Histoire des chrétiennes, l'autre moitié de l'Evangile
Que s'est-il passé entre l'église catholique et les femmes? Pourquoi l'Eglise, malgré une crise aux multiples symptômes, reste toujours réticente à s'ouvrir à l’univers féminin ? Pourtant à la lecture des Evangiles, aucune trace de misogynie n’est présente. Jésus de Nazareth dialogue constamment avec les femmes soulignant à de nombreuses reprises leurs visions prophétiques. Il les écoute, prend en compte leur opinion, change même d'avis lorsqu'il se trouve face au courage et à la ténacité de la Cananéenne. Aucune femme ne se méfie du Christ et c'est par elles que passe une part fondamentale de la Révélation.
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Dès la Visitation, la rencontre de Marie et d'Elisabeth et la manifestation du signe annoncent le début de l'ère chrétienne. C'est à la Samaritaine que Jésus, révèle, pour la première fois, qu'il est le Messie.
Dans l'événement central de l'histoire chrétienne, la Résurrection, Christ choisit Marie Madeleine comme principal témoin. Le Jésus des Evangiles ne cesse de dialoguer avec les femmes et, grâce à ce dialogue, elles comprennent les événements.

Que s'est-il passé depuis? Pourquoi dès les Actes des Apôtres, ce dialogue est rompu et les amies du Christ disparaissent? De quelle façon les apôtres, bien avant la conversion de Paul, transforment-ils le Christianisme en une affaire d'hommes? Pourquoi, avec les Actes, s'opère-t-il une séparation entre le "ministère de la parole" et celui des "tables"?
Et quelle influence Saint Augustin exerça dans ce processus d'exclusion? Voici quelques unes des nombreuses questions auxquelles Elisabeth Dufourcq, historienne, tente de répondre dans cet exposé de 34 minutes. Elle nous apporte un regard neuf sur l'histoire des chrétiennes en nous montrant que seul l'exemple du Christ résiste à l'épreuve de l'Histoire.
A noter que cette conférence a été organisée par l’Institut du Monde Arabe (M. François Zabbal) et l’Université du Temps Libre Vendômois dans le cadre de la journée « Femmes d’Orient et d’occident ».
Extrait de la vidéo
Je vous remercie infiniment, M. le Sénateur et cher M. de m'avoir invité dans cette lieu qui, dès le premier abord, me semble un lieu de ce que je préfère au monde, c'est-à-dire le désintéressement. Je pense qu'il y a une très grande richesse dans cette présence ici de chacun d'entre nous pour une recherche sans a priori sur ce que nous avons à préparer pour l'avenir.
Je voudrais d'emblée dire que, par rapport aux autres religions, la religion chrétienne est folie pour les grecs et scandale pour les juifs, disait Saint Paul. C'est-à-dire nous sommes une religion, je parle de nous puisque je suis chrétienne, nous avons une religion qui est celle de Noël, l'incarnation d'un dieu, et de Pâques, la résurrection d'un homme qui manifeste ainsi qu'il est dieu. Donc c'est une religion qui, d'une certaine façon, prend la nature et la soulève.
Rien de ce qui est naturel n'est nécessairement dominant dans le fondement de la religion chrétienne. C'est extrêmement important pour comprendre sa spécificité. Quand les chrétiens réfléchissent sur la loi de nature, au fond, ils réfléchissent un petit peu à côté de leur charisme réel, me semble-t-il. Cette idée de verbe incarné fait qu'on peut, dans la religion chrétienne, se poser la question suivante, et ce n'est pas alors une allégorie, que s'est-il passé entre les Christs et les femmes depuis 2000 ans ?
Le Christ est notre contemporain, il est le contemporain de chaque époque. Dans cet esprit, il est tout à fait normal de chercher ce qu'elle a pu être l'interaction entre les Christs et les femmes, qui n'est pas nécessairement l'interaction qui a pu exister entre l'Église instituée et les femmes. Pour simplement cadrer les différentes clés d'entrée, je prendrai quatre directions. D'abord, qu'est-ce qui a fait le souffle évangélique, et pourquoi les femmes ont été si extraordinairement attirées par l'Évangile, premier point.
Deuxième point, la fondation de l'Église, troisième point, la défense de l'Église, et ensuite les Lumières. Alors, ce sont des thèmes qui ne sont pas absolument chronologiques, ce sont plutôt thématiques, parce que Dieu merci, à notre époque encore, il y a une partie de souffle évangélique, de même qu'à notre époque aussi, il y a des périodes, des moments ou des foyers de crispation de défense de l'Église.
Et ces différents foyers ne réagissent pas de la même façon sur le problème des femmes. N'empêche que nous allons plus ou moins faire semblant d'avoir une pensée chronologique. Le souffle évangélique, d'abord. Eh bien, à la lecture, à la rumination, à la relecture constante des Évangiles, qu'est-ce qu'on voit ?
On voit que, d'une façon vraiment exceptionnelle par rapport aux autres religions, autant que je les connaisse, le Christ dialogue constamment avec les femmes. Et ces dialogues sont porteurs de sens. Le Christ, dès le début de l'Évangile de Marc, qui est le plus ancien, dialogue avec une femme qui perd son sang, une femme hémorroïde, qui n'ose pas l'aborder, mais qui touche son manteau. Or, dans la religion juive, rien que le toucher est quelque chose qui peut rendre impur.
Et cette femme espère que, en touchant le manteau du Christ, elle sera guérie. Ce n'est pas de la superstition, et on le sent dans la façon dont elle répond. Et alors, que se passe-t-il ? Le Christ l'interroge, le Christ lui demande, et elle répond.
Le Christ répond à un besoin. Tout commence par les dialogues. Et c'est après ce dialogue que le Christ comprend qu'elle a compris en lui ce qu'il y avait de transcendant, et elle lui dit, et il lui répond non pas « je te guéris », ce n'est pas uniquement un guérisseur, et il lui répond « va, ta foi t'a sauvé ». C'est déjà bouleversant.
C'est-à-dire que le Christ reconnaît dans une femme, une femme qui est rejetée par la société comme impure, une femme qui perd son sang dans la société juive et impure, le Christ reconnaît dans une femme la force de l'esprit « va, ta foi t'a sauvé ». De même, plus tard, sur le chemin de Tyre, c'est-à-dire dans le pays de Bâle, les juifs vraiment ont cette horreur physique de la religion de Bâle, qui est la religion des sacrifices humains, la religion justement d'une certaine impureté avec des prêtresses féminines, et bien le Christ d'abord écarte la Cananéenne qui lui demande de guérir sa fille.
Le Christ est fatigué, il est très humain, on le sent qu'il a envie de rester caché dans une maison, il n'a pas envie d'être sur le territoire de Tyre, ou plutôt que l'on sache qu'il est sur le territoire de Tyre, et puis cette femme insiste tellement qu'il la reçoit et que cette femme essaie d'avoir les petites miettes de l'enseignement du Christ. Elle lui dit mais les petits chiens même peuvent manger les miettes du repas.
Et le Christ véritablement comprend la force de l'esprit chez cette femme et lui dit va vie adulte, pour cette parole ta fille est guérie. Il ne dit pas je guéris ta fille, il dit va pour cette parole ta fille est guérie. C'est ce qu'on en voit aussi avec sa propre mère, aux noces de Cana. Au début, dans ses noces de Cana, on voit Marie, la mère du Christ, dire à Jésus ils n'ont plus de vin.
Et bien à ce moment-là, le Christ répond d'une certaine façon, mon heure