.

Cette réflexion, on la trouvera au siècle suivant chez Proclus dans la dissertation 6 de ses commentaires sur la république de Platon.

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