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Mort, régression et renaissance selon la psychologie jungienne

Cinq auteurs, dans une approche jungienne, traitent, en six textes, des thèmes du vieillissement de la mort et de l’après-vie, thèmes que C.G. Jung a exploré longuement, on pense bien sûr à ses « Sept sermons aux morts ». Ce n’est que récemment que se développe une véritable psychologie du vieillissement. Parmi les grands noms de la psychologie, Jung est l’un des rares à avoir étudié la question. Son questionnement l’a conduit vers l’alchimie et ses voies d’immortalité, orientales ou occidentales. Il fut un précurseur.

« Le Soi, signale Marie-Louise von Franz, fait son apparition non seulement à l’approche de la mort, mais il surgit de l’inconscient dans la quasi-totalité des analyses des personnes qui sont dans la deuxième moitié de leur vie, et il figure comme une sorte de gourou intérieur.

Ce dernier représente quelque chose comme le noyau atomique de la psyché humaine, par rapport auquel le moi conscient n’a plus qu’une importance relative. Devenir un avec cette figure, c’est-à-dire l’intégrer semble constituer la finalité véritable du processus d’individuation. Quand les chercheurs en thanatologie retrouvent cette figure dans les récits des personnes qui étaient cliniquement mortes pour un bref instant mais qui ont pu être ranimées, ils redécouvrent un fait connu depuis longtemps par Jung. »

Si la seconde partie de la vie voit l’énergie se détourner de la vie pour s’orienter vers la mort, ce n’est pas, nous dit Barbara Hannah, parce que nous vivons là une régression inévitable mais au contraire en raison d’un possible renouvellement. L’approche du soi nécessite de se détourner des intérêts multiples du moi. « Plus nous avançons en âge, dit-elle, moins nous pouvons nous permettre la bêtise infantile de dorloter notre égo. Nous n’avons plus le droit de dilapider le temps qui nous reste en vains « je veux » et « il me faut », et ainsi de suite. Car cette voie-là conduit infailliblement à la régression. » Alfred Ribi part d’un constat puissant : « Chaque fois qu’une idée archétypique, c’est-à-dire une idée fondamentale de l’humanité, disparaît dans la forme ayant eu cours jusque-là, elle se met en quête d’un contenant nouveau dans lequel refaire surface, renouvelée. »Ainsi la psychologie des profondeurs contribue à renouveler les idées archétypiques de la vie après la mort, figées dans le religieux.

Gotthilf Isler traite des « prémonitions et rêves synchronistiques autour de la mort dans les recueils de légendes populaires » de Suisse. Les songes constituent un matériau précieux non pas pour démontrer une survie éventuelle après la mort mais pour révéler le rapport que nous entretenons avec « le grand passage ». Hansueli F. Etter s’intéresse quant à elle au personnage de Meinrad, l’ermite d’Einsiedeln en Suisse, devenu saint Meinrad. Comme d’autres ermites, le processus vécu par Meinrad, d’intégration de sa part d’ombre ou de la part d’ombre de la divinité, rappelle le processus chamanique. Gilbert Durand fera le même constat avec saint Antoine.

« Meinrad, assure Hansueli F. Etter, fut canonisé à juste titre, même s’il n’était pas un martyr au sens propre du terme, car sa légende offre l’image archétypique d’une individuation accomplie, d’une totalité psychique réalisée. Son nimbe – ce cercle au-dessus de sa tête, symbole antique de totalité dans le monde entier – authentifie qu’il est devenu un homme complet et entier. Il représente donc le portrait archétypique du psychique qui embrasse tout, ou du noyau de l’âme – et donc d’un aspect de Dieu. » Le vieillissement a une fonction singulière dans le processus d’individuation.

Ce livre contribue à rétablir un rapport créateur à ce que la nature nous offre et que notre société malade voudrait éviter. Vieillir et mourir. Pourtant, la maladie d’Alzheimer, qui laisse partir le moi en lambeaux, nous interroge fortement sur ce que nous sommes réellement, sur notre propre nature, qui demeure.