L’éternel rire des Dieux 2/2

Second volet de l'intervention d'Ange Duino. Pour accéder au premier volet, cliquez ici. Quel est ce rire qui, durant des millénaires, résonna dans les grottes, les temples, les sources, où  "les dieux", élevant les enfants de la terre au rang d’immortels, "firent l’homme à leur image" ? Ange Duino nous invite à un voyage hors du temps à la rencontre de grands personnages mythiques : Amaterasu, Zoroastre, Heraclès, Héphaïstos, Merlin, Abraham, Noé. Tous évoquent ou illustrent le rire des initiés, ce rire libérateur, signe de joie et d’accomplissement "propre aux êtres qui accèdent à l’Univers dynamique".

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32:22
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L’auteur analyse les multiples prolongements de ce rire initiatique qui a perduré jusqu’à nos jours. Liturgies, fêtes, ou processions aux acteurs étranges maintiennent ainsi le message du vrai sens de la vie, écho toujours vivant de l’"éternel rire des dieux". Un ouvrage paru aux Editions Signatura.

Enregistrement effectué au Forum 104

Extrait de la vidéo

La fête des fous La fête des fous La fête des fous La fête des fous La fête des fous Alors nous avons évoqué la fête des fous et assez paradoxalement, contrairement à ce qu'on pourrait penser aujourd'hui, ces fêtes d'exubérance, de joie, de folie qui manifestait la joie du peuple n'a pas toujours été comprise de la même façon par l'église. Je l'en veux pour preuve que ce texte que nous donne Dutilleau dans son mémoire pour servir à l'histoire de la fête des fous il nous dit « Nos dévots ancêtres ne croient pas déshonorer Dieu par la cérémonie que je vais vous décrire.

» Il part de la fête des fous. « Derivés presque toutes du paganisme, introduites en des temps peu éclairés et contre lesquels il a souvent été nécessaire que l'église ait lancé ses foudres. » Dans l'ouvrage « Cérémonie aux coutumes de tous les peuples du monde » on y présente la fête des fous comme ayant été introduite dès le Xe siècle à Constantinople. L'auteur Cédrénus nous apprend que dans le Xe siècle Théophylacte, patriarche de Constantinople, avait introduit cette fête dans son église d'où l'on peut conclure qu'elle s'étendait de tous côtés dans l'église grecque comme dans l'église latine Pour entrer dans un plus grand détail, cette fête était une réjouissance que les clercs, les diacres et les prêtres même faisaient dans plusieurs églises pendant l'office divin un certain jour, principalement depuis les fêtes de Noël jusqu'à l'épiphanie et notamment le premier jour de l'an.

C'est pourquoi on l'appelait aussi la fête des calendes. Alors c'est très intéressant de voir que l'autorité spirituelle qu'a représentée l'église catholique romaine depuis longtemps était liée à cela, à cette fête des fous. Mais rappelons que bien avant le Xe siècle et le texte de Cédrénus Augustin d'Hippone, saint Augustin, avait déjà condamné cette fête des fous. C'est-à-dire que cette fête des fous étant directement liée aux joies et à l'exubérance des Saturnales romaines qui elles-mêmes étaient sensiblement identiques à la fête des fous des Chaldéens bien plus antiques encore, on se rend compte que cette joie était profondément liée au sacré et on comprend mieux pourquoi le rire rituel était lié aux cérémonies d'initiation.

Avant d'aborder une compréhension que nous pouvons avoir de ce rire qui a été lié par Aristote et rappelé au propre de l'homme, je voudrais vous raconter une petite histoire qui a le situ de façon assez intéressante la problématique qui nous intéresse. C'est l'histoire d'une petite fille qui va voir sa maman et elle est à l'âge où, pour elle, c'est important de savoir ce que sont ses origines. Alors elle pose la question à sa maman, elle lui dit « Maman, d'où je viens moi ?

» Et sa mère lui dit « Ecoute, avec ton papa on t'a faite. Oui mais vous, nous on a eu nos parents qui nous ont fait. Oui mais d'où on vient alors ? » C'est le moment de lui expliquer que, au début, était le Verbe, que Dieu créa le monde et que Adam et Ève sont le premier homme et la première femme et qu'à partir de là, toute la généalogie des êtres humains est arrivée jusqu'à elle.

La petite fille est contente qu'on lui ait répondu mais enfin c'est un peu complexe pour elle. Elle va voir un autre son de cloche, sans jeu de mots, elle va voir son papa et lui dit « Papa, d'où je viens moi ? » Et le père, féru de sciences, lui dit « Écoute ma chérie, assieds-toi, je vais t'expliquer. Au départ, il y a le Big Bang, puis sur la Terre, un bouillon de culture duquel naît la vie, le premier être unicellulaire, les protozoaires, et petit à petit jusqu'au mammifère, les serges et puis un jour, ça arrive à papa et maman et à toi.

» Et la petite fille lui dit « Alors, si je comprends bien, on descend des serges alors ? » Le père dit « Oui. » Il faut comprendre que cette petite fille est très troublée parce que ses parents lui ont donné deux versions différentes de son origine. Elle retourne voir sa maman et lui dit « Écoute maman, jusqu'à présent je vous faisais confiance mais là, je suis sûr qu'il y a un de vous deux qui m'a menti parce que je vous ai posé la même question mais vous m'avez répondu des choses complètement différentes.

» Et la maman lui dit « Écoute ma chérie, non, non, non. Je ne t'ai pas menti. Moi je t'ai parlé des origines de ma famille et papa t'a parlé des origines des siennes. » Alors cette histoire est intéressante à plusieurs titres.

C'est que, d'une part, elle pose la question de l'origine même de l'univers, la question de l'existence ou la non-existence de Dieu. On voit bien aussi qu'elle pose cette lutte permanente qui continue de nos jours encore, que ce soit dedans et on ne s'en rende pas compte, du patriarcat et du matriarcat, sur ces deux rites fondamentaux ou du moins très très anciens qui sont des rituels rattachés à la lune d'un côté pour les rites matriarcaux et au soleil de l'autre.

Et aujourd'hui encore, on sait bien que le calendrier chrétien participe des deux avec un Christ solaire et des fêtes de Pâques lunaires. Alors, je vous le suggérais tout à l'heure, on a dit que le rire était le propre de l'homme. Et bien, après tous les films que nous avons pu voir sur les vies animales, on s'en rend compte que les animaux eux aussi sont capables de joie, les animaux eux aussi sont capables de rire.

Et effectivement, ce rire profane, si on aborde le rire profane, n'est pas le propre de l'homme. Puisque des animaux expriment de la joie et aussi du rire. Ils se font même des plaisanteries entre eux parfois. Il n'y a qu'à voir, notamment dans les communautés de singes, on se rend bien compte qu'ils se font des blagues entre eux et qu'ils sont capables de se moquer les uns des autres.

Alors, ce n'est pas du rire profane dont nous parlons, mais du rire sacré. Le rire profane est le rire parfois suscité par celui qui fait le malin. Le malin au sens peut-être démoniaque du terme. Donc tout ce qui fait rire n'est pas forcément sacré non plus.

Et ce qui caractérise le rire rituel, le rire sacré, c'est qu'il est rattaché, on l'a vu tout à l'heure, c'est qu'il est rattaché à des cérémonies sacrées et à des aspects religieux et profonds de l'histoire de l'humanité. Une des traces anciennes de ce rire, on la retrouve dans le rire de Démocrite. Démocrite est un grand sage et il vit à Abder. Et sur la fin de sa vie, les habitants d'Abder le virent un peu rire pour n'importe quoi.

Il était pris de crise de fourrure, on en retrouvait les fous, et inquiets pour la santé mentale de ce brave Démocrite, qui était leur grand philosophe, ils font appel à un autre grand de leur temps, Hippocrate, grand médecin, pour qu'il vienne l'ausculter et qu'il donne son diagnostic pour savoir si Démocrite était fou ou pas, s'il avait toujours sa raison. Et bien voilà, Hippocrate qui vient ausculter Démocrite, considéré comme un grand sage, parmi les sages, aujourd'hui encore, dans la philosophie.

Et la conclusion d'Hippocrate, c'est que non seulement Démocrite n'est pas fou, mais son rire perce le mystère même de la vie.

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