Figures de femmes indiennes

Femme de lettre, journaliste, romancière, passionnée par l’Orient, Irène Frain est une femme attentive à la condition de la Femme… et engagée dans sa défense contre toute forme d’infériorisation ou de soumission.
"Femme, tu disposes de cette force que ton corps ne te donne pas !" nous rappelle-t-elle…. Ainsi à travers le portraits et la biographie de deux femmes indiennes remarquables : Phoolan Devi (qui est passée des juntes de la jungle à celle de l’assemblée nationale indienne) puis celle d’Amrita Devi (qui symbolisa le lien entre la santé des femmes et la nature), Irène Frain s’interroge sur la source de cette force…

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52:05
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Cette force trouve-t-elle son origine dans une sorte d’inconscient collectif féminin, qui se nourrirait depuis des générations du fait que leur condition évolue peu et même se dégrade dans certains endroits ? 

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Irène Frain fustige une vision idéalisée de la "femme orientale" qui s'apparenterait selon elle à un cliché touristique "occidentalo–phallocrate". Non, la question porte plus pour elle sur "le comment" domestiquer cette fureur, "comment" la faire se transmuer en colère… et "comment" partager cette colère avec les Hommes... 
Irène Frain, qui est à présent partisane des solutions non-violentes (ce qui n’a pas toujours été le cas…) nous invite à méditer cette phrase de Jambaji : "s’il n’y a pas la source dans le monde où tu es, trouves-la en toi… Mais tu ne la trouveras pas sans les autres".

Cet "autre" renvoie-t-il à l’altérité sexuée ?

Extrait de la vidéo

Je suis censée vous parler des figures féminines de l'Inde et j'en ai choisi deux et vous verrez tout à l'heure pourquoi. Parce que je ne sais parler que de ceux que je connais et que ce sont deux figures que j'ai bien approchées. Je voudrais en prologue vous inciter à une forme de méditation, introspection. Dès qu'on parle d'hommes et femmes, on pose bien entendu la question du sexe mais aussi la question du genre.

La question du sexe c'est le déterminisme biologique, comme vous savez, et la question du genre ce sont les déterminismes culturels. Tout étant, la question centrale demeurant actuellement de savoir si la question biologique prime sur le sexe, sur la question culturelle, la question du genre. Et nous sommes tous envahis par l'idée, bien entendu, de l'oppression des femmes dès qu'on parle de la question des rapports entre les sexes et de savoir quel est le rôle justement de ces déterminismes biologiques, c'est-à-dire la, entre guillemets, infériorité physique ou faiblesse, entre guillemets également, de la femme par rapport à l'homme.

Et de l'exploitation qui a été faite de ça dans les diverses cultures patriarcales à travers la représentation de la femme dans l'imaginaire qui induit généralement une répartition des rôles sociaux avec dans les systèmes patriarcaux qui sont majoritaires, les pouvoirs et notamment le pouvoir public qui est généralement monopolisé ou en tout cas jusqu'à une époque récente bien occupé par les hommes.

Donc c'est ainsi qu'on pose les questions, généralement depuis le XXe siècle. Quand on parle de l'Inde et qu'on regarde à travers cette représentation-là, enfin cette idée-là, souvent le discours qui est généré est de dire, ah dans ce pays, mon Dieu, comme les femmes sont opprimées, donc c'est une figure de l'hyper-oppression, ou bien alors, ça va d'ailleurs très souvent avec parce que finalement les gens sont assez confus, une hyper-idéalisation qui peut prendre plusieurs formes, soit les images populaires qui sont véhiculées en Occident à travers le Kamasutra, la sensualité des femmes indiennes, cette supposée merveille sexuelle que seraient les rapports rôles femmes en Inde.

Et puis, chez ceux qui commencent un peu à connaître, on voit aussi assez souvent apparaître une approche très héroïsante de la Shakti, c'est-à-dire que les femmes indiennes seraient dans le fond animées de cette extraordinaire énergie qui est féminine, qui les vouerait à être finalement des grandes héroïnes de la post-modernité. Alors, une fois qu'on a dit ça, il faut peut-être aussi qu'on s'interroge sur nos propres interrogations avant de, je vous demande d'y réfléchir, nos propres représentations des femmes dans notre propre culture.

Les figures féminines dans l'Occident qui occupent notre inconscient, donc c'est d'abord la mère qui est aussi une sainte, c'est-à-dire que très souvent, c'est la Vierge Marie, c'est-à-dire cette figure sacrificielle. Ou bien alors la guerrière, Jeanne d'Arc. Il y a aussi ce que j'appellerais entre guillemets la putain glorieuse, c'est-à-dire la courtisane qui va s'approcher du pouvoir et qui va revenir par exemple dans la culture française, la femme influente des cercles de pouvoir.

Il y a évidemment comme partout la putain putain, pas du tout glorieuse, mais qui est aussi une figure fantasmatique. Alors vous avez aussi dans notre culture occidentale ce que j'appelle moi la briseuse héroïde des limites, c'est-à-dire des grandes figures par exemple en France que sont les grandes figures littéraires et qui sont de vraies briseuses héroïdes des limites. Du reste, les grandes figures du féminisme historique sont par exemple Georges Sand, Colette Beauvoir par exemple qui sont toujours d'ailleurs des briseuses d'espace, c'est-à-dire des femmes qui sont sorties de l'espace domestique.

Et vous avez enfin un autre fantasme qui est celui dans notre culture de la reine machiavélique. C'est-à-dire, je vous cite deux exemples, Elisabeth Ière, Catherine II, c'est-à-dire oui elles ont eu le pouvoir mais elles étaient des reines cruelles. C'est ce que vous trouvez dans la culture populaire avec donc la méchante reine. En réalité, tout ça pose une question et je crois qu'elle est pour le coup la même dans toutes les cultures.

J'ai évoqué cela qui apparemment n'a rien à voir pour vous inciter sur cette voie. La question est, c'est les femmes ayant souvent été reléguées dans l'espace domestique et à l'arrière-plan et pour tout dire souvent opprimées, la question est que font les femmes de leur colère ? Que font-elles de sentiments d'injustice ? Que font-elles de la violence physique et mentale ?

Et je crois que ça inquiète énormément les hommes, même quand vous ne l'êtes pas. Mais bien sûr, ici rassemblés, et je ne le dis pas avec ironie parce que je pense que vous ne seriez pas là si vous étiez de ceux-là. Mais je pense qu'on a parlé ce matin de la peur des hommes devant les femmes. Il y a, et ça la pensée indienne il y a des millénaires l'a en effet pensée, l'oppression d'un groupe par un autre ou d'un individu par un autre génère le sentiment d'injustice.

Et ce sentiment d'injustice, le cerveau le génère dans la conscience de façon très spontanée. Donc, qu'est-ce qui va sortir de ce sentiment d'injustice ? Alors, maintenant, deuxième question. Actuellement, dans l'imaginaire indien, des femmes indiennes, comment cela fonctionne-t-il ?

Alors, c'est extraordinairement complexe parce qu'à l'heure où je vous parle, les représentations imaginaires quand même très puissantes qui viennent de la religion, de l'hindouisme en particulier, toutes ces figures de grandes déesses puissantes sont certainement très agissantes encore chez les femmes indiennes comme figure d'identification, vraisemblablement.

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