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Alice Machado a fait des études littéraires et philosophiques à l’Université de Paris VIII. Elle fut, notamment, une élève de Gilles Deleuze. L’œuvre de Gérard de Nerval fut l’objet de ses recherches et ce livre s’inscrit dans le prolongement de celles-ci.

L’Eternel féminin hante la quête initiatique de Gérard de Nerval. Le lecteur se souviendra de Sylvie et surtout d’Aurélia. Dans Le Voyage en Orient, le féminin, et particulièrement le féminin sacré, constitue le fil d’une quête initiatique et amoureuse avec lequel Gérard de Nerval va tisser sa mystique mais aussi sa folie.
Alice Machado cherche comment toutes les figures de l’Eternel féminin rencontrées dans le Voyage en Orient s’articulent entre elles, de quelle manière les femmes réelles avec qui Nerval ne peut filer le parfait amour vont s’intérioriser pour nourrir la déesse, ainsi Sétalmulc, premier type de la femme idéale ou la Reine de Saba, manifestation d’Isis.
« Ne pouvant pas s’unir à une femme réelle, nous dit Alice Machado, c’est donc dans les figures mythiques que le voyageur pourra se réfugier, et vivre son rêve. Nerval s’est identifié dans cette quête à Adoniram, au calife Hakem, au Christ et à Satan, parce que tous ces personnages sont nés d’une étincelle du feu central primitif. »
L’un des thèmes nervaliens favoris est le double auquel l’un des héros est confronté, un double qui, chez Nerval, est perçu de manière souvent ambiguë. L’alliance avec cet autre soi-même, qui préserve de la folie, ne va pas en effet de soi.
Comme d’autres poètes et peintres Nerval aura parfaitement identifié la fonction essentielle de la Femme dans l’Initiation mais, faute peut-être d’un appareillage psychique adapté et entraîné, il aura été emporté dans les flots tumultueux du démembrement psychique.
« Les personnages féminins s’unissent à travers les contes pour dire la toute puissance de la femme, seule capable de réunir les divers espaces, et les lieux dans une synthèse souveraine. Ainsi la mission du poète s’affirmera tributaire des énigmes posées par la femme et l’univers. » confie Alice Machado.
Le poète aura-t-il succombé ou, au contraire, aura-t-il, malgré des apparences particulièrement trompeuses dans ce domaine, contrôlé sa folie créatrice et accompli sa quête ?
Avec ce livre, Alice Machado porte un regard subtil et sensible sur l’oeuvre nervalienne en même temps qu’elle indique une clef aussi essentielle qu’insaisissable de la queste initiatique.
« Le Voyage en Orient apparaît donc comme une quête inlassable de l’Eternel Féminin, d’un retour incessant à l’unité perdue.
Au-delà des choses vues, ce voyageur passionné s’exerce inlassablement à nous dévoiler, à déceler celles qui ne se voient pas. Ainsi tout au long du récit l’Orient réel, décadent, ne cesse de se confronter à un orient mythique et rêvé. Quête d’amour, d’harmonie première, de cette image virginale et pure toujours fuyante, le poète se trouve, à la fin du Voyage, devant un miroir lui renvoyant l’image de son propre désir et de sa nostalgie. Ayant renoncé, comme Polyphile, à la possibilité d’un amour terrestre, mortel, il obéit à un amour de rêve et de folie. (...)
La femme idéale n’est plus qu’illusion et mensonge. Dès lors, perdu et impuissant, le voyageur est comme l’initié qui veut toucher la statue d’Isis dans laquelle il a reconnu les traits de la femme de ses rêves. »