Le devoir d’ivresse

Dans la complexité actuelle de notre "monde moderne" tous s’accordent à souligner l’importance de la quête du sens : savoir qui on est et ce que l’on fait ici-bas. Afin de retourner à ces fondamentaux, existentiels ou ontologiques selon le schéma de compréhension de chacun, il faut des réponses claires et éprouvées par le temps : puisque de tout temps et en tous lieux, les hommes se sont posés ces questions, pourquoi réinventer à chaque génération le "fil à couper le beurre" (critique implicite du new age) ?.

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Pierre-Yves Albrecht est ethnologue, philosophe et grand-père de plus de treize petits-enfants. Par les hasards de la vie, il est devenu éducateur social auprès de toxicomanes, en Suisse. Cette confrontation du "monde des idées" à celui de "la dépendance" l’a amené à s’interroger sur la dimension pratique, incarnée, de la philosophie.
A l’instar de Socrate, et de sa philosophie ambulante qui incitait les jeunes qu’il croisait « à se connaitre eux-mêmes … afin de découvrir l’univers et les dieux », Pierre-Yves Albrecht a donc naturellement remis en pratique des rituels initiatiques ancestraux dont se servaient nos anciens, afin de soigner ces jeunes.
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"Si l’on ne se connait pas, on ne peut pas trouver le sens de sa vie" nous dit-il, et de préciser : "or la connaissance de soi-même ne peut s’obtenir que par
l’initiation, c’est ainsi que toutes les sociétés traditionnelles ont fonctionné de tout temps… Seul le monde moderne ne pratique plus d’initiation et l’on constate les dégâts… ".
Pour Pierre-Yves Albrecht, l’initiation est l’élément déclencheur qui permet la germination. Tout homme, toute femme est comparable à une graine en terre. Sans initiation, le germe reste sous terre et pourrit. Au contraire, grâce à l’initiation, le germe pousse en tige, sort de terre et croit en feuilles. Il rayonne et peu essaimer à son tour.
Ainsi par la méditation, la marche, le chant, le tir à l’arc, la solitude en montagne, la contemplation du désert, Pierre-Yves Albrecht a soigné des centaines de toxicomanes.
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Souhaitez-vous partir à la rencontre de cet éveilleur hors du commun?
Comment accepter l’idée qu’un homme aussi extraordinaire et dévoué ait pu exercer son travail pendant trente années en Suisse avec l’appui du Conseil d’état du Valais, alors qu’à quelques kilomètres de là, en France, il aurait été frappé d’une "interdiction d’exercice" immédiate? Les lumières de la France n’appartiennent-elles plus qu’à nos vieux livres d’histoire dont se repaissent nos élites afin de mieux assoir une politique coercitive en matière de liberté individuelle?
Explications dans cette interview de 50 minutes menée par Virginie Durand et enregistrée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

... Pierre-Yves Albrecht, bonjour ! Bonjour ! Bienvenue avec nous, en ce temps et en cet espace, sur ce plateau de Bagliss TV.

Merci. Alors, j'ai beaucoup de plaisir à vous accueillir à plusieurs titres. Alors, je vous accueille en tant que philosophe et thérapeute. Je vous accueille parce que ça fait 30 ans maintenant que vous occupez de problèmes de dépendance auprès de toxicomanes.

C'est vous qui avez créé les centres Rives-du-Rhône. Et puis je vous accueille aussi avec beaucoup de plaisir aujourd'hui parce que nous allons parler pas seulement de Rives-du-Rhône et pas seulement de la toxicomanie, mais nous allons parler aussi plus largement de votre fil rouge, votre fil rouge de vie qui a commencé maintenant il y a plusieurs décennies. Je suis désolée de vous le rappeler, mais ça fait quand même pas mal de temps.

Et ce fil rouge, pour le présenter, j'ai peut-être envie qu'on jette un coup d'œil tout de suite sur quelques-uns de vos livres. Ils sont très nombreux, mais on en a sélectionné ensemble 4. D'abord, 40 jours au désert, un style de voyage, les nouveaux thérapeutes. Là, on est sur l'expérience que vous avez menée justement avec ces jeunes toxicomanes.

On aura l'occasion d'en reparler. Autre livre, autre style, le courage de se vaincre, redécouvrir des rituels d'initiation pour vaincre la dépendance. Pas seulement la toxicomanie, autre chose. Enfin, un saut anthropologique.

Nous voici au cœur des Aouïas, un livre qui est paru près de la Renaissance. Rencontre avec des soufis grisseurs sur la transe. Et puis, je continue, allons toujours plus loin dans notre fil rouge. L'archer blanc de la dépendance à l'initiation, paru dans la collection Les Voix Symboliques, écrit avec Jean Zermarten.

Et puis, un dernier livre qui va bientôt paraître, c'est Cheminer avec l'Ange, qui va paraître aux éditions Le Relier. C'est un livre que vous avez écrit avec Annick de Sousnel. Alors, dans ce fil rouge, il y a plusieurs mots qui reviennent. Toxicomanie, dépendance, initiation, transe, désert.

Je voudrais qu'ensemble, pendant cette heure que nous avons à passer ensemble, on remette de l'ordre dans tout ça. Qu'on voit un peu, peut-être, quel a été votre cheminement. Comment, petit à petit, ce puzzle s'est mis en place. Et aujourd'hui, parce que finalement, c'est aujourd'hui qui est important, c'est peut-être pas le tout début.

On tâtonne toujours au début. Et puis, à la fin, on arrive quand même à quelque chose de plus qu'intéressant. Aujourd'hui, quelle est cette quintessence dont vous voulez parler avec nous et partager avec nous ? Donc, un thème qui est récurrent dans toute cette itinéraire que vous avez rapidement et très bien décrit, c'est peut-être la thématique de l'initiation.

Quand j'ai commencé à travailler dans ces foyers Rive-du-Rhône, donc à monter ces foyers, puisqu'on m'appelle le fondateur, j'étais philosophe. Après une année de travail avec les toxicomanes, donc à l'époque, c'était des toxicomanes, beaucoup d'héroïnomanes qui revenaient de Katmandou, qui revenaient donc des zones. C'était encore l'après 68, encore assez rapproché. Donc, on avait beaucoup de, comment les appeler, des grands toxicomanes qui arrivaient.

Donc, après une année de travail auprès de ces jeunes, je me suis dit, mais qu'est-ce que tu fais comme philosophe ? Toi, tu n'es pas éducateur social. Qu'est-ce que tu fais comme philosophe avec ces toxicomanes-là ? Ce n'est pas possible.

Je voulais quitter ce travail. À un moment donné, je me suis ressouvenu finalement de la philosophie. Je me suis dit, mais la philosophie, ça doit servir à quelque chose. Je me suis ressouvenu de Socrate, qui à travers sa maieutique, à travers sa philosophie ambulante, il n'était pas tellement dans une académie, donc essayait de convertir les jeunes à se connaître eux-mêmes.

Donc, cette phrase de Socrate, elle a résonné de manière très opérative dans mes oreilles. Tu connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux. Donc, c'était devenu évident à partir de cette révélation, comme ça, spontanée. C'était devenu évident pour moi que si on ne se connaît pas, on ne peut pas trouver le sens de la vie.

C'est-à-dire qu'on ne peut pas comprendre les rapports de notre personne avec les autres, avec l'univers, avec les dieux. Et la question se pose alors de manière implicite chez n'importe quel enfant, chez n'importe quelle personne, qu'est-ce que je fous sur cette terre ? Vous comprenez ? La deuxième démarche a été celle-ci, c'est que la connaissance de soi-même ne peut s'obtenir, et ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est dans la pensée traditionnelle, ne peut s'obtenir que par l'initiation.

Pourquoi ? Parce que l'initiation, cette grâce extraordinaire de révéler le germe qui est en chaque homme. Donc quelqu'un qui n'est pas initié, dans la perspective traditionnelle, est comme un germe qui reste sous la terre. Alors que quelqu'un qui est initié, ou qui veut s'initier, ou qui s'initie, est comme un germe qui s'ouvre, c'est ce qu'on appelle un retournement, une métanoïa, il change d'élément, qui monte en tige, qui part en feuilles, qui part en fleurs, qui part en fruits.

Donc vous pouvez, à partir de cette symbolique, à partir de cette métaphore, comprendre que cette plante que nous sommes doit développer des niveaux de conscience, des états d'être, des états de conscience nouveaux. Nous, on est toujours dans un état de conscience, pour appeler objectif, matérialiste, analytique. Mais c'est une portion du monde. Il y a des possibilités infinies en chaque être de découvrir autrement le monde.

Or, les toxicomanes, qu'est-ce qu'ils ont fait à travers leur prise de drogue ? C'est d'essayer de catalyser ces états de conscience de manière un peu artificielle, on pourrait dire. Donc le résultat, vous le connaissez, il est catastrophique. Donc mon idée, c'était pas du tout de supprimer ces états de conscience, mais c'était de les développer par la connaissance de soi, par l'initiation, qui remplace la drogue, qui remplace les substituts médicaments, qui remplace les psys, à la limite, qui remplace, etc.

Je suis d'accord. Alors ça, c'est ce que vous venez de dire. Alors maintenant, concrètement, vous retrouvez face à vous un toxicomane, donc quelqu'un qui, sans le savoir, cherche, cherche quelque chose, cherche à atteindre cet état-là, cette matière-là, qui est un peu une matière transcendante, j'ai envie de dire. Son énergie s'est dévoyée en quelque sorte avec des substituts qui ne sont pas efficaces au sens où on l'entend.

Qu'est-ce que vous faites avec lui ? Et qu'est-ce que Socrate, Platon ont à voir avec ça ? C'est-à-dire, vous avez en face de vous cette personne-là, comment cette initiation, très concrètement, se passe-t-elle ? D'abord, il faut, juste avant de vous donner un exemple, c'est important que nous comprenions la finalité de l'initiation.

L'initiation sert à actualiser une graine qui est dans chaque homme. Donc, il cherche à développer des structures psychopsychiques, pneumatiques, spirituelles ou autres qui sont là en attente. Pourquoi les développer ? Parce qu'en développant ces structures, la conscience prend connaissance de ce que la tradition appelle le monde des archétypes.

Et les archétypes, c'est ce qui fait sens pour nous.

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