Chrétien de Troyes et le Conte du Graal, un pont entre celtisme et christianisme

Le Graal est d’origine celtique, affirmait Jean Markale dans ses célèbres et nombreux ouvrages. Certes, mais est-il seulement celtique ? Prolongeant la position de Jessie L. Weston (From Ritual to Romance, publié en 1920), Françoise Bonardel analyse ici la dimension universelle, atemporelle et, disons-le, initiatique du roman de Chrétien de Troyes. Ce qui, à première vue, ressemble à un roman dissimulerait en fait une symbolique et des rituels beaucoup plus anciens.

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Un voyage qui nous conduira sur les rives et dans les mystères de la Grèce antique, avec les rituels d’Éleusis, jusqu’au christianisme naissant.

Françoise Bonardel évoquant Jean MarkalePerceval arrivant au Chateau

Les éléments, la fertilité, la nature sont porteurs d’une dimension universelle et ne sont pas l’apanage exclusif, ni du celtisme, ni du paganisme.

Françoise Bonardel analyse ici la version de Chrétien de Troyes (fin du XIIe siècle). Le parcours de Perceval, ce jeune homme naïf qui devient chevalier mais échoue à comprendre le mystère du Graal faute de maturité.
Son histoire s’inscrit dans un ensemble de récits complexes où plusieurs chevaliers poursuivent cette quête. Le Graal y apparaît comme un symbole énigmatique, interprété de diverses façons et plus tard christianisé, notamment par Wolfram von Eschenbach.

Séminaire sur le Graal, Vézelay

L’éthique chevaleresque : à tout dommage, le chevalier doit apporter réparation

Dans une société marquée par la perte de repères, où le mensonge et la séduction sont omniprésents, souhaitez-vous vous immerger dans les codes et l’éthique chevaleresque ?

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Voici la liste des exposés issu du séminaire intitulé "La quête du Graal : histoire, portée symbolique et actualité d’une vieille légende" donné à Vézelay par Françoise Bonardel dans le cadre de l’Association Convergences (6-8 décembre 2024)

1. Qu’est-ce que le Graal a à nous dire aujourd’hui ? (1/10)
2. La geste arthurienne, écrin de la matière de Bretagne (2/10)
3. L’esprit de la chevalerie, une rectitude intérieure (3/10)
4. Le nuage d’inconnaissance des Chevaliers de la Table Ronde (4/10)
5. Chrétien de Troyes et le Conte du Graal, un pont entre celtisme et christianisme (Les récits fondateurs, partie 1) (5/10)
6. Graal et Alchimie : la guérison du roi Amfortas (les récits fondateurs partie 2) (6/10)
7. Quête du Graal et ésotérisme chrétien (7/10)
8. Le Parsifal de Richard Wagner : un Graal initiatique (8/10)
9. Le Graal, grand archétype de l’inconscient collectif (9/10)
10. Le Graal, une plénitude plus qu’une perfection (10/10)

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation. 

* Lien l'ouvrage de Françoise Bonardel, Le Graal (Dervy 2026) : https://www.editions-tredaniel.com/le-graal-p-11794.html

Extrait de la vidéo

Le Graal de Chrétien de Troyes Perceval, donc, où le conte du Graal de Chrétien de Troyes a été écrit aux alentours de 1180-90 à peu près, et il convient d'ajouter à ce récit les quatre continuations qui ont été écrites par ses successeurs, qui sont des romans très longs aussi, et dans lesquels les successeurs de Chrétien de Troyes s'efforcent de trouver une issue, puisque le récit de Chrétien de Troyes est inachevé et qu'après l'échec, peut-on dire, de Perceval lors de la scène capitale qui est la présentation du Graal, on ne sait pas ce qui s'est passé le concernant.

Donc les continuateurs ont cherché des résolutions différentes et je n'aurais évidemment pas le temps d'examiner chacune de ces résolutions parce qu'il y a déjà beaucoup à dire sur le conte en tant que tel. À cet ensemble, il faudrait ajouter le haut livre du Graal qui n'est pas de Chrétien de Troyes, qui est d'un auteur anonyme du XIIIe siècle et qui est un récit qui reprend évidemment le scénario principal initié par Chrétien de Troyes, mais qui le reprend en y ajoutant énormément de scènes différentes et qui tranche surtout par son ton, par son style qui est, disons, plus rude, parfois ponctué de scènes macabres, mais néanmoins d'une grande inventivité et ce dont je vous parlais hier, c'est-à-dire la mélancolie du roi Arthur par exemple, vient du haut livre du Graal donc qui a innové sur un certain nombre de points tout en restant, à mon avis, fidèle à l'esprit de la légende.

Deuxième remarque, c'est que dans le récit de Chrétien de Troyes, dont vous avez une image gravée ici, représentée dans la pose du penseur qui avoisine d'ailleurs très souvent celle de l'homme mélancolique, la main posée sur la joue, dans le conte de Chrétien de Troyes, en fait, il n'y a pas que les aventures de Perceval qui sont racontées et ce qui rend ce conte parfois difficile et ce sera le cas encore dans les continuations, ce qui rend parfois la lecture difficile, c'est que les aventures s'entremêlent, c'est-à-dire que dans un chapitre, on vous parle de Perceval et puis dans un autre chapitre, on passe à Gauvain et dans certains textes, on passe à Lancelot, etc.

Donc, il y a un entrecroisement des scénarii, ce qui fait que pour le lecteur, c'est parfois un petit peu déconcertant. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait, Perceval n'était pas, dès le récit de Chrétien de Troyes, il n'était pas le seul chevalier en quête du Graal. Alors, Gauvain ne l'a certainement pas cherché de la même manière, Gauvain était plus mondain peut-être, toujours prêt à rendre service à une jeune et charmante femme qui lui demandait de l'aide.

Enfin, il y a chez Gauvain plus peut-être de mondanité, mais toujours est-il qu'il lui arrive lui aussi d'être confronté au Graal, de ne pas avoir l'attitude qui convient, etc. Donc, il faut bien savoir que en mettant l'accent sur le personnage de Perceval, on ne doit pas oublier que d'autres chevaliers étaient engagés eux aussi dans la quête du Graal. Borte, Lancelot, Galade sont les principaux, et Gauvain bien sûr.

Alors, venons-en au récit lui-même et au scénario qui va servir de modèle, si je puis dire, à bien des récits ultérieurs. Donc, enfance et adolescence de Perceval. Ça, c'est le départ de chez sa mère. L'enfance de Perceval est marquée, alors qu'il est très jeune encore, par la mort de ses deux frères aidés, tués au combat, dans des combats chevaleresques.

Et la mort de ses deux fils a plongé son père dans une telle affliction qu'il en est mort à son tour. Alors, là, il y a un détail qui est intéressant, à savoir que le père de Perceval, affligé donc par la mort de ses deux fils, se retire dans la forêt, la forêt gaste ou la forêt profonde, n'est-ce pas, en ayant été blessé lui aussi aux hanches lors d'un combat. Et le récit nous raconte qu'il se fait porter sur une civière, sur un brancard, dans ce qui va devenir son lieu de résidence, c'est-à-dire un château au plus profond de la forêt.

Donc, ce que je note pour ma part, c'est que le père de Perceval est déjà une figure du roi malade. Le roi malade, c'est-à-dire le roi de Perceval, est déjà une figure du roi malade. Le roi malade, le roi méhégné, qui se fera porter sur un brancard lui aussi après avoir été blessé aux hanches par un chevalier, par un combattant, lors d'un combat singulier. Donc ça, ça me paraît intéressant, d'un point de vue psychologique, mais aussi quant à la conduite du récit, parce que ça veut dire que la figure du roi méhégné, en fait, apparaît beaucoup plus tôt et elle apparaît à travers la figure du père de Perceval, ce qui veut dire qu'on ne peut pas savoir, évidemment, s'il a été sensibilisé à cette image, toujours est-il que son père va disparaître alors qu'il est très jeune, et donc ça ne va pas sans doute le marquer durablement.

Donc sa mère se retire, elle est dans la forêt, dans un isolement total. Sa mère est souvent désignée comme la dame veuve, et elle l'élève dans l'ignorance totale de la chevalerie, c'est-à-dire elle le tient à l'écart de la chevalerie qu'elle accuse, et à juste titre, de lui avoir déjà enlevé ses deux fils et son mari. Donc si vous voulez, ce qui est intéressant, c'est de voir que Perceval a été élevé de façon délibérée dans cette ignorance totale.

On l'a coupé complètement du monde de la chevalerie de peur que ce genre de choses ne marchent pas du tout. Un autre exemple vient à l'esprit. Le père du Bouddha, le prince du Népal, avait lui aussi élevé son fils dans l'ignorance totale de toute forme de vie religieuse et malheureusement pour lui, parce qu'il craignait justement que son fils ne prenne pas cette obsession, et malheureusement ça n'a pas marché du tout et le Bouddha a eu le sort que l'on sait.

Ça veut dire que cette procédure d'évitement, en général, ne marche pas et produit même l'effet contraire. Toujours est-il qu'un jour, en se promenant dans la forêt où il allait chasser avec ses javelots,

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