Christian Tikhomiroff, un shivaïte d’aujourd’hui

Que signifie « être shivaïte », aujourd’hui, en France, et quel par quelles initiations y parvient-on ? Cet entretien retrace la trajectoire spirituelle et professionnelle de Christian Tikhomiroff. De ses premiers pas dans le yoga auprès de sa grand-mère russe, jusqu’à son insertion dans une lignée de Nātha Yoga tantrique shivaïte via Alain Daniélou qu’il a bien connu. 

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Pour rappel, Alain Daniélou (1907-1994) fut un célèbre musicologue et indologue qui a consacré sa vie à l'étude de la musique indienne classique, du shivaïsme et des traditions hindoues. Parmi ses nombres livres citons Les Quatre Sens de la Vie (1963) et Shiva et Dionysos (1979).

Sandrine Cilia- Yoga Provence - BAGLIS TVChristian Tikhomiroff - BAGLIS TV

Sa rencontre déterminante avec Alain Daniélou

Christian Tikhomiroff nous relate ici sa rencontre personnelle avec lui à Zagarolo, près de Rome, qui lui ouvrit l’accès à une kula de Bénarès, quasi anonyme, sans ashram, structurée autour d’un guru, Icchanâth, dont le nom resta voilé douze ans après sa mort. 

Revue de Yoga LINGA - BAGLIS TVChristian Tikhomiroff, Interview, BAGLIS TV

Le rasa comme « saveur de l’expérience »

Dans la pensée indienne classique, surtout dans les traditions tantriques, le monde n’est pas seulement quelque chose à comprendre intellectuellement : il est quelque chose à savourer, à expérimenter, dans toutes ses dimensions.

Rasa : « le gout, la saveur, la jouissance ».  Le yogi cherche moins à fuir l’expérience (« nul ascétisme dans le shivaïsme ») mais plutôt à en percevoir la texture essentielle, par tous ses sens et moyens.

Souhaitez vous aller à la rencontre de ce yogi qui le premier ouvrit en France un enseignement à distance du Yoga, bien avant Internet, et aussi nous replonger dans l’aventure de la revue Linga (1994) qui fit trembler le monde du Yoga d’alors ?

Merci à Sandrine Cilia (Yoga Provence) pour l’animation.

Extrait de la vidéo

Bonjour Christian, bonjour Sandrine, je me présente en quelques mots, Sandrine Cilia, j'enseigne le yoga, le Natha Yoga depuis une quinzaine d'années, j'ai été formée à ton école. D'accord, on se connaît ? Oui, on se connaît un petit peu, on a quelques années de pratique ensemble, donc on va peut-être se tutoyer ? Oui, je pense que c'est mieux.

Alors Christian, nous souhaiterions commencer cet entretien et nous aimerions que tu nous parles un petit peu de ton parcours, pour commencer, si tu es d'accord. Oui, je suis d'accord. Donc, je suis né en 1950, c'est le premier pas de mon parcours. Bonne année pour le vin !

Oui, bonne année pour le vin, et j'ai été à un moment donné élevé par ma grand-mère russe, je devais avoir 7 ans, 8 ans, il se trouvait que je devais être avec elle, etc., etc., il se trouvait que ma grand-mère russe, qui était russe, et qui était à la cour du Tsar, avait suivi les enseignements philosophiques et métaphysiques de Blavatsky, et aussi les enseignements du yoga, parce qu'à l'époque, en Russie, comme aujourd'hui d'ailleurs, le yoga était très prisé.

Donc, enfin, j'ai commencé avec elle, au fur et à mesure de, j'ai dû rester deux ans avec elle, pas tout le temps, mais au moins la semaine, de l'école, j'ai commencé à apprendre le yoga, les rudiments, la respiration, la philosophie aussi un petit peu, quelques brochures, mais pas trop, c'était pas trop son style, mais beaucoup la respiration et la méditation. Donc, de fil en aiguille, c'est quelque chose qui m'a pris, qui m'a habité, et depuis toujours, j'ai quelque chose qui est resté en moi, et que finalement, j'ai toujours recherché.

Après, bon, la vie fait que, bon, je suis retourné chez mes parents, etc., etc., et j'ai continué à naviguer un petit peu tout seul. Après, le temps a passé, forcément, comme toute chose, et dans cette recherche que j'ai continuée, j'ai eu un moment un peu fort, un peu puissant, ça a été le départ de ma grand-mère, quand elle est morte, forcément. Et là, je me suis senti un peu orphelin, parce que j'allais souvent la voir, on échangerait, on discutait, on pratiquait, etc., etc., et je me suis mis en quête d'une continuité d'une façon ou d'une autre, donc qu'est-ce que j'ai fait, ce que je ne faisais pas avant, parce que j'en avais pas besoin, parce qu'elle était là.

Je me suis mis à lire, parce que je savais lire, en plus, c'est un point positif, je me suis mis à lire des ouvrages, plein de trucs qui m'ont plu, d'autres pas du tout, qui m'ont pas du tout plu, genre René Guénon, tout comme ça, ça me paraissait trop compliqué par rapport à l'essence même de la conscience, juste du fait d'être ce que je suis, sans dire que j'existe. Donc jusqu'à cet instant-là, tu pratiquais en solitaire, par rapport aux enseignements que tu avais reçus de ta mère ?

Oui, de ma grand-mère, j'ai pratiqué en solitaire par rapport à ces enseignements-là. Donc tu n'avais pas rejoint une école ? Non, j'ai jamais rejoint aucune école, jamais, jamais, et après le temps a passé, peut-être encore après sa mort, je devais avoir vingtaines d'années quand elle est morte, dix ans après, je ne m'en souviens plus trop, mais peu importe, j'ai rencontré les écrits d'Alain Daniélou, et d'une certaine façon, je croyais que j'ai eu un coup de foudre pour ces écrits.

Est-ce que tu peux nous dire deux mots rapides, après on reviendra sur Alain Daniélou et le rôle qu'il a eu dans ton cheminement spirituel, est-ce que tu peux en deux mots déjà nous présenter Alain Daniélou ? Alors Alain Daniélou, je pense que Google peut donner toutes les réponses, mais pour faire en synthèse, c'est un type qui a vécu vingt-cinq ans en Inde, qui était un érudit, qui a eu des pratiques, et qui a rencontré en fait aussi, qui a été initié là-bas, et il s'est trouvé qu'en fait, plus tard, dans la continuité, alors que je voulais absolument le rencontrer, j'ai lu et écrit des lettres, etc, etc, puis un jour, il m'a répondu, il a fini par me répondre, lassé de mon harcèlement, par l'intermédiaire des éditeurs, et donc il a accepté de me recevoir chez lui, à Zagarollo, en Italie, une des sept montagnes sacrées d'Orome, donc je suis allé, et puis, il a été très très gentil, forcément quand je suis arrivé chez lui, je lui ai dit que je le remerciais de me recevoir, et il m'a dit, mais vous n'avez pas trop laissé le choix, vous m'avez dit, et je lui ai dit, ben oui, c'est comme ça, parce que je sentais qu'il y avait quelque chose dans ce que vous écriviez, donc après on s'est revus, plein de fois.

Donc tu étais déjà très déterminé ? Oui, j'étais déterminé, et en rencontrant ces écrits-là, j'ai su de façon intuitive… Est-ce que tu peux nous dire deux mots sur l'écrit, le livre qui t'a donné ce désir, cette envie ? Oui, ce qui m'a beaucoup branché, c'est Shiva et Dionysos, que j'ai vraiment bien aimé, parce que je trouvais que ça faisait un pont entre ma tradition occidentale, mais je n'en ai pas trop, parce que j'ai jamais eu trop de tradition, à part le silence et l'immobilité, et l'hindouisme, et je ne savais pas trop ce qu'était l'hindouisme à l'époque, et il y avait aussi les quatre sens de la vie qui donnaient une perspective, une évolution, et puis après, là, effectivement, je me suis branché avec lui, on s'est revus plein de fois, en Italie, après en France, il habitait à Paris aussi, il avait aussi un appartement à Paris, et donc de fois en fois, quelque chose s'est lié entre lui et moi, en toute affection, en toute amitié, et finalement, un jour ou l'autre, c'est lui qui m'a proposé de rentrer dans ma tradition actuelle.

Du Nata Yoga. Du Nata Yoga. Oui, parce qu'on l'expliquera un petit peu, dans ces traditions, ce sont des cercles un peu fermés, entre guillemets, où on ne peut rentrer que si on est présenté. Ta rencontre avec le Nata Yoga, qui va faire après ce que tu deviens dans ta spiritualité, à l'origine, c'est cette rencontre avec Alain Danielou qui a pu t'introduire dans cette lignée.

Oui. En même temps, il y avait un point commun, je ne sais pas comment, parce que ma grand-mère était morte, mais j'ai retrouvé, dans ce que disait ma grand-mère, dans ce qu'elle m'apprenait, plein de choses que je retrouve aujourd'hui. Donc il y avait une forme de continuité, hasardeuse ou au contraire dirigée, je ne sais pas, on ne peut pas savoir la facicile du destin, et donc Danielou, ça a été le moment où je me suis dit, je n'ai pas rencontré ma grand-mère, entre guillemets, pour les thèmes, pour rien.

Lui, ça a été une continuité des petits enseignements ou des petites pratiques que j'ai reçues par ma grand-mère, qui s'appelait Alessandra. Et donc, ainsi de suite, les choses se sont faites tranquillement. Un jour, il m'a proposé, on s'était vus plein plein de fois, il m'a proposé, il m'a dit, il y a une place libre dans cette Kula, ce qu'on appelle une Kula, donc une famille, petite famille, c'était juste une famille d'une trentaine de personnes, et donc j'ai passé quelques épreuves, etc.

Est-ce que tu peux justement développer, et nous en dire un peu plus, comment se sont passées les conditions d'introduction dans cette Kula, cette famille ? Oui. J'imagine qu'on a peut-être, avant de t'accepter au sein de cette tradition-là, évalué, je ne sais pas si le mot convient, évalué, voilà, ta disponibilité, ta capacité à suivre ces enseignements qui sont quand même réservés et destinés à... Ils sont réservés et destinés à tout le monde.

C'est juste le cadre dans lequel on le reçoit, dans lequel on diffuse, qui en fait forcément, pour ne pas qu'il y ait de dispersion ou n'importe quoi, ce qu'on connaît bien aujourd'hui

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