Christine l’Admirable, sainte et chamane 1/2 ?

« L’église apprécie ses saints, en particulier lorsqu’ils sont morts et ne peuvent ainsi plus parler ! » Derrière cette boutade, l’historien médiéviste Sylvain Piron met en lumière l’épineux problème que pose la mystique, la gnose ou les visions pour toute structure cléricale. En effet, ces ordres religieux ne tolèrent guère de déviance quant à leurs règles de fonctionnement et ils savent qu'un quelconque amoncelement de ce qu’ils nomment « écarts individuels » conduirait inéluctablement à une remise en cause de leur place, rôle, et exclussivité d’intercesseur vers les grâces divines...

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D’où le maintien à distance de tout ce qui s’apparenterait à un contact trop direct avec ce suressentiel, une méfiance envers toute approche expérimentale et l’usage fréquent du bâillon, réel ou psychique, sur tout ce que ces mystiques - qui peuplent paradoxalement leurs rangs – auraient à dire sur le monde des esprits.

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La vie de cette fille vachère indomptable, orpheline, mendiante, béguine puis sainte, intéresse ethnologues, anthropologues et parapsychologues…

Dans cet exposé (deux volets) enregistré à l’Institut Métapsychique International (IMI), Sylvain Piron nous présente la vie (d)étonnante de cette sainte belge peu connue : Christine l’Admirable (née en 1150 - ou 1170 selon l’auteur - morte à Saint Trond, Belgique, en 1224) et dont la vie fut consignée et attestée de son vivant par le très sérieux cardinal Jacques de Vitry.

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Une édition critique d'un ouvrage rédigé en 1232 à Saint Trond, soit huit ans après la mort de Christine, par un jeune moine dominicain qui, lui, ne l’a pas rencontrée : Thomas de Cantimpré.

Sylvain Piron a publié en 2021 : Christine l’Admirable, vie, chants et merveilles (Ed. Vues de l’Esprit, maison qu’il a cofondée en 2020).

Suivant sa devise personnelle « être attentif à tout, ne croire en rien », il a décortiqué les écrits de Cantimpré et tenté de dissocier l’hagiographie de la biographie. Percer les nombreux mystères et évènements surnaturels qui ont jalonné la vie de la sainte.

Sainte, chamane ou sorcière ? Les trois serions-nous tentés de répondre…

Le second volet est disponible ici : Christine l’Admirable, sainte et chamane ? 2/2

Extrait de la vidéo

Merci beaucoup de l'invitation et de m'accueillir et d'être venu en cette belle journée de printemps pour parler de choses mystérieuses. Juste un mot pour préciser, Bertrand parle de ce petit livre que j'ai publié il y a quelques mois, je vais le garder parce que j'ai m'en servi, on le fera circuler après, juste un mot pour dire que c'est une petite maison d'édition que j'ai créée avec des amis qui s'appelle « Vue de l'esprit » pour essayer justement de faire avancer ce genre de questions sur aussi bien des questions disons, des paranormales que de choses qui relèvent habituellement de la religion, des spiritualités, en essayant de dire précisément que si on prend comme parti pris la démarche scientifique selon le mot d'ordre qui est commun à Marcel Mauss et à Aimé Michel, être attentif à tout, ne croire à rien, c'est-à-dire on ne sait pas ce qui se passe et donc les traditions spirituelles ont apporté un matériau très riche à la compréhension de choses que vous abordez par le biais d'une étude de phénomènes paranormaux qu'on voit dans le monde contemporain sous un angle qui est sorti de ces traditions spirituelles.

Et donc notre idée c'est de faire converger les approches aussi bien de ces différents domaines et on a publié en même temps, en novembre dernier, un livre sur les maisons hantées d'un anthropologue patenté, Grégory de Laplace, qui est mon collègue à l'École pratique des hautes études, section des sciences religieuses, une approche à partir des archives de la SPR, de la Society for Psychical Research, votre homologue britannique, sur des cas de maisons hantées.

C'est une enquête sur un enquêteur sceptique qui aborde les maisons hantées et c'est une façon très intéressante de poser les questions de qu'est-ce que sont ces phénomènes. Et comme il dit, ce sont des intelligences particulières qui sont dans des lieux particuliers. Je vous fais passer en vous invitant à être attentif à tous les livres que nous publierons dans Vu de l'Esprit. On espère avoir prochainement un livre de Bertrand.

Voilà, je ne dis pas plus pour l'instant. Donc, la question qui est posée en général, c'est la question de l'âgeux. Donc, l'évidence, l'âgeographie, le mot qui est tourné sur le grec, est un domaine très très riche mais qui est un domaine qui est une littérature à but, disons, apologétique. Ça vise à mettre en évidence les saints pour qu'on prie pour les saints.

Donc, c'est souvent vu comme un discours dont les histoires s'intéressent peu à la réalité. Ce qui compte, c'est le discours d'encadrement des fidèles par des légendes concernant des saints. Donc, vous trouverez, il y a beaucoup de travail. La question intéresse énormément de personnes mais sous un angle qui est parfois d'histoire sociale.

Récemment, j'ai un collègue qui a fait une très belle étude sur un procès de canonisation pour s'intéresser à qui sont les témoins et à utiliser les actes d'un procès de canonisation en vue d'une histoire sociale d'une petite vallée en Italie au début du XIVe siècle. Donc, on peut avoir différentes approches de la sainteté. Il y a des gros travaux sur les procès de canonisation comme la façon dont l'Église, à partir du XIIIe siècle, essaie de contrôler pour savoir qui est saint dans une procédure officielle à la canonisation qui se met en place exactement au début du XIIIe siècle.

Je ne vais pas donner beaucoup de références mais peut-être le seul nom historique important que je vais vous donner à retenir, c'est Innocent III qui est le pape le plus important de cette époque, qui est pape de 1198 à 1215 et qui est le pape qui transforme l'Église pour en faire un instrument de pouvoir. C'est lui qui lance l'Inquisition, qui lance la croisade des Albigois pour détruire les résides dans le sud de la France et qui organise le concile de l'A34 qui a fixé toute une série de règles de la pastorale, donc de l'encadrement des fidèles par la prédication, la confession obligatoire annuelle de tous les péchés par les chrétiens.

C'est vraiment le moment de centraliser, enfin pas de centraliser, mais une mise en œuvre de centralisation par la papauté et également donc cette procédure de canonisation officielle par la papauté. Désormais, pour être reconnu comme saint, ce n'est pas simplement un culte local qui fait qu'on est saint quelque part, c'est l'Église réclame des procédures spéciales d'enquête, de vérification pour pouvoir être reconnu comme saint et inscrit dans le catalogue des saints.

C'est vraiment un point absolument essentiel de l'époque. Donc moi, mon approche est... Bertrand était très aimable en disant que c'est rare, mais elle n'est pas neuve du tout. Il y a une tradition importante de travaux chercheurs qui se sont intéressés à cette question pour quels sont les phénomènes qui sont reconnus comme étant des miracles.

Parce que pour être saint, il faut avoir une vie droite conforme aux dogmes de l'Église, mais il faut aussi des miracles. Et ce qu'on réclame à partir d'Innocent 3, c'est principalement des miracles post-mortem. C'est après la mort, c'est les miracles au tongo. En fait, on se méfie des saints vivants.

On préfère les saints morts qui sont plus faciles à contrôler. Donc pour être reconnu comme saint, il faut certes avoir fait des choses dans sa vie, mais avoir fait des miracles dans sa vie sans avoir eu des bonnes mœurs, une doctrine parfaite, une vie exemplaire, ça ne suffit pas. Il faut aussi, après la mort, faire des miracles. Et c'est toujours le cas maintenant.

C'est vraiment la chose essentielle, c'est le miracle post-mortem. Donc il y a des chercheurs depuis longtemps. Joseph von Goehrus est un des premiers, un chercheur très important, mais j'en parlerai pas beaucoup, un catholique allemand assez éclairé qui a voulu justement trouver des racines naturelles des phénomènes mystiques. Plus proche de nous, Bertrand l'a cité, la grande référence c'est Herbert Thurston qui est un jésuite anglais qui justement, en tant que jésuite, a été chargé de traduire les recueils de vies des saints.

Alors on a des grands recueils de ce qu'on appelle les vies des saints. La grande édition classique latine, ce qu'on appelle les Acta Sanctorum, donc les actes des vies des saints, a été publiée en Belgique depuis le XVIIe siècle. Au début c'est Jean Boland, donc on appelle ça les Bolandistes, c'est tout un groupe de chercheurs bénédictins qui publient ces vies. Et traduction anglaise, il y a une première grande traduction anglaise à la fin du XVIIIe siècle, mais Thurston a refait une nouvelle édition de celle de la traduction du recueil classique des vies des saints en ajoutant, en retirant des vies.

Et Thurston faisait partie de la Société pour la Recherche Psychique, il avait aussi cet esprit de chercheur en sciences psychiques, et a écrit un texte, alors publié après sa mort, traduit en français en 61, qui est un gros pavé sur l'analyse de tous les phénomènes métapsychiques tels qu'on peut les retrouver dans la géographie avec une tentative, lui, d'éprouver est-ce que les récits sont crédibles, ou qu'est-ce qu'on peut tirer de la géographie, en étant assez rigoureux.

Il y a deux auteurs importants pour moi, dont je dois admettre que je ne les ai lus après avoir écrit ce livre seulement, et que vous connaissez ici, qui est d'abord Hubert Larcher, qui a été le président de l'IMI, et qui était médecin, et qui en tant que médecin et survivant des camps en Allemagne, s'intéressait à des phénomènes de résistance corporelle à des situations extrêmes, puisqu'il avait survécu à deux années à Mauthausen, et a écrit des travaux que j'ai trouvé absolument admirables, très peu cités, alors je ne sais pas s'il y a des médecins ici qui peuvent me dire si on l'utilise ou si on lit encore Hubert Larcher, mais des choses que j'ai trouvées passionnantes, sans pouvoir en juger d'un point de vue médical bien sûr, sur la façon dont le corps peut...

c'est le sujet de sa thèse, c'est une thèse de médecine publiée chez Gallimard,

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