Thomas : une lecture juive d'un texte juif 2/3

Second volet de notre interprétation deL’Évangile de Thomas par Frank Lalou. Dans la filiation d'André Chouraqui (et de l'usage qu'il fit de la rétroversion du copte vers l'hébreu) mais aussi de celle de Claude Tresmontant, Frank Lalou nous ivite dans ce nouvel opus à une réinterprétation "juive" de l'Evangile de Thomas. Que représente Thomas "ce jumeau" , Jésus/ Yeshoua, Salomé/ Shulamit (qui rappelle naturellement celle du Cantique des Cantiques, texte de l'Ancien Testament connu du temps de Jésus) ou encore de Judas, le judéen...?

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
46:51
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

lalou Evangile de Thomaslalou Evangile de Thomas

L’Évangile de Thomasest un texte rédigé en copte au Ive siècle et qui fut découvert en 1945 à Nag Hammadi en Haute-Égypte. La singularité de ce manuscrit composé de cent quatorze "paroles nues" rapportée à Jésus c’est qu’il constitue un ensemble d’aphorismes comportant de multiples niveaux de lecture. Si l’Évangile de Thomas n’aborde pas les miracles, ni la crucifixion et peu la vie de Jésus, elle éclaire d’une lumière nouvelle son enseignement. Ainsi, tel un maître spirituel oriental, Jésus exhorte ses disciples - avec une radicalité affirmée - tant à l’action qu’à la méditation.Cette ambivalence constitue-t-elle ce que certains nomment la part mystique de ce texte ? Pour Frank Lalou (qui a aussi pratiqué le Bouddhisme Zen), ces cent quatorze aphorismes sont comparables à des Tch’an : des paroles incitant à l’éveil spirituel.

Souhaitez-vous aller à la rencontre de cet Évangile inclassable en compagnie de Frank Lalou et de la "lecture juive" qu’il nous en propose ?

lalou Evangile de Thomaslalou Evangile de Thomas

Réponses dans cet entretien de 47 min avec Virginie Durand et enregistré au Forum 104.
Cet entretien est le second volet d’une trilogie avec Frank Lalou sur ce texte et fait suite à la parution de son ouvrage " L'Evangile de Thomas, une lecture juive d'un apocryphe " paru chez DDB.

Extrait de la vidéo

Franck Lallou, bonjour. Je voudrais qu'on reprenne votre livre « L'Évangile de Thomas » et qu'on se penche plus particulièrement sur le sous-titre, qui n'est pas qu'un sous-titre, « Une lecture juive d'un apocryphe ». Finalement, c'est une lecture juive d'un texte juif. Oui, aussi.

Ce qui est incroyable, c'est que vous publiez ce livre chez Désébé, qui est un éditeur chrétien, traditionnellement chrétien. Et j'aimerais qu'on revienne en fait sur pas mal de pourquoi. D'abord, pourquoi ce livre ? Ce n'est pas le premier que l'on écrit sur « L'Évangile de Thomas », donc quoi de neuf ?

J'ai envie de dire, sous le soleil, pourquoi ce titre ? Pourquoi ajouter à ce qui est déjà ? Et pourquoi c'est important ? Et là, on attaque un peu le texte en tant que tel.

Pourquoi cet inquiétude tout à fait étonnant ? Il y a beaucoup de questions. Il y a beaucoup de questions. D'abord, le titre.

Au début, je voulais l'appeler « L'Évangile de Thomas, lecture juive ». Et là, j'ai trouvé que c'était un peu trop orgueilleux. Parce que je n'ai pas le monopole de la pensée juive. Et donc, lecture juive, pour certains, ils vont penser que c'est comme ça que les Juifs vont voir l'Évangile.

Donc là, ce n'était pas bien. Donc une lecture, ça permet de dire, voilà, je contribue. Et j'adore, j'ai pas mal fait d'archéologie. Un de mes tout premiers livres, c'était de l'archéologie.

Et ce que j'aimais, en archéologie, on marque « Contribution A ». Contribution à l'inventaire des mégalithes. Ce livre-là, c'est une contribution à l'éclairage de l'Évangile. Et cet éclairage-là, c'est un éclairage juif.

Donc ça, c'est très important. On voit toute la nuance qu'on peut avoir quand on cherche un titre. Après, l'éditeur a rajouté, pour se rassurer, « d'un apocryphe ». Ça, c'est l'éditeur qui a rajouté « d'un apocryphe ».

Voilà. Comme ça, c'est revendiqué comme apocryphe. Que certains n'aient pas l'idée que ce n'est pas un apocryphe. Donc, on a vu, lui, il ménage les lecteurs chrétiens qui ont souvent une dent contre l'Évangile de Thomas.

Donc, il les ménage en le revendiquant comme apocryphe et pas comme canonique. Parce qu'il y a des gens... Vous savez, on est dans une telle ignorance, maintenant, les gens ne savent plus qui est quoi. Ils peuvent penser que l'Évangile de Thomas est dans la Bible.

Il y a peut-être 42 évangiles. Je suis sûr que ça marche. On interview des gens dans la rue. 42 évangiles, ça marche.

Et donc, moi aussi, une retenue par rapport à... C'est une lecture. Je contribue. Parce que d'autres penseurs vont le lire, les Juifs vont le penser et le lire complètement différemment, certainement.

Et le propre du Juif, c'est qu'il apporte du nouveau et il doit être individué. C'est-à-dire qu'on est des individualistes et il y a autant de judaïsme qu'il y a de Juifs. Donc, il y aura autant de lectures qu'il y a de Juifs. Donc, ça, c'est pour rentrer un peu en finesse.

L'Évangile de Thomas, je n'ai pas marqué saint Thomas non plus. Donc là, je me mets dans la tradition calviniste. Matthäus, passion. La passion de Matthieu.

Et pas selon saint Thomas. Ni selon Thomas. Ni selon Thomas. Moi, j'ai voulu aller au plus proche.

Voilà, très serré. Parce que selon, c'est savant. C'est savant, selon. Tandis que là, c'est l'Évangile de Thomas.

Ça, c'était aussi important. Alors, quant à l'éditeur, j'ai tenu à travailler avec eux. Parce que c'est un éditeur chrétien. Je ne vais pas forcément aller vers les éditeurs juifs.

J'en en ai qu'un seul pour des domaines très spécifiques. Je suis chez Albain Michel, chez Lescret de Brouwer, chez Alternative. Parce que c'est soit laïque, soit j'aime bien à la rencontre. Et aller publier un livre sur l'Évangile de Thomas, une lecture juive, c'est aller à la rencontre.

Comme publier un livre sur les lettres hébraïques chez Dédébé, c'est aller à la rencontre de mes cousins chrétiens. Et ça, j'attache beaucoup d'importance. Parce que tous mes livres sont toujours un dialogue entre la vision chrétienne et la vision juive. Que ce soit le canti des cantiques, les lettres hébraïques aussi, ou je cite l'Évangile.

Voilà, c'est très important d'aller à la rencontre et pas rester dans un système idiotique ou idiosyncratique de ma propre tradition. Déjà, on a ça. Bon, ensuite, j'ai tenu à mettre de l'hébreu. Tout de suite, je revendique l'hébreu.

Parce que ce texte-là, on a la version copte. On sait qu'il existait une version, le manuscrit d'Oxyrenque, qui, elle, était en grec. Et je suis plutôt de l'école chouraquienne ou de Tresmontant qui pensent qu'il existait des évangiles en hébreu et que par la suite, ils ont été retraduits dans les langues vernaculaires ou véhiculaires, comme le grec, langue véhiculaire, est plus vernaculaire comme le copte de l'époque.

Et donc je pense que l'hébreu est dessous, forcément. Et c'est le propos, une lecture juive. Comment vous avez ce texte copte ? Vous vous adressez à Amir Or pour en faire en quelque sorte la rétroversion hébreu.

Tout à fait. Il y a une rétroversion, c'est-à-dire qu'il va prendre le texte copte et céder aussi du grec pour revenir à l'hébreu. Ça s'appelle une rétroversion. C'est ce qu'ont fait les gens comme Tresmontant ou même comme Chouraki.

Quand ils ont traduit l'évangile, comme ils n'avaient pas le texte hébreu, ils ont d'abord créé une rétroversion, c'est-à-dire un texte hébraïque. On est très aidé quand même par ça, par le lexique de la septante. La septante, c'est une bible grecque. Ça nous aide énormément à retrouver l'hébreu caché sous le grec.

Le mot apocryphe, ça veut dire ça aussi, quelque chose qui est caché. C'est l'apocryphe de l'apocryphe, l'hébreu. Et donc, j'ai demandé à Amir Or, qui est un poète et un héléniste qui a travaillé beaucoup à l'université hébraïque de Jérusalem, de faire cette rétroversion. Il l'avait déjà publiée d'une manière très intimiste et je lui ai demandé l'autorisation.

Alors, avec ce texte-là, j'ai oublié toutes les autres traductions existantes déjà, celles de Suarez, celles qu'on retrouve dans les éditions de Gillabert, de Dorès, d'Emile Puetsch. Je les ai oubliées, je ne voulais plus en entendre parler et j'ai fait comme si j'avais un texte hébreu devant moi et j'ai fait une traduction de la rétroversion. Ce n'est pas un peu le téléphone arabe, mais pour que ça fonctionne et pour que je me désintoxique de la lecture chrétienne.

Alors, j'ai retraduit en français. C'est pour ça que les lecteurs ont une version et je rends hommage à André Chouraki parce que j'ai utilisé sa technique. André Chouraki, qui était un ami, je lui rends toujours hommage. Donc, j'ai utilisé un peu la technique d'André Chouraki.

Ça donne lieu à quelques découvertes, quelques surprises. Oui, parce qu'on va retrouver la verdeur du texte. D'abord, les noms. Je fais comme André Chouraki.

Jésus, ce n'est pas Jésus. D'abord, moi, juif, le mot Jésus, ça ne me plaît pas parce que

Haut