Les différents visages du soufisme

Nombreux sont les hommes qui, de nos jours encore, tournent leur regard vers Dieu et tentent de s’en faire les serviteurs… L’Islam connait en son sein différentes branches, différents courants, et ce qui constitue sa "quête intérieure", volet initiatique et contemplatif que l’on nomme "soufisme", n’échappe pas, non plus, à cette pluralité. Ainsi de la pointe occidentale du Maroc jusqu’à l’Indonésie, en passant par l’Egypte ou l’Iran, de multiples confréries coexistent à l’ombre d’un Islam "extérieur". Comment cohabitent-elles avec le juridisme - parfois ostentatoire - de l’Islam ? Au-delà de cette diversité géographique et linguistique : qu’ont-elles réellement en commun ?

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La contemplation de Dieu ne peut-être qu’universelle.

Depuis plus de vingt ans, Slimane Rezki fréquente (en France et en Algérie) ces confréries mystiques appelées "tariqa". Au delà de sa propre filiation à l’une des branches du soufisme qualifiée de "guénonienne", il a accepté de répondre de manière globale et objective, à nos questions et ainsi relever ce qui ressemble à une "gageure" : nous présenter les différentes facettes du soufisme.

Depuis de nombreuses années, beaucoup d’occidentaux se sentent appelés par cet Islam "intérieur et ésotérique".Trouvent-ils dans le soufisme la réponse "à cette recherche des fondamentaux communs à toute l’humanité" ? 

Est-ce ce souffle de tolérance qui les attire, et qui, comme nous-le rappelle Slimane Rezki , fit dire au prophète : "je ne dis rien de nouveau, je ne fais que rappeler toute la sagesse primordiale qui était avant moi"…

Ce terme, "avant", devons-nous le comprendre comme une invitation à un recentrement intérieur ? A retrouver, au plus profond de nous, une axialité que nous aurions perdue ?
Eléments de réponse dans cette interview, passionnante, de Slimane Rezki par Daniel Shoushi.



Extrait de la vidéo

Bonjour à tous et bienvenue sur Bagliss TV, je voudrais introduire cette émission par une citation d'une très grande personnalité qui se nomme Rabera Al-Adawiyah qui a vécu au 8e-9e siècle et elle dit ceci « Je m'en vais pour incendier le paradis et noyer l'enfer en sorte que ces deux voiles disparaissent complètement devant les yeux des pèlerins et que le but leur soit connu et que les serviteurs de Dieu le puissent voir.

» Bonjour Slimane Reski, vous êtes notre invité de cette émission, les visages du soufisme, vous êtes diplômé en sciences religieuses de l'école pratique des hautes études, vous êtes auteur, traducteur et conférencier, spécialiste du soufisme et particulièrement de l'œuvre de René Guénon, vous coordonnez la branche française de la fondation René Guénon située au Caire en Égypte et vous êtes en plus engagé dans le discours interreligieux et membre fondateur de Conscience Soufis avec Éric Geoffroy et Idriss De Vos entre autres.

Et Néphissa Geoffroy Vous animez aussi une émission sur Youtube qui se nomme « South 24 » qui a pour but de parler de l'islam dans sa globalité et du soufisme plus particulièrement. C'est plus réformisme que révolutionnaire cette émission, n'est-ce pas ? Je me trompe ? Alors je pense que c'est ni l'un ni l'autre dans le sens où c'est avant tout j'avais fait une émission qui s'appelait « Restauration et non-réformisme » parce que je pense que dans l'islam de façon générale pas spécialement aujourd'hui, on a beaucoup plus besoin de restaurer tout un patrimoine oublié plutôt que de réformer des choses qui en soi n'ont pas besoin de l'être.

Je voudrais vous poser cette première question Slimane, pourquoi le soufisme tend à l'universel, à l'universalisme ? Pourquoi ? Parce que le soufisme est la troisième dimension de l'islam, c'est-à-dire la plus haute, celle qu'on appelle l'ihsane, puisque dans un célèbre hadith, un enseignement du prophète qu'il a reçu de l'ange Gabriel, la religion musulmane a été structurée, hiérarchisée en trois plans.

Un qui est l'islam, l'autre l'himène, l'autre l'ihsane. L'islam qui va concerner le juridisme, question sur laquelle on pourra revenir. L'himène, ça va être toute la partie dogmatique, le credo, etc. Et l'ihsane va être toute la dimension de la contemplation divine.

Donc dans cette contemplation, le sujet étant l'objet de contemplation étant Dieu, Dieu étant universel, tout ce qui touche au soufisme ne peut être aussi universel. Que peut-on dire du soufisme à travers tous ces pays actuellement et à travers son histoire où l'on voit que les premiers musulmans soufis n'appartiennent pas à des écoles, parce que les écoles du soufisme ou bien les voies soufis n'existaient pas.

C'étaient des personnages isolés qui avaient une très grande puissance oratoire et attiraient des gens autour d'eux. Et ensuite, au fur et à mesure des siècles qui se sont écoulées, des voies, des doctrines, des courants se sont plus orientés, comme aujourd'hui on appelle des tariqas, qui n'existaient pas. Quelles sont les conséquences de ces premières personnes qui étaient juste des simples maîtres, où tout le monde pouvait aller voir, des chrétiens, des juifs, des musulmans et aucune voie n'existait.

Et l'islam actuel, soufiste, qui existe à travers le monde où ce ne sont plus des maîtres, accessibles et facilement, on ne peut pas entrer en contact si on n'appartient pas à la tariqa. Est-ce que je me trompe en disant ça ? Un petit peu quand même, dans le sens où on peut entrer en contact, on peut se rendre sur les centres initiatiques, où certains chirs vont être soit un peu plus accessibles, soit moins accessibles, soit pas accessibles du tout.

C'est une question assez vaste en fait, parce que cette apparition des confréries, les toloks, qui vont apparaître au courant à cheval sur le XII, XIIIe siècle, essentiellement XIIIe siècle, où on va avoir toutes les grandes fondations qu'on connaît aujourd'hui, de Souhavardi à Abdelkader Gilani, à Rumi, à Ibn Arabi, à Shadili, à Rifa'i et Naqshbandi, ils sont tous à cheval sur une même période. En fait, ça correspond à un changement de modalité de l'initiation.

Auparavant, vous avez raison, l'initiation se déroulait avant tout, c'était vraiment un parcours très personnel jusque dans la forme, où il était de coutume d'aller voir plusieurs maîtres. Tel maître était plutôt spécialiste de telle discipline, de tel état, de tel maqam, de tel enseignement, de telle doctrine. Et à ce moment-là, on allait voir ces maîtres, qui souvent avaient plusieurs casquettes, étaient des maîtres d'ordre purement spirituel, donc ce qu'on va appeler le Chir Morshid, qui va s'occuper du Souluk, de l'initiation proprement dite.

Le Souluk et l'initiation, on sait bien ça. Le voyage intérieur, le spirituel. C'est la quête intérieure, c'est la notion de voyager, le Souluk, ce cheminement de la voie initiatique. Mais ils étaient également des maîtres d'initiation, mais dans les modalités, c'est-à-dire dans l'apprentissage du Coran, dans l'apprentissage du Hadith, dans l'apprentissage de la Sirah à l'avis du prophète, au niveau de la grammaire, etc.

C'est-à-dire que toute l'initiation islamique étant basée sur le Coran et la Sunnah, nécessitait au préalable une connaissance assez pointue de ces deux sources que sont le Coran et la Sunnah. Donc, ils étaient d'un côté Ousted, c'est-à-dire professeurs de la journée, et les gens étaient élèves, et le soir ils étaient Cheikhs, et les gens étaient disciples. Donc, on avait deux facettes, deux dimensions.

Ce qu'on retrouve assez tôt avec Abu Dhan al-Sarraj, par exemple, avec Soulami, avec Rasali, avec tous ces grands noms qui très rapidement, au fond, vont avoir cette double casquette du jour et de la nuit, sachant qu'entre les deux, il y avait un filtre et que tous ceux qui étaient élèves n'étaient pas forcément disciples. Et ce qui est intéressant également, pour montrer le parallèle entre peut-être les grands Cheikhs d'aujourd'hui et ceux qui nous ont précédés, vous parlez de plusieurs casquettes, mais aussi ils avaient une connaissance très large.

Certains étaient traversés dans le domaine philosophique, d'autres dans le domaine mystique, même magique, comme el-Boudni, par exemple, intellectuel, politique pour certains, et qui sont engagés dans un soufisme politique. Actuellement, le soufisme est très restreint. On ne parle plus de tous ces branches-là, ou bien, encore une fois, il y a une cassure claire et nette entre ces premiers soufis et ceux d'aujourd'hui.

Oui, il y a une cassure. Comme je le disais, pour suivre le fil, c'est que ceux qui étaient d'un côté étudiants et le soir disciples ne se contentaient pas d'avoir un rapport avec un seul maître. Souvent, ils avaient plusieurs maîtres en même temps. Et quand ils en avaient fini,

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