L’Ange de la Terre, un nouveau regard sur la Nature

Pierre-Yves Albrecht nous invite dans cette entrevue à plonger dans son « jardin imaginal ». Cela, tant dans son sens propre, géographique, dans le Valais suisse, qu’au sens figuré. En effet, en compagnie d’Eric Marchal il va ici nous expliciter ce qu’il entend par le terme d’Ange de la Terre, à l’instar du livre qu’il a cosigné avec Annick de Souzenelle, « Cheminer avec l’Ange » paru aux Editions du Relié en 2011.

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Rappelons qu’un ange a une fonction d’intercesseur entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et les hommes. Etudier les anges renvoie à la notion subtile de « hiérarchie », terme devenu de nos jours très galvaudé, puisque son étymologie exacte provient de hieros + archos, « sacré » et « commandement, premier »…

Pierre-Yves Albrecht depuis son jardin en Suisse - BAGLIS TVEric Sunfox Marchal en Suisse

L’ange, un médiateur entre deux réalités.

« Pour nos anciens, nous-dit Pierre-Yves Albrecht, le temps était non seulement qualitatif mais aussi cyclique, loin de la mécanicité de nos horloges et chronomètre » : il nous invite ainsi à découvrir l’écosophie, une démarche contemporaine qui vise à rétablir le lien entre écologie et monde imaginal.

En amont cette écosophie, il évoquera la lente et progressive dénaturation du lien qui unissait l’Homme et la Nature, cela notamment en raison du développement des sciences au XVIIème siècle :  lunettes astronomiques, montres etc. L’homme a alors « chosifié » (réifié) tout ce qui l’entourait, sans aucune exception : nature, animaux, cosmos etc. « L’univers est alors devenu une boite !… » poursuit-il.

« Rendre notre esprit disponible, tel un miroir :  pour recevoir le reflet des archétypes ».

A l’image des pouvoirs de la Lune et de ses influences, innombrables, sur la Nature et les humains, souhaitez-vous transformer votre regard sur votre environnement naturel ?  Le faire devenir « un miroir qui reçoit le reflet des archétypes ». Ces principes premiers, invisibles à l'oeil certes, mais bien présents - et efficients - pour celles et ceux qui cultivent l'« oeil du Coeur » ?

Extrait de la vidéo

Bonjour et merci à Baglish TV de nous accueillir, merci à Pierre-Yves Albrecht de nous accueillir dans son jardin et pour parler aujourd'hui d'un sujet important, écologie imaginale. C'est peut-être déjà un sujet que tu abordes dans un livre qui s'appelle « Cheminée avec l'ange » que tu as co-écrit avec Annick de Sousenel. Exactement. Et peut-être je vais te laisser nous dire un mot sur imaginale, je pense que tu peux faire référence à Henri Corbin, mais c'est un mot que tu t'es approprié aussi et qui fait partie de ton chemin aussi.

Merci Eric, bienvenue dans ce jardin imaginale. Oui, je pense que Corbin a inventé ce mot imaginale pour faire vraiment la distinction entre imaginaire et imaginale, donc la dimension imaginale est une dimension réelle pour Corbin, hyper réelle, archétypale, qui peut être perçue par nous bien entendu, mais dans certaines conditions, et qui n'est pas une invention du mental, alors que l'imaginaire est quelque chose de fictif, donc une sorte de fantaisie, de jeu du mental, on peut inventer n'importe quoi, un éléphant avec une trompe rose ou des trucs comme ça.

L'imaginale ce n'est pas un éléphant avec une trompe rose, c'est plutôt un monde qui peut être perçu, mais qui en général reste invisible pour la perception normale. Donc imaginaire, imaginale, ce n'est pas la même chose. Il y a une grande confusion en ce moment, parce qu'il y a beaucoup de gens qui font un travail comme ça, un peu spirituel, et qui vont être touchés par des choses, mais ça les concerne eux, c'est leur propre imaginaire ou leur propre inconscient, je crois que dans l'imaginale, tu l'as dit, c'est une représentation du monde peut-être, une perception du monde, une représentation.

Effectivement, c'est une bonne question, moi j'appelle cette écologie ou cette vision imaginaire, je l'appelle aperception, aperception imaginale pour bien montrer que ce n'est pas le jeu, le moi, le moi personnel qui crée ce qu'il est en train de voir, ce n'est pas ça. Simplement, quand je dis le mot aperception, c'est pour neutraliser un petit peu la faculté purement subjective ou fantaisiste de l'individu qui dit je vois mon ange, je vois ceci, je vois cela, et se l'approprier, donc c'est ça.

La perception imaginale en fait c'est une vision, c'est la vision chamanique en quelque sorte. La personne reçoit une vision, c'est une quête de vision, si je prends le langage chamanique, c'est peut-être une quête de vision. Et tu l'as dit cette perception peut-être qu'on peut faire aussi lien avec le troisième oeil dans d'autres traditions, on va percevoir du subtil, de l'invisible qui devient visible à partir du troisième oeil.

Effectivement, c'est une perception à partir du troisième oeil ou de l'oeil du coeur, l'ouverture du coeur en fait, de toutes ces terminologies différentes mais qui veulent dire un peu la même chose. Alors, beaucoup disent oui mais ce monde alors il est dans la tête, ils disent il est dans la tête. Non, il n'est pas dans la tête, il est extra-mental aussi. Oui, mais alors ils disent mais on ne le voit pas, donc il n'est pas dehors et il n'est pas dedans.

Alors il est où? Et justement il est entre les deux, c'est ça pour nous la difficulté à comprendre parce que notre perception est dualiste, c'est il y a ma tête et il y a l'extérieur, donc il y a le monde subjectif et il y a le monde objectif. Mais il y a un troisième monde qui est juste dans ce monde imaginal qui est le monde qui fait le pont, le monde qui fait le pont entre ce qui est purement spirituel on pourrait dire ou intellectuel et ce qui est purement matériel, objectif, il faut un pont pour réunir les deux.

C'est la difficulté de l'homme moderne, il a détruit ce pont, on n'a plus ce pont et donc ça implique de discuter, je pense de dire quelque chose sur cette vision du monde que le monde traditionnel avait et puis notre vision actuelle très matérialiste du monde, il y a une énorme différence. Quelque chose qui a évolué je crois au cours du temps et tu en parles très bien de cette évolution de la perception du monde.

Oui, alors moi je pense que c'est très important de voir cette saisure, cette coupure qu'il y a eu à un moment donné de notre histoire entre la vision du monde antique ou traditionnel et la vision qu'on dit nous moderne du monde actuel. Donc ça veut dire comment un homme par exemple du 14e siècle voit la nature et comment un homme du 21e siècle voit la nature ? Ce n'est pas du tout la même chose. Donc si je prends, j'essaye de résumer cette histoire de la vision par exemple de la nature par l'homme entre ces différentes époques, je prends le 17e siècle parce que le 17e siècle il s'est passé quelque chose d'important, c'est l'évolution des sciences de la nature.

Il y a eu un développement avec des savants comme Copernic, Galilée, Kepler, Newton, il y a eu un développement très très important. C'est-à-dire jusque-là on pensait que l'homme n'était pas sur la terre mais qu'il était dans la terre. Donc on pensait que la terre était une sorte de, le cosmos, je ne prends pas que la terre, mais le cosmos était une sorte de grand homme, on l'appelait le grand homme d'ailleurs, et que toi, moi, nous étions des petits hommes donc à l'intérieur de la terre.

Donc on pensait qu'il y avait entre les deux une analogie très forte et que ce qui était en haut, c'était en bas. Et on pensait qu'entre les deux il y avait une sorte d'épaisseur des mondes dans laquelle on pouvait pénétrer avec certaines stratégies. Ok, donc on avait cette impression finalement que notre destinée était liée à ce monde des anges. Mais quand je dis anges, je ne dis pas seulement les anges du christianisme, c'est surtout ce monde des esprits, des yazatas, des frauvachis, je ne sais pas comment on les appelle en chamanisme, mais des esprits.

Ce sera des esprits, et peut-être, je ne sais pas s'il y a un lien avec les archétypes. Voilà, donc tout ce monde il y avait. On était sur une sorte de monde scalaire où il y avait un sommet de l'échelle qui était l'absolu, le ciel et un bas de l'échelle qui était la terre, et entre les deux il y avait des échelons. Et ces échelons c'était les elfes, c'était des nains, c'était les anges, c'était les yazatas, bon peu importe les noms, mais il y avait des intermédiaires entre le haut et le bas.

Mais finalement ce qu'il y avait en bas ressemblait beaucoup analogiquement avec ce qu'il y avait en haut. Donc ça c'est très très important de comprendre ça. Donc le monde n'était pas surfacial mais il était en profondeur, il était imbriqué si je puis dire. Comme tu vois un peu ces poupées russes qui s'emboîtent l'une dans l'autre, voilà le monde était vu comme ça.

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