Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Françoise Bonardel aborde ici l’expérience visionnaire dans l’Ancien Testament : livres prophétiques et littérature apocalyptique. Songes, visions et prophéties ponctuent l’histoire du peuple d’Israël, et l’histoire de ce peuple a durablement influencé notre culture européenne en raison de l’héritage vétérotestamentaire du christianisme, et du fait que nombre de ces récits ont été des sources d’inspiration pour les peintres, poètes et écrivains européens.
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Un exemple parmi tant d’autres : dans son roman Joseph et ses frères (1933) Thomas Mann n’aura aucun mal à faire le lien entre les songes qui ponctuent l’Histoire de Joseph et la - alors toute jeune - psychanalyse freudienne…


Des sons, paroles et voix illustrant le dialogue de Yahvé - le Créateur - avec son peuple.
La tonalité de ce « dialogue » entretenu par les prophètes d’Israël et de Judée fut, le plus souvent conflictuel : « c’est une différence notable avec la manière dont hommes et dieux s’entretenaient dans le monde grec » .


Daniel au cœur du débat entre Babylone et Jérusalem, où faux-dieux et idolâtrie soulevaient de nombreuses controverses.
Les songes, visions et prophéties étant innombrables dans l’Ancien Testament, Françoise Bonardel a choisi d’accorder une attention particulière au Livre de Daniel qui en contient plusieurs, et qui permet surtout de les différencier et hiérarchiser : tandis que Daniel interprète les songes du roi Nabuchodonosor, l’Ange Gabriel interprète les visions de Daniel, mais c’est Yahvé en personne qui parle à travers la bouche de ses prophètes dont le message n’appelle aucune interprétation et prend alors une forme oraculaire.
Aucun autre livre prophétique ne contient une telle accumulation de visions, ni ne fournit aussi continûment leur interprétation.
Le déroulement de l’Histoire est ainsi tramé de visions, et baigne dans un climat « apocalyptique » qui fait du Livre de Daniel un livre prophétique….
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Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel les 6-8 décembre 2019 :
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, de Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
La deuxième séquence de la deuxième partie, donc voir les dieux, voir Dieu va être consacrée à l'Ancien Testament. Vous ne pouvez pas faire l'impasse sur cette énorme littérature, cet énorme corpus qu'est l'Ancien Testament, mais inutile de vous dire que compte tenu de la fréquence des visions, des songes, des prophéties dans l'Ancien Testament, le choix était véritablement difficile. Pourquoi ? Parce que songe, vision et prophétie constituent une sorte de langage dans le langage qui témoigne de la relation constante entre les Hébreux et leurs dieux.
Et il y avait relation constante, relation conflictuelle très souvent aussi, mais qui se déroule sur un mode complètement différent de la familiarité des Grecs avec leurs dieux. C'est un autre monde, un autre contexte. Là aussi, il y a une familiarité, mais une familiarité faite de distance infinie entre le tout autre que l'on ne voit pas, que l'on ne peut même pas nommer véritablement, si ce n'est à travers le tétragramme, et qui néanmoins est constamment là et qui occasionnellement se montre, mais délègue à ses prophètes, à ses visionnaires, le soin d'attester sa présence.
Encore une fois, c'est un univers complètement différent et c'est un univers ponctué de vision, de songe et de prophétie dont l'interprétation est très difficile. Pourquoi ? Parce que c'est un entremêlement constant entre l'histoire véritable des Hébreux, leurs relations difficiles avec leurs voisins, enfin c'est toute l'histoire de cette partie du monde à l'époque, qui est relatée aussi dans l'Ancien Testament, mais qui est aussi affectée d'une signification spirituelle.
Et je dirais qu'on retrouvera un entremêlement assez comparable dans la Divine Comédie de Dante. Parce que si vous suivez bien le texte de la Divine Comédie, vous avez ce qui se passe dans l'enfer, au purgatoire, au paradis, toutes les visions qui se succèdent, mais vous avez de très nombreuses allusions aussi à ce qui se passe dans la République de Florence, avec des personnages que vous ne connaissez pas, avec des conflits politiques, etc.
C'est un peu la même chose dans l'Ancien Testament. Ce qui fait que c'est une histoire à plusieurs portées et qu'on ne sait jamais si la vision renvoie uniquement au destin spirituel des Hébreux ou bien si elle renvoie aussi à des événements historiques, ou méta-historiques, si vous voulez, parce qu'on ne sait pas toujours très bien à quoi cela renvoie. Et ce qu'il faut savoir aussi, c'est que la grande question, au fond, qui traverse tout l'Ancien Testament, c'est ce dont nous parlions ce matin, c'est la question de l'idolâtrie.
Alors, à première lecture, on croit comprendre que les idolâtres, c'est les autres, déjà. C'est les autres, c'est-à-dire ce sont les nations, les peuples qui sont désignés comme étant les nations, c'est-à-dire les non-Hébreux, parce qu'il y a quand même beaucoup de monde. Mais la question est aussi interne à la vie des Hébreux, parce qu'une grande partie des conflits entre Yahvé et son peuple, et Dieu s'assigne en a, tient au fait que les Hébreux eux-mêmes sont accusés d'être des idolâtres.
Le Vaudor en est un des exemples. Donc, dans l'Ancien Testament, la question de l'idolâtrie est à double sens. Il s'agit bien sûr à la fois des peuples qui adorent des divinités qui ne sont pas Yahvé, donc qui sont considérées comme des idoles, mais il s'agit aussi, et c'est encore plus grave, de la tentation permanente des Hébreux de rompre l'alliance, de rompre l'alliance avec leur Dieu en adorant des idoles.
Et c'est bien pour ça que ce conflit est récurrent, n'est-ce pas, puisque le peuple hébreu nous est représenté comme un peuple fier, etc., dont les qualités sont indéniables, mais en même temps comme un peuple qui est constamment tenté par cette rechute qui va lui attirer les foudres de Yahvé, et puis ça va se calmer, et puis ça va recommencer, etc., etc. Donc, si ça n'était qu'une stigmatisation des autres nations accusées d'idolâtrie, ce serait à sens unique, mais non, pas du tout.
Le conflit, il est interne. Il touche la vie spirituelle des Hébreux eux-mêmes, qui sont constamment confrontés à leur faillibilité de ce point de vue-là et aux rechutes qu'il ne manque pas d'effectuer. Alors, ce décor étant planté, si l'on peut dire, il fallait choisir un certain nombre de visions. Alors, je les ai choisies à la fois dans la Genèse, bien sûr, Genèse et Exode, il y a un certain nombre de visions incontournables, et puis d'autant plus incontournables que le sort des Hébreux est devenu d'une certaine manière aussi le nôtre dans la mesure où la Bible a imprégné tout l'imaginaire occidental et inspiré un nombre considérable d'artistes également, n'est-ce pas ?
Donc, l'inspiration biblique dépasse très largement le cadre de l'histoire d'Israël, bien sûr, ce qui fait que cette histoire est devenue d'une certaine manière un peu la nôtre, bien évidemment, et que d'autre part, on ne peut pas la dissocier totalement du christianisme non plus, ce qui veut dire que le choix, donc, il y avait des incontournables. Il y a les livres prophétiques dans lesquels j'ai sélectionné quelques visions qui m'ont paru intéressantes ou en tout cas dignes d'être mentionnées.
Et puis, alors il y a, et pour ma part, je considère que c'est peut-être le plus intéressant, mais ce serait là, il faudrait y consacrer un séminaire entier, il y a ce qu'on appelle la littérature apocalyptique. La littérature apocalyptique, qui est beaucoup plus mal connue, qui a un versant chrétien, moins développé. Il y a quand même quelques écrits apocalyptiques que vous trouvez