Le rêve de Jacob et son combat avec l'ange dans la mystique juive

Quel rôle les anges occupent-ils dans les visions prophétiques ? On connait tous le fameux Rêve de Jacob, durant lequel Jacob voit une échelle reliant ciel et terre, des anges allant et venant sur ses barreaux, puis Dieu se révèle à lui. Ce que l’on sait moins, c’est que ce passage charnière constitue le mythe fondateur d’Israël, et donna le nom, même, d’ « Israël », littéralement « celui qui a lutté avec Dieu » …

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Paul Fenton nous livre ici une analyse de ce combat et célèbre passage - chapitre 32, Genèse 25-33 - sous trois angles différents.

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Un combat terrestre ou céleste ? Contre l’ange ou contre son frère jumeau, et ainé, Esaü ?

Dans un premier temps, Paul Fenton nous donnera l’interprétation midrashique du texte, c’est à dire l’interprétation « à la lumière rabbinique » .

Dans un second il interprétera ce passage sous l’angle de la philosophie, en s’appuyant notamment sur le célèbre philosophe juif, Moïse Maïmonide (XIIe. siècle). A partir de son fameux ouvrage « Le Guide des Egarés » il nous livrera la vision maïmonidienne de ce dialogue qu’eût Jacob, avec Dieu, et qui constitue, normalement, dans le judaïsme, le privilège de Moïse.

Il nous spécifiera aussi la controverse que l’interprétation de Maïmonide suscita et l’influence que celle-ci put avoir, par la suite, auprès des cabbalistes.

Enfin, en dernière partie, il reliera ce songe, cette prophétie, à l’« approche illuminative » d’ Henry Corbin et interrogera de quelle manière cette prophétie se rapprocherait du Monde Imaginal développé par Corbin.

Un exposé passionnant, et pédagogique, enregistré lors des XIVe journées Henry Corbin.

Extrait de la vidéo

C'est un grand honneur pour moi de prendre la parole lors de cette journée Henri Corbin que je n'ai pas connue directement, hélas, lorsque je suis arrivé à Paris et que j'entreprenais mes études d'orientalisme. J'ai connu Mme Corbin et par personne interposée, mon maître Georges Vaïda était le collègue de Corbin à l'école pratique de hautes études. Donc je vais vous parler en fait d'une interprétation d'un passage central des 5 livres de Moïse, le Pentateuque.

Il s'agit du chapitre 32 de Genèse, des versets 25-33. Alors vous n'êtes pas sans ignorer que la lecture du Pentateuque est divisée en 52 sections et donne lieu à une lecture liturgique tout au long de l'année. On appelle ça des Péricopes. Et par un curieux hasard, il se trouve que le passage concernant la consécration de Jacob transformée en Israël sera lu tout à l'heure dans toutes les synagogues du monde.

C'est la Péricope du combat de Jacob avec l'ange. Donc c'est encore un hasard, peut-être que c'est le chiffre 14, encore que nous allons parler de la moitié du 14, 7. Vous allez retenir ce chiffre. Donc je vais présenter dans un premier temps l'interprétation midrachique, c'est l'exégèse du texte à la lumière des sources rabbiniques.

Nous passerons ensuite à l'interprétation philosophique, notamment sous la plume du plus grand philosophe de la tradition hébraïque, Moïse Maïmonide, qui est mort en 1204. Sa position a donné lieu à tout un chapitre de l'histoire de la pensée hébraïque, à savoir la controverse maïmonidienne. Les gens ont réagi assez vertement aux positions de Maïmonide, en particulier dans le camp kabbalistique. Donc nous allons voir un peu la réaction kabbalistique aux positions philosophiques, pour terminer ensuite avec un mot d'Henri Corbin, qui va nous mettre sur la voie ischraqie, la voie de l'interprétation illuminationniste, avant d'arriver bien entendu à notre conclusion.

Donc, lorsque j'ai commencé ma carrière, il y a une quarantaine d'années, je pouvais être sûr, lorsque je parlais de la tour de Bavel, l'arche de Noé ou le combat de Jacob, que tous les étudiants connaissaient de quoi ils se retournaient. Mais au fil des années, je me suis rendu compte que cette position n'était pas acquise d'emblée, et c'est pourquoi je préfère, malheureusement nous n'avons pas la possibilité de projeter ce texte qui était mon intention première, donc je m'excuse au prix de vous et je vais devoir le lire pour rafraîchir la page de ce chapitre 32 Genèse 25 à 33.

Mais avant d'arriver à la lecture du texte, il faut peut-être compter le contexte, s'agissant, comme je l'ai dit tout à l'heure, d'un passage charnière, qui va marquer à la fois l'histoire juive avec un mythe fondateur, c'est le nom d'Israël. D'une part et d'autre part, c'est un passage assez exceptionnel, étant donné qu'il sera également le fondateur d'une prescription religieuse, l'interdit de consommer le nerf sciatique, et ce qui fera partie d'un nombre très restreint de prescriptions religieuses pré-sinaïtiques, c'est-à-dire qu'avec la révélation sur le mont Sinaï, il restait très peu de prescriptions de l'ancienne révélation, celle des patriarches.

Bon, ça pourrait donner lieu à un développement intéressant sur la succession des révélations, même au sein du judaïsme, mais ce n'est pas ici le lieu. En tout cas, nous allons y revenir tout à l'heure. De quoi s'agit-il ? Alors, vous vous souvenez peut-être que Jacob était le frère d'Ésaü, c'était en fait des frères jumeaux, nés en même temps, mais avec une légère priorité donnée, antériorité donnée à Ésaü, ce qui faisait que le droit d'Enaes lui revenait d'emblée.

Mais, pour aller très vite, Jacob achète le droit d'Enaes d'Ésaü qu'Ilion veut, en particulier au moment où les deux se présentent devant Isaac, le père de Jacob et d'Ésaü, qui doit donner sa bénédiction à ses enfants et transmettre la tradition patriarcale. Là, il s'avère que Jacob, par une ruse, emporte la bénédiction qui était destinée à l'Enaes et ce qu'il y valut un ressentiment très profond de la part de son frère qui cherche même à le tuer.

C'est pourquoi Jacob s'enfuit très loin, il se réfugie chez un oncle en Canaan, Laban, chez qui il passe presque toute une génération après avoir épousé les deux filles de Laban, Rachel et Léa. Donc, il y a une crise entre le veu et l'oncle et Jacob en chemin pour regagner la terre d'Israël et le patrimoine patriarcal. Quel est l'accueil qui va lui être réservé par Ésaü ? C'est l'angoisse qui hante Jacob à ce moment et il envoie des messagers en avant qui reviennent lui dire, Ésaü est au courant de ton retour, il vient à ta rencontre entouré de 400 hommes.

Alors, est-ce que cette rencontre va être l'occasion de l'éclatement du conflit qui dure depuis une vingtaine d'années ? Les deux frères ne se sont pas vus entre temps. Est-ce que ça va être l'occasion d'une réconciliation maintenant que tant de temps est passé ? Voilà où nous en sommes.

Alors, Jacob craignant qu'il va y avoir un conflit armé avec son frère, il se sépare, il divise sa famille qui est nombreuse, ses biens en deux camps et il les envoie en arrière et nous dit le texte, voici que Jacob est resté seul. Donc nous sommes au verset 25 que je vous lis. Jacob étant resté seul, un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aube. Soudain des ténèbres surgit un personnage mystérieux appelé dans le texte d'une manière anonyme Isch, encore que ce terme est chargé de signification dans la tradition exégétique.

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