Jean-Marc Vivenza, chercheur d’absolu

Dans un monde rongé par l’uniformité, où la notion de sacré, de verticalité, semblent devenus accessoires et relayés au simple rang d’objet de consommation ; où ses rares commentateurs « autorisés » suivent servilement ce conformisme bien-pensant, matérialiste et petit-bourgeois, subsistent toutefois quelques remparts. Très discrets mais tout aussi efficaces. Jean-Marc Vivenza fait partie de ceux-là.

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A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage (Entretiens spirituels et écrits métaphysiques, Ed. Le Mercure Dauphinois, 2017), essai qui réunit textes et études sur « l’absolu », et « l’expérience mystique », nous avons souhaité prolonger en sa compagnie, sa mise en perspective philosophique et historique, et lui retourner la question : « pour vous, Monsieur Vivenza, quelle est donc votre démarche personnelle, pratique, dans cette quête d’absolu ? »

« Radix veut dire racine, puissance, mais aussi radicalité »

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Si l’on devait résumer l’approche et la sensibilité de Jean-Marc Vivenza en une seule citation extraite de cet entretien, nous choisirions celle-ci : « un chemin spirituel authentique ne calme pas l’homme, au contraire, il le porte à son incandescence… ». Un bouillonnement intérieur, potentiellement violent, qui consume tout cheminant sincère, et en même temps le guide, le nourrit et qui nous rappelle cette métaphore, on ne peut plus actuelle, de l'Apocalypse (3:15) : « Dieu vomit les tièdes ».

Descendre en soi : quelle place et quel rôle pour les structures ecclésiales ou « initiatiques » ?

Cette descente en soi, même si elle va immanquablement remuer nos impuretés, faire même revenir certaines d’entre elles à la surface, a pour finalité d’approcher le divin en nous. « Comprendre ce qu’il en est de notre nature réelle » nous-dit Jean-Marc Vivenza.

Souhaitez-vous approcher, à travers l’expérience de ce chercheur, le sens du mot « Absolu » ?
Un sujet grave, où la mélancolie ponctue les silences... 
Une mélancolie dont Jakob Böhme, justement, pensait « qu'elle vient exercer sur l’Âme ce rappel de ce que nous étions... ».

Extrait de la vidéo

Bonjour à tous et bienvenue sur Bagliss TV pour cette nouvelle émission. Aujourd'hui, nous recevons Jean-Marc Vivenza pour son livre « Entretien spirituel et écrit métaphysique » aux éditions Le Mercure Dauphinois. Bonjour Jean-Marc. Bonjour.

Vous vous confiez dans cet écrit et tout au long du livre, il y a vraiment une trame, un fil conducteur qui m'a laissé un petit peu perplexe. Et la question que j'aurais à vous poser en premier, c'est la question du mal et de l'origine du mal. Pourquoi le mal vous attire tant ? C'est une bonne entrée en matière pour parler des questions fondamentales parce que le négatif occupe à la fois un rôle et une action centrale dans le cadre de la réalité ontologique.

Et commencer à aborder les réflexions fondamentales du point de vue métaphysique par le négatif, par le mal, c'est sans doute exercer sur la réalité un regard d'objectivité et en même temps de lucidité transcendante. Parce que la façon dont on va répondre à cette présence massive du négatif, sauf à la nuit bien évidemment, mais bon, je crois que l'expérience immédiate des contraintes faites à chaque créature en ce moment ne permet pas de douter de la difficulté.

La difficulté à être au monde comme on dit et en même temps à naître au monde ayant une finalité qui est celle évidemment de la disparition et de la mort. Donc le négatif occupe une dimension absolument gigantesque, absolument centrale pour chaque individu parce que le propre de l'homme c'est précisément de savoir qu'il n'est pas éternel et qu'un jour il devra quitter ce monde. Aborder les questions fondamentales à partir de cette expérience du négatif a été pour moi, pour mon parcours depuis l'enfance d'ailleurs, une sorte de guide, de trajectoire, de réflexion.

Mais ayant donné d'interroger le pourquoi de cette présence au monde dans ses conditions car on pourrait très bien imaginer une présence au monde dépourvue de ses conditions. Un être qui soit éternel, infini, parfait, non soumis à la décrépitude et à la mort, à la maladie ou au limite même ne serait-ce que des facultés humaines. L'intelligence qui aspire à la vérité mais qui est toujours incapable de pouvoir déterminer ce qu'elle est réellement, du moins du point de vue rationnel, ainsi qu'une multitude d'autres facultés, la mémoire qui joue un rôle important mais qui, comme nous le savons, est fragmentaire, limitée.

Donc une rencontre par rapport à cette négativité vous a entraîné et poursuivi toute votre vie. Et cette question, avez-vous eu des réponses personnellement ? Derrière la franc-maçonnerie, lorsque vous y étiez et lorsque vous y êtes, lorsque vous recherchez, vous critiquez énormément de concepts, de façons de vivre d'autres personnes, vous êtes assez rigoureux. Donc il y a une forme de négativité, non mauvaise, mais une forme de retour au soi, constante, dans une rigueur absolue.

Pourquoi ? Pourquoi ? Je vous la pose d'ailleurs. Pourquoi ?

Parce que cette démarche de négativité ou de confrontation négative exige une discipline. Cette discipline n'est pas la réponse. Vous parliez tout à l'heure d'organisation initiatique. Ce n'est pas la réponse les organisations.

La réponse c'est la démarche initiatique. C'est le processus qui permet de dépasser certains obstacles de façon à aborder et de se confronter à la réalité de ce qui est en jeu, de ce qui est vraiment au centre de la problématique. Et les voies, les voies initiatiques sont là pour déblayer le chemin, pour aider à y voir un peu plus clair et permettre une efficacité accrue. Elles ne modifient pas le questionnement, elles l'accélèrent, elles ne créent pas ce questionnement qui est intrinsèque, constitutif même de la personne humaine.

Elles le subliment, elles lui donnent le pouvoir d'atteindre ce à quoi il fait allusion, ce à quoi il questionne, ce vers quoi il tend. Et donc oui la rigueur est nécessaire sauf bien évidemment si on considère qu'il est plus agréable de rester dans un fauteuil et de passer son existence à boire des sodas. Mais c'est une possibilité, le carpe diem n'est pas exclu de la possibilité de l'être au monde.

Si on est véritablement interrogé, questionné, sollicité par la problématique, alors à ce moment là il faut réellement, si on cherche des réponses effectives, si on aspire véritablement à s'approcher de ce qu'il en est de l'être, de ce qu'il en est de la vérité, alors oui il faut une rigueur et il faut des démarches qui soient appuyées sur des domaines traditionnels qui permettent d'avancer parce que l'homme laissé à sa propre réflexion personnelle a tendance à tourner en rond, à s'autoriser quelques facilités et puis souvent, il faut quand même l'avouer, à considérer que tout ça ne mène pas bien loin, la lassitude se joignant à l'usure de l'âge finalement finit par disparaître.

L'intensité du questionnement. Vous faites un constat sur la vie quand même qui est assez, j'utilise certains mots que vous dites dans le livre, assez navrant et je vais faire une petite citation si vous permettez. Je vous en prie.

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