Confucius, une sagesse immortelle pour le monde actuel ?
Confucius : que sait-on de lui, de sa vie ; et les 2.500 ans qui nous séparent de lui, forment-ils un fossé entre sa philosophie antique originelle, pleine de sagesse, et la pensée chinoise actuelle, qui explicitement s’en revendique être la fille ? Deux questions, très délicates, qui ne sont pas de nature à effrayer Cyrille Javary, sinologue reconnu et expert du Ji Jing …
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Confucius fut contemporain de Socrate. Tout comme lui, il fût l’un des derniers « philosophe de la parole » puisqu’il confia à ses disciples le soin de coucher sur le papier ses pensées.
Confucius créa la première école privée au monde. Il fut aussi un rénovateur du système féodal chinois.
« Avoir l’attitude la plus juste selon le moment », « la justice avant tout », « réfréner l’agressivité intrinsèque de l’homme », « cultiver l’harmonie », « trouver sa place sur un plan individuel au sein de la collectivité ».Ces aphorismes semblent tout droit sortis d’un cours de « management » du XXIème siècle.
Pourtant ce n’est pas le cas : il y a deux mille cinq ans, Confucius comprit mieux que quiconque les profondes mutations que sa société allait connaitre, par l’introduction du Fer (impact démographique, militaire, civilisationnel). Si à son époque, la Gaule comptait 500.000 âmes, la Chine, elle en dénombrait déjà 68.000.000…


Une « longueur d’avance », si l’on peut dire, pour se poser les bonnes questions, au demeurant intemporelles…
Souhaitez-vous comprendre, dans cet échange extrêmement direct et clair, en quoi la pensée de Confucius peut nous délivrer un message pertinent, encore aujourd’hui ?
Extrait de la vidéo
Le sage travaille pour l'harmonie sans faire de compromis, l'individu vulgaire travaille dans le compromis sans parvenir à l'harmonie. C'est l'une des nombreuses citations que l'on retrouve un peu partout dans les livres et surtout sur internet qui sont issues de Confucius ou que l'on prête à Confucius et aujourd'hui pour parler de Confucius, j'ai l'occasion de recevoir avec grand plaisir Cyril Javary qui est sinénologue, qui est formateur d'hommes d'affaires en collaboration avec des partenaires asiatiques, qui est très connu dans le grand public pour avoir effectué la nouvelle traduction du Yijing que voici, ça c'est la version poche entre guillemets, c'est l'énorme livre des changements chinois qui a connu plusieurs traductions dont celle qui est un peu approximative, donc Cyril Javary qui a écrit déjà aujourd'hui une quinzaine de livres sur certains aspects du Yijing bien sûr, mais aussi sur le principe yin-yang, sur la pensée et la culture chinoise, les nombres chinois et Cyril Javary vient de publier « Sagesse de Confucius » chez Hérold, où l'on découvre non seulement la vie et l'oeuvre du maître, mais aussi combien ces conseils de vie peuvent être utiles pour le monde d'aujourd'hui, et bien bonjour Cyril Javary, merci de participer à ce petit entretien entre nous aujourd'hui, et donc on va parler essentiellement de Confucius, on reviendra au Yijing bien sûr, sur l'historique, le pourquoi, le comment, voir si on peut faire des liens entre les principes, la pensée de Confucius et l'utilisation qu'on peut en faire éventuellement aujourd'hui, ou l'utilité que ça peut avoir aujourd'hui, donc la première question, je citais tout à l'heure, une citation de Confucius, beaucoup de gens connaissent ces citations, alors je suppose que dans le lot il y en a des bonnes, il y en a des moins bonnes, des mauvaises traductions, mais peu de gens connaissent vraiment la personne, le personnage de Confucius, qui était-il vraiment ?
Qui était-il vraiment, c'est assez facile à définir, par contre son personnage effectivement est mal connu, parce qu'il n'a pas été très apprécié en Occident, les jésuites en ont donné une version un peu déformée, on verra pourquoi, Hegel a eu la méchanceté de dire qu'il eut mieux valu pour la gloire de Confucius que l'on ne l'eut point traduit, il faut dire que les entretiens de Confucius, il n'y a rien qui pouvait plaire à Hegel, il n'y a pas de grande construction philosophique comme on aimait le faire, c'est juste des petits trucs, c'est de l'almanac vermode de sagesse quotidienne, et puis surtout, à partir de la dynastie des Ming, donc à partir du XIVe siècle, il y a eu tout le mouvement du confucianisme qui aurait horrifié Confucius lui-même, qui en a donné une image d'un vieux pisse-froid réactionnaire, ce qui ne correspond pas du tout à ce qu'on peut savoir de lui, en revenant à la source, c'est-à-dire en lisant les entretiens.
Donc effectivement il est très mal connu, et même les avatars actuels de son histoire en Chine n'aident pas non plus à voir que c'est quelqu'un de très sympathique et de très utile à notre époque, parce que curieusement, son époque ressemble beaucoup à la nôtre. D'accord, oui, mais pourquoi le confucianisme n'est pas originaire de la pensée exacte de Confucius ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'il y a eu une divergence d'école, une mauvaise interprétation ?
Beaucoup de grandes pensées ont été perverties par ceux qui les ont institutionnalisées, et regardez chez nous, combien de gens a-t-on brûlé vif au nom du dieu d'amour ? Donc dans ces cas-là, il faut revenir au texte et puis voir à quoi ça peut me servir, est-ce que ça peut m'être utile, et surtout comprendre pourquoi ça sonne si juste actuellement. En fait la raison est très simple, c'est que pourquoi les deux époques se ressemblent telles ?
Parce que dans les deux, il y a des bouleversements technologiques qui sont en train de rebattre l'écart du contrat social. A notre époque, ce n'est pas difficile, c'est ce que nous sommes en train de vivre, c'est internet, c'est le moyen de communication instantané. Donc à notre époque, ce n'est pas compliqué, c'est ce que nous sommes en train de vivre, c'est internet, c'est le smartphone, c'est tout ça.
A l'époque de Confucius, c'est tout simple, c'est la généralisation du fer. Le fer, qui n'arrivera en Occident qu'au XIIe siècle, permet la production de charrues puissantes et d'épées mordantes. Quand vous avez des charrues puissantes, vous décuplez le rendement agricole. Quand vous décuplez le rendement agricole, vous augmentez la démographie.
A l'époque de Confucius, on est vers 500 avant l'ère commune, les différents principautés qui forment l'état chinois à cette époque-là sont en train de passer à une population nombreuse qui va demander une gestion différente que la tradition féodale n'est plus en mesure de tenir. Et puis, la modification des épées va changer l'art de la guerre. Jusqu'à ce 5e siècle avant l'ère commune, la guerre en Chine, c'était ce qu'on appelle chez nous la guerre en dentelle.
Des petits nobles qui font un petit duel, un petit poème, une petite tasse de thé, un autre petit duel, tout ça c'est très mignon, à la fin il y en a deux ou trois qui restent sur le carreau, mais c'est pas grave. Et brusquement c'est verdun. Et les guerriers en terre cuite de l'armée de Qin Shi Huang Di qui garde son tombeau à Xi'an font froid dans le dos, parce qu'ils donnent une idée de l'horreur qu'étaient devenues les batailles chinoises, où à la fin de la journée il pouvait rester 50 000 cadavres.
Pour vous donner une comparaison à Waterloo, il y a seulement eu, si l'on peut dire, 18 000 morts. D'accord, les guerriers de Qin Shi Huang Di, le premier empereur de Qin, à Xi'an. Donc ils sont de quelle époque par rapport à Confucius ? De 121 avant l'ère commune.
D'accord, donc 300 ans à peu près Confucius. C'est ça. Ils sont une image de l'évolution, de ce changement qui est en train de poindre à l'époque de Confucius, et que Confucius comprend parfaitement à son premier germe. Et c'est pour ça qu'il va comprendre que