Aperçus sur la Tradition Primordiale, Sophia Perennis

Ecrivain, essayiste et professeur, la vie et l'œuvre de Jean Biès sont marquées par une insatiable recherche spirituelle. Ses nombreux livres sont autant de "clés de vie" pour accepter le monde moderne, un monde sans âme où le Diabolum (ce qui divise) a pris le pas sur le Symbolum (ce qui réunit). Pour Jean Biès, l’errance spirituelle que nous traversons nous oblige à remonter à l’unité transcendantale de toutes les religions et ainsi redécouvrir les vérités éternelles que toutes les traditions authentiques partagent. 

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Dans la lignée de René Guénon, Frithjof Schuon ou Ananda Coomaraswamy, l’œuvre de Jean Biès se place de fait, sous l’égide d’un même continuum : celui de la Philosophia Perennis
Apparue à la Renaissance et forgée par le théologien Agostino Steuco, cette notion désigne la science des principes ontologiques fondamentaux et universels. Ce terme renvoie d’ailleurs à la Tradition primordiale, selon laquelle, l'homme, avant la chute dans le monde de la matière, était en possession, "naturellement", d'une sagesse d'origine divine. "La Sophia Perennis, c'est connaître la Vérité totale, nous rappelle Frithjof Schuon, une sagesse universelle qui engage l'homme entier dans sa quintessence".
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Dans cet entretien mené par Virginie Durand, Jean Biès nous délivre donc quelques clés de compréhension de ce concept fondamental qu’est la Tradition primordiale. 
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Parfois mal comprise, assimilée, souvent, à une coloration politique d'ultra-droite qui n’est qu’un anachronisme grossier, Jean Biès nous rappelle que la Tradition primordiale n’est pas un dépôt immuable des hommes du passé. Au contraire, elle est "semper rediviva" à jamais renaissante : porteuse de valeurs universelles et éternelles, elle est, en cela, d’hier, d’aujourd’hui et de demain…. 
Une interview enregistrée  au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Jean Bies, bonjour, vous êtes docteur d'état S lettres, vous avez consacré toute votre vie à l'écriture, à la recherche dans l'écriture de la sagesse, de la lumière dans l'obscurité et aujourd'hui des milliers de pages, une trentaine d'ouvrages, parmi lesquels celui-ci, qui est paru aux éditions L'Armatant, Vies spirituelles et modernité, question Comment concilier l'inconciliable ? Et puis plus récemment encore, cette année, Orientation spirituelle pour un temps de crise, c'est paru Shepardesse, et également paru aux éditions Almora, Empédocle, philosophie présocratique et sagesse orientale.

Aujourd'hui, nous avons une petite demi-heure, trois quarts d'heure pour parler ensemble d'un thème qui vous est cher, tout ce qui concerne la tradition primordiale. Alors, première question de ma part, la formule est de Guénon, que recouvre exactement ce qu'on entend par la tradition primordiale ? Alors, ce que René Guénon appelle la tradition primordiale, c'est une manière de traduire l'idée qu'à l'origine de l'humanité, celle-ci était une, et qu'elle n'avait qu'une seule révélation d'ordre spirituel, bien entendu, et qu'il y avait une sorte de consensus entre tous les peuples créés à l'époque, et se référant à un certain nombre de fondamentaux que l'on retrouve avec l'évolution du temps et la descente cyclique, dans une deuxième étape, l'apparition des différentes traditions.

C'est-à-dire que la tradition primordiale, selon la loi d'entropie, finalement, va se commencer à se fendre, à se disperser, et les peuples acquérant sans doute aussi une mentalité, une idiosyncrasie, je dirais, différente, ces différentes traditions vont s'appliquer à chacun d'entre eux. On parle de scission, on parle de division ? Alors, on ne parle pas encore de division, on parle de langage différent pour traduire une seule et même vérité, mais au fil du temps, les scissions vont apparaître, et une des interprétations d'un tour de Babel, c'est justement la multiplication des langues, c'est-à-dire des traditions.

Qu'en est-il du mythe d'Adam et Ève ? Eh bien, quelle langue parlait Adam ? Je pense que c'était la langue des anges. Mais enfin, le couple est à l'origine de la première scission.

Le couple est à l'origine de la première scission. Puisqu'à l'origine, Adam et Ève ne sont qu'un, et qu'Ève devient un côté d'Adam. Oui, mais non pas une côte d'Adam. C'est là.

Alors, la tour de Babel, Adam et Ève, vous parlez des fondamentaux, d'autres fondamentaux ? Alors, les fondamentaux, eh bien, rien n'est plus compliqué et rien n'est plus simple. Quels sont les fondamentaux ? Premièrement, il existe un sur-être, ou appelé par certains auteurs le non-être, c'est-à-dire l'au-delà de Dieu.

Dieu lui-même connaît, enfin le sur-être lui-même va connaître une espèce de scission comme celle-là. Du non-être va naître l'être, autrement appelé Dieu. De l'être va naître le monde intermédiaire, celui des archétypes, ou des idées platoniciennes, les anges des monothéismes, les dieux des polythéismes, on peut établir des équations entre tous ces personnages. Et dernière étape, le monde manifesté, dans un premier état à l'état subtil, et dans un deuxième état à l'état matériel, celui que nous connaissons, le monde de la matière, mais il vaudrait peut-être mieux dire le monde de la substance, c'est-à-dire une matière qui garde encore un peu de sa volatilité.

Et alors, dans un premier temps, ces fondamentaux vont se retrouver partout, exprimés sous des langages différents et des symboles différents. On vous dit que partout, dans toutes les traditions, on est d'accord, pas seulement les monothéismes et les polythéismes, Orient, Occident. Les monothéismes étant eux-mêmes en partie polythéistes, par la présence des anges archanges et toutes les hiérarchies angéliques, et les polythéismes étant eux-mêmes aussi des monothéismes, dans la mesure où ils sont des monothéismes à facettes, comme on dit, où les différents dieux sont en fait les différents aspects d'un dieu unique, le suprême Brahman dans l'hindouisme.

Absolument. Mais dans une nouvelle étape, ces religions fraternelles, si je peux dire, vont finir par s'opposer et ça donnera lieu, au temps moderne, avec les guerres de religion et une incompréhension, une volonté d'incompréhension de l'autre, auxquelles se mêleront des considérations politiques, historiques, raciales éventuellement. Et alors le paradoxe, c'est que lorsque vous considérez les trois monothéismes, vous voyez qu'ils sont reliés en la croyance d'un dieu unique, et donc qu'ils seraient faits pour s'entendre, alors qu'ils ne s'entendent pas, tandis que lorsque vous considérez les polythéismes, je pense à l'un en particulier, normalement, puisqu'il y a une multiplicité de dieux, on pourrait penser qu'il y a une multiplicité d'oppositions et de divisions et de querelles, alors qu'en réalité, c'est un gage de tolérance, car à la limite, chaque être humain a son dieu, son daimon, comme dirait les Grecs.

Alors aujourd'hui, nous sommes dans quelque chose qui semble très arborescent. Alors aujourd'hui, nous sommes sous-divisé, subdivisé. La division de la division, c'est-à-dire le règne du deux qui engendre le multiple. Et deux, tout le monde sait que deux, c'est Satan.

Oui, c'est la même racine. C'est le diviseur. C'est le diviseur. Diabolos, c'est-à-dire en grec, diabalein, exactement, via le part et d'autre, et balein, répandre.

Comment dès lors, on est à la fois dans la tradition, tradition primordiale, et puis la modernité, on est dans notre temps, comment dès lors remonter ? Alors c'est un des paradoxes de notre époque, que la nuit attire la lumière, pour reprendre votre image de tout à l'heure, c'est que plus l'on s'enfonce dans cette obscurité des divisions et des sous-divisions, plus, et parallèlement, s'opère très discrètement, on peut dire clandestinement, la redécouverte des chemins qui mènent à l'origine.

D'ailleurs, il est dit que toute fin rejoint son commencement, et que ça pourrait être une preuve supplémentaire que nous sommes à la fin d'un cycle. En fait, c'est l'ouroboros des alchimistes, le serpent qui se mord la queue, la boucle est bouclée, et étant bouclée, il y a redécouverte de la tradition primordiale. Alors, cette tradition primordiale, nous le disions au début, est l'expression employée par Guénon.

Il y a une autre expression que je préférerais peut-être, c'est la philosophie pérenne, peut-être parce que je viens des Pyrénées, c'est-à-dire la philosophie éternelle.

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