1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

L’œuvre de Boehme est de première importance. Elle est malheureusement peu lue, encore moins étudiée, notamment dans les cercles où cette étude est nécessaire si ce n’est obligatoire.

La sortie de ce livre est l’occasion de s’intéresser de nouveau et plus profondément à une œuvre immense, véritable baptême de Sophia.
Figure majeure et très libre de l’ésotérisme chrétien, Jacob Boehme (1575-1624) eut une influence considérable même si elle reste difficile à appréhender tant elle s’étend bien au-delà des milieux illuministes, qui redécouvrirent Boehme grâce à Saint-Martin, pour toucher les mondes de la philosophie, de la littérature, des sciences.
Jean-Marc Vivenza retrace la vie de cet homme non ordinaire avant de présenter sa doctrine. Au passage, il réduit en poussières quelques légendes tenaces comme celle de « d’un inculte et ignorant cordonnier, un esprit simple, un modeste artisan étranger à toute dimension intellectuelle ». Jacob Boehme est un esprit puissant, un intellect brillant tout entier au service d’une spiritualité profonde. S’il est avant tout un mystique, il est aussi un théoricien remarquable sachant rendre compte en un système cohérent de ce qui relève de l’indicible. Pour cela il faut allier la science et la poésie. De fait, Boehme se révèle aussi un auteur de talent et son œuvre n’en est que plus inspirante.
Quelques extraits de l’introduction de Jean-Marc Vivenza :
« Si un penseur mérite, incontestablement, d’être considéré comme étant le plus subtil, le plus surprenant et le plus profond visionnaire que les temps firent surgir au sein du large et vaste courant de l’ésotérisme chrétien, c’est, sans l’ombre d’un doute, Jacob Boehme, dont les idées exercent, encore de nos jours, une souveraine fascination et provoquent un irrationnel enthousiasme sur ceux qui s’approchent et se plongen,t avec attention dans les textes de cet étonnant et extraordinaire cordonnier allemand. Il est évident que Boehme n’est pas l’objet d’une telle reconnaissance – qui n’a fait que s’amplifier, croître et grossir au cours des siècles, à ce point large, générale et féconde qu’elle embrasse à présent tous les milieux versés dans les domaines de la pensée questionnante – pour de futiles et superficiels motifs ou d’incompréhensibles mobiles. Tout, en lui, en effet, témoigne de ce mystère qu’il plaça et magnifia en tant qu’élément central de sa doctrine, colorant la totalité de son œuvre d’un énigmatique opacité que très peu purent véritablement pénétrer, établissant sur l’ensemble des actes de sa curieuse existence, ainsi que, parallèlement, sur les divers aspects caractéristiques de ces visions, comme une sorte d’étrange et déroutante tonalité d’ordre proprement surnaturel. (…)
Boehme, en réalité, agit sur nous comme un authentique révélateur, il sait rendre actives et pénétrantes nos essences les plus dissimulées, celles qui demeurent enfouies, dans le centre de l’âme, celles qui ne demandent qu’à quitter la nuée qui les soustrait à la vue immédiate, de manière à venir pénétrer l’ensemble des fibres qui constituent la trame du composé humain. (…)
Il est donc précieux de pouvoir encore à présent avancer, grâce à Boehme, dans « l’unique chemin divin où l’on puisse contempler Dieu dans son Verbe, dans son existence et dans sa volonté : celui dans lequel l’homme devient un en lui-même […] » ; c’est également un saint exercice que de placer nos pas dans les siens et de se laisser conduire aux abords des rivages de « l’Unité éternelle », de sorte que nous puissions proclamer, le jour venu, à l’imitation des disciples du maître cordonnier, c’est-à-dire de ceux qui constituèrent le petit noyau de fidèles qui put évaluer à sa juste valeur ce que représentait la contribution doctrinale de l’étrange visionnaire : « Unser Heil Im Leben Christi In Uns », pour que se lèvent enfin, dans l’esprit « régénéré » des vrais et purs fiancés de Sophia, les premiers rayons de L’Aurore naissante. »
Si Jean-Marc Vivenza aurait pu insister davantage sur la lecture alchimique (tant métallique qu’interne) de l’œuvre de Jacob Boehme, ce livre est à la fois une excellente introduction à l’œuvre du maître mais une puissante invitation à l’investir pleinement.