Les bases théoriques de la métaphysique de René Guénon
Dans cet exposé d'environ une heure, Jean-Marc Vivenza dresse les bases du principe de la métaphysique par René Guénon et de ses rapports avec la connaissance surnaturelle, l'être et le non-être. Ce premier volet est suivi d'un second intitulé "La réalisation métaphysique selon René Guénon".
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La métaphysique de René Guénon Aborder la question de la métaphysique, par un intitulé dénommant la métaphysique de René Guénon, est sans doute un peu osé, tant Guénon lui-même souhaita certes parler de la métaphysique, mais en aucun cas d'une métaphysique qui lui aurait été propre. Mais par facilité de langage, disons que l'intitulé la métaphysique de René Guénon permet de cerner le sujet dont on veut parler et donc préciser la place et les grands éléments fondamentaux de la pensée de René Guénon au regard de cette perspective métaphysique qui fut pour lui le centre même de toute son œuvre, de toute son activité et de toute sa réflexion.
Car René Guénon apparaît incontestablement au XXe siècle comme le représentant, pour ne pas dire l'éminent représentant, du profond renouvellement de ce qu'il convient d'appeler la connaissance sacrée dont le large champ de pertinence va s'étendre du symbolisme en passant par l'hermétisme jusqu'aux frontières, largement dépassé même de l'ésotérisme initiatique tant oriental qu'occidental. Mais il est un domaine paradoxalement encore peu exploré dans les études portant sur René Guénon et qui est pourtant essentiel chez lui, c'est celui de la métaphysique.
Pourtant Guénon n'est pas Kant, Hegel ou Heidegger. Ce n'est pas un professeur de métaphysique comparé, un spécialiste de la question. Et il a même eu, comme on le sait, un parcours universitaire relativement heurté puisque s'il obtient en 1916 un diplôme d'études supérieures de philosophie, et au moins sa thèse de doctorat, qu'il publiera sous l'intitulé « Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues », sera refusée par Sylvain Lévy et il s'était vu, il faut qu'il le rappelez, préalablement refusé également à l'oral de l'agrégation de philosophie.
Deux ans auparavant, en 1919, ce qui le conduira donc à devoir pourvivre, enseigner la philosophie, certes, mais dans des pensionnats ou des institutions de jeunes filles jusqu'en 1928, date où il prendra d'autres orientations sur le plan de sa vie personnelle. Toutefois, malgré ses éléments métaphysiciens, René Guénon l'est sans contestation possible dans la mesure où toute sa pensée sera précisément articulée, structurée et fondée sur une base doctrinale de nature métaphysique extrêmement établie.
Une source véritable, une origine première qui porte l'ensemble de ses positions et propositions les plus caractéristiques. Une métaphysique élaborée dans un souci vigilant et un soin tout particulier qui, comme une invisible trame, énerve et nourrit l'ensemble du corpus guénonien. On doit reconnaître qu'une évidence s'impose immédiatement à l'examen lorsqu'on aborde l'œuvre de René Guénon. C'est que ses propositions liminaires, dès l'écriture, bien évidemment, de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, déjà évoquées, mais plus avant encore, avec les textes publiés par la revue Lagnose, toutes ces positions ressortissent d'une préalable vision métaphysique qui trouvera, quelques années plus tard, sa souveraine expression dans un ouvrage célèbre, L'Homme et le Devenir selon le Vedanta, publié en 1925, puis Le Symbolisme de la Croix, en 1931, et surtout, et par éminence, Les États multiples de Lettres, en 1932, ouvrage exclusivement consacré, selon l'expression choisie, au magistral exposé théorique de la métaphysique intégrale.
Quelles sont les bases théoriques de la métaphysique de René Guénon ? Pour René Guénon, toute approche métaphysique doit, impérativement et au préalable, admettre un certain nombre d'évidences qui ont pour objet de définir ce qu'il en est du domaine propre et authentique de la métaphysique et ce qui n'en est pas. Suivons cet itinéraire à la suite de René Guénon pour voir plus précisément ce qui relève de l'une ou l'autre de ces catégories.
La plus élémentaire des affirmations de René Guénon, et qui semblerait à première vue représenter un truisme, une évidence, consiste à bien distinguer le domaine propre de la métaphysique. Et Guénon soutient, avec une rare insistance, que la métaphysique dépasse le terrain limité où surgissent à l'expérience les phénomènes naturels. « Il convient de s'entendre », écrit Guénon dans sa conférence de Néant-Sorbonne en 1929, sous le titre relativement ambigu de la métaphysique orientale, « sur le sens qu'il faut donner aux mots métaphysiques.
Et cela importe d'autant plus, » poursuit-il, « que j'ai souvent eu l'occasion de constater que tout le monde ne le comprenait pas de la même façon. Je pense que ce qu'il y a de mieux à faire pour les mots qui peuvent donner lieu à quelques équivoques, c'est de leur restituer, autant que possible, leurs significations primitives et étymologiques. Or, d'après sa composition, écrit toujours Guénon, ce mot « métaphysique » signifie littéralement « au-delà de la physique », en prenant « physique » dans l'acception que ce terme avait toujours pour les anciens, c'est-à-dire celle de la science, de la nature dans toute sa généralité.
La physique est l'étude de tout ce qui appartient au domaine de la nature. Ce qui concerne la métaphysique, c'est ce qui est au-delà de la nature. Pour brutale et massive que soit l'assertion de René Guénon, elle n'en a pas moins le mérite de tailler franc et de délimiter sévèrement