L’amour spirituel à travers les saintes musulmanes

Le thème de l’amour est abondamment évoqué dans les textes fondateurs de la tradition musulmane et ce tant dans sa dimension physique que spirituelle.

Jean Annestay aborde donc ici pour nos caméras la question des rapports hommes-femmes, du célibat, de la sexualité en Islam, à travers trois niveaux de lecture successifs:

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Comme souvent en matière de spiritualité, plus on reste dans une interprétation de périphérie (c'est-à-dire dans une interprétation littérale des textes), plus cette interprétation met en relief des commandements, des interdits.

Ainsi le Coran blâme-t-il sévèrement le célibat et le monachisme. En revanche, plus le niveau d’interprétation devient profond, intérieur, plus ce qui paraissait être contraignant se révèle être en fait une libération….

Tout dépend de l’angle selon lequel « l’observateur observe » et les dispositions intérieures (sincères) de « l’observé ». C’est donc à une vision contraire de cette littéralité des hadiths que la Voie soufie et les saintes musulmanes nous invitent : en se fondant au divin, on oublie son corps (potentiellement douloureux) ou oublie ses blessures de l’âme (souvent égotiques) pour se rapprocher de « la Voie » ou du Principe.annestay_saintes_2

Un angle novateur, qui paraitrait presque révolutionnaire s’il n’était pas si ancien… pour notre société qui tourne sur elle-même, sujette à un égalitarisme forcené et où les termes de « spiritualité » et « Islam » sont entachés d’associations qui leur sont étrangères.

Extrait de la vidéo

La doctrine de l'amour spirituel en islam a connu diverses formes, celle dont je vais parler ici, que je vais esquisser, concerne plutôt la doctrine telle qu'elle a été exprimée par des saintes des premiers temps de l'islam, comme Abiral en Israël, ou d'autres de la même période. Beaucoup de ces saintes étaient mariées, mais beaucoup aussi étaient célibataires. Et ça demande une petite explication. D'ordinaire, on considère que, effectivement, sainteté et célibat va de soi.

En islam, pas du tout. On considère, en islam, qu'il n'y a pas d'islam. Le monarchisme est très mal vu. Dans le Coran, par exemple, il est blâmé en ces termes.

Les chrétiens ont inventé le monarchisme. Nous leur avons nullement prescrit. Ils devraient seulement rechercher ce qui plaît à Dieu, mais ils ne l'ont point observé comme ils le devaient. Le prophète de l'islam, lui-même, déclare qu'il n'y a pas de célibat en islam.

Ainsi, à Akaf el-Hilali, à qui le prophète demandait s'il était marié et qui lui avait répondu que non, l'envoyé déclara « Alors tu es soit un suppôt de Satan, soit un témoin de chrétien. Si tel est le cas, rejoins-les. Mais si tu es un de nous, alors fais comme nous, car notre sunna inclut le mariage. » Les plus faibles d'entre vous sont les célibataires et les plus ignobles parmi les morts sont les célibataires.

On ne saurait trouver injonction plus claire à se marier et des aveux plus autals du célibat. Néanmoins, il y eut beaucoup de saintes qui furent célibataires et de grands saints aussi. Le prophète disait aussi « L'homme qui ne se marie pas n'est pas un des miens. » Ou encore « La prière d'un homme marié est soixante-dix fois meilleure que celle d'un célibataire.

» Il y a une autre parole qui déclare « Que la malédiction de Dieu soit sur ces hommes qui vivent en célibat et disent qu'ils ne se marieront pas. Que la malédiction de Dieu soit sur ces femmes qui demeurent non mariées et disent qu'elles ne se marieront pas. » 80 ans auront passé sur ma communauté alors le célibat et la vie monastique au sommet des montagnes sera devenu licite. De fait, Abu Talib rapporte que le célibat ne fut plus désavoué de façon aussi stricte dès le second siècle de l'islam.

Tout en ayant fait état du désaveu du prophète, il écrit cependant que la meilleure chose pour le néophyte, pour l'initié donc au tasawwuf, la personne qui vient de rentrer dans la voie du soufisme, par les temps qui courent est de renoncer au mariage de façon à demeurer vierge de la séduction si le désir pour les femmes ne prend pas possession de son cœur, en sorte de distraire son esprit ou de l'empêcher d'accomplir régulièrement ses rites en faisant aérer ses pensées et le distraire par la préoccupation des femmes.

Notre soufi, Abu Sulaiman Darani, déclare de même à propos du mariage. « Être capable de se passer des femmes est meilleur que de les supporter, mais les supporter est meilleur qu'endurer les feux de l'enfer. » On mesurera ainsi le retournement de position qui s'est opéré chez certains quelques siècles après les déclarations du prophète. Le même Darani ajoutait par ailleurs, non sans une pointe de misogynie, que le mariage était bon pour ceux qui avaient la patience de surmonter ces difficultés et que le solitaire trouvera dans la douceur de son travail et la liberté de son esprit ce que l'homme marié ne peut trouver.

Oujwiri lui rapporte, de façon un peu plus modérée, que le derviche devra envisager les mots respectifs du célibat et du mariage et choisir lequel des deux est pour lui le moindre. Les mots du célibat consistent dans la négligence de l'ordre du prophète et dans les dangers de tomber dans les déviances illégales, tandis que le mariage pousse l'esprit à se laisser distraire par autre chose que Dieu et par l'attrait du corps pour les plaisirs sensuels.

Le soufisme intègre la pratique du célibat. Aujourd'hui, elle est conseillée, en tout cas pour les disciples dont on débute la voie, effectivement, pour qu'ils puissent se concentrer dans la pratique du zikr et la méditation, chose qui leur sera beaucoup plus difficile au fur et à mesure, disons, une vie familiale avec tout ce que ça implique au niveau des demandes et des distractions. Du temps du 2e et 3e siècle, beaucoup d'hommes et de femmes prirent comme obstacle de vivre les uns mariés mais chastement, les autres célibataires, en tout cas pendant une longue période de leur vie.

Certains grands saints comme Ibn Arabi vécurent en état de célibat toute une partie de leur vie et se marier a eu une progéniture conséquente dans le dernier tiers de leur vie. En tout cas, il n'y a pas de règle systématique, la question du célibat étant liée véritablement aux besoins que peut avoir ou non le disciple, qu'il soit un homme ou une femme. L'indépendance relative de la personne peut être une aide ou un handicap dans la voie spirituelle.

Il est bon de tenir ça présent à l'esprit avant d'aborder la doctrine de l'amour spirituel et ce que cela implique pour l'être dans le cadre du soufisme ou en tout cas dans le cadre d'une voie spirituelle. Il est entendu que quelqu'un qui renonce au monde, on peut dire qu'il va renoncer effectivement à ses plaisirs. Mais il y a un degré supérieur à ça, c'est la personne qui vit une vie épanouie d'hommes, d'une famille et qui vit d'une façon tout à fait complète à la fois sa sexualité, à la fois ses besoins et les reconduit intérieurement à Dieu.

Et c'est quelqu'un qui parvient et dans un état qui est supérieur à la personne qui s'en prive. Le tout est effectivement l'état intérieur qu'on permet d'avoir tout en accomplissant certaines choses. Il est certain qu'une personne qui vit en reclus du monde, loin du monde, effectivement est préservée de certaines choses, de certaines tentations. Mais quelqu'un qui vit dans le monde et qui en est préservé intérieurement a un degré de réalisation intérieure supérieur, c'est évident.

C'est pour ça qu'il est souvent en joint et que souvent un grand nombre de saints et de saintes de l'islam ont une vie de famille, certains plusieurs épouses et une abondante progéniture. Alors, à contrario, certains ont déclaré comme Malik ibn Dinar qu'aucun homme ne parvient à un degré de certitude assurée de la connaissance divine tant qu'il n'a pas quitté sa femme au point qu'elle se croit veuve.

Mais effectivement, il s'agit là d'êtres qui ont renoncé véritablement à leur ego. C'est-à-dire qu'ils sont un petit peu dans l'état dont Kumara Swami parle, d'ailleurs, dans la tradition hindoue. C'est la sainte présence de ces hommes dans une société à laquelle ils n'appartiennent plus affecte toutes les valeurs par son affirmation des valeurs suprêmes. C'est-à-dire que ce sont des renonçants.

Ils renoncent de plein gré à la totalité de ses obligations, de ses droits. Et donc, effectivement, ils dépassent totalement les cadres sociaux. C'est, en tout cas, ce qu'auront vu tous les spirituels qui vont traiter de la doctrine de la mort. C'est pour ça que je l'aborde en amorce de cet exposé.

Parce qu'on ne peut pas comprendre leurs déclarations si on les prend uniquement comme des figures poétiques, sans incidence sur leur comportement, sans incidence sur des pratiques les plus concrètes. Alors, effectivement, il y a des grands saints comme Bishr el-Hafi qui disaient que celui qui n'a pas besoin de femme s'en remet aux tout-puissants. Mais, effectivement, on lui a reproché que son célibat en disant qu'il n'était pas du tout sunna, qu'il n'était pas en accord avec l'avis du prophète.

Lui répondait qu'il était occupé avec le tout autre devoir que ceux de la loi, à savoir de garder son âme zélée et libre de tout mal. Mais c'est le signe d'une limite. La personne, effectivement, en islam, à la différence de certains courants du christianisme, la sexualité n'est pas considérée comme quelque chose de sale. C'est un élément qui doit être accompli.

Un être qui ne satisfait pas ses besoins sexuels, de même qu'il ne se nourrit pas, etc., n'est pas en conformité avec l'islam. Il peut, effectivement, à un moment donné, savoir faire des privations dans une lutte contre l'ego, contre la nafs, contre les besoins.

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