Unité des antagonismes dans la théologie catholique

Science et Foi sont-elles conciliables ? Comme l’écrivait Blaise Pascal « Les deux raisons contraires : il faut commencer par là, sinon on entend rien et tout est hérétique… et même à la fin de chaque vérité il faut ajouter qu’on se souvient de la vérité opposée ».
A l’heure actuelle où la science continue de faire de grand progrès : par exemple la physique actuelle conçoit qu’il existe un niveau de réalité hors du Temps et de l’Espace, la question posée par Thierry Magnin est pertinente… et à la fois absconde ! En effet les logiques binaires dans lesquelles nos multiples conditionnements nous emprisonnent tendent à nous faire opposer les choses, à voir « blanc » ou « noir »: cette vison apparait sous le prisme de la philosophie de l’unité des antagonismes comme floue, dépassée.

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Sur un plan théologique : affirmatif et négatif doivent s’interpénétrer selon la théologie de Nicolas de Cuse (la via eminentiae, XVème siècle) qui développa la « docte ignorance » où les opposés se rejoignent à l’infini et non selon une théologie négative (théologie apophatique) qui tend à définir Dieu par ce qu’il n’est pas (la via negativa du Pseudo-Denys, Vème et VIème siècle).

Sur un plan humain : Nicolas de Cuse écrivait que « l’intellect est traversé par quelque chose qui lui échappe et qui le constitue… ». La raison ne peut accéder qu’au possible mais dans l’âme humaine réside ce quelque chose qui est capable de l’impossible : réaliser ses potentialités… distinguer le possible (l’éventualité) du potentiel (latent)… concilier la mystique (expérience de la foi) et le saisissement de l’être (raison), l’unité des antagonismes à travers les différents niveaux de réalités.

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En conclusion, de citer Jean Bédard : « la raison a conscience qu’elle ne perçoit que les traces de l’intelligence sur le sable de la mémoire ».
Une intervention passionnante de Thierry Magnin (18 min), filmée à l’Unesco lors du Colloque « A la confluence de deux cultures : Lupasco aujourd’hui» et organisée par Basarab Nicolescu.

Extrait de la vidéo

Je commence simplement par une phrase de Blaise Pascal, parce que nous sommes ici entre science et théologie, et science et foi en ce qui me concerne en tout cas, et j'aime beaucoup cette phrase, cette pensée, les deux raisons contraires, il faut commencer par là, sinon on n'entend rien, et il faut commencer par la réalité.

Et même à la fin de chaque vérité, il faut ajouter qu'on se souvient de la vérité opposée.

Ça sera un peu le leitmotiv de cette intervention.

Personnellement, j'ai utilisé dans ma thèse de théologie, il y a une quinzaine d'années, cette logique du tiers-inclus, que l'unité des antagonistes, de l'UPASCO et le travail de Bessarab Nicolescu m'a fourni, quelque part.

Et je voudrais simplement dire que lorsqu'on applique ce genre d'approche à la théologie, bien sûr, il faut prendre en compte les spécificités de la théologie.

On n'applique pas directement le tiers-inclus en physique, par exemple, avec l'idée de combattre le tiers-inclus, que j'ai travaillé à ce niveau-là, et on n'applique pas comme cela d'un seul coup à la théologie.

Ici, vous avez une définition de la théologie de Karl Rahner, une définition dans un petit dictionnaire de théologie catholique, mais je pense que d'autres s'y retrouveront.

Et c'est sur cette deuxième partie de la théologie que porte l'intérêt, me semble-t-il, de Karl Rahner.

Personnellement, j'ai travaillé cette unité des antagonismes et les antagonistes, et je pense qu'il y a une certaine force de l'antagonisme qui est très importante dans la théologie.

C'est l'intérêt de la théologie.

Pour moi, c'est une manière de faire en sorte que les théologies qui sont dans la théologie de Karl Rahner, elles ne sont pas là pour remplacer la révélation, je le dis tout de suite, mais dans une harmonie peut-être, pour que la raison y entre encore plus.

Personnellement, j'ai travaillé cette unité des antagonismes et les différents niveaux de réalité, où dans la dynamique antagonisme de Jésus-Christ, vrai homme, vrai Dieu dans la théologie chrétienne, fini, infini, dans une dynamique qui nous fait rechercher le point T que seul le Christ réalise sur la croix et que nous pouvons simplement approcher par l'intelligence et surtout par la foi, et l'intelligence éclairée par la foi.

Ce point T est toujours, pour nous, humains et théologiens, au-delà de notre compréhension et en même temps, il se donne à connaître.

On peut utiliser le même type d'approche, si vous voulez, que ce que l'on fait dans l'idée de complémentarité de Bohr et définir, par exemple, un peu plus précisément ce qu'on peut entendre par antagoniste, puisque vous savez, comme moi, que les mots contraire, contradictoire, opposition, antagonisme ont beaucoup de définitions en fonction des personnes qui les utilisent et une évolution d'ailleurs au cours des siècles.

Voilà en tout cas sept caractéristiques qui m'ont semblé intéressantes pour essayer de définir un peu plus l'antagonisme.

On peut appliquer aussi cela à l'alliance biblique, l'alliance biblique qui est une dynamique là aussi, l'alliance de Dieu avec le monde entier et l'humanité en particulier, qui est une représentation dynamique de l'altérité et de la communion, de l'unité et de l'altérité, de la relation et de la séparation.

Et le fait de pouvoir entrer dans cette dynamique de l'alliance nous fait comprendre, en reprenant des mots que Lupasco lui-même a repris, l'actualisation de la séparation et la potentialisation de la relation bon de père, l'actualisation de la relation et la potentialisation de la séparation vont aussi de père dans une dynamique contradictorielle, jamais définitivement résolue par l'homme.

Alors mon topo porte plutôt sur est-ce qu'on a déjà pensé comme ça bien avant ?

Et bien sûr qu'on a déjà pensé comme ça bien avant dans l'histoire de la théologie.

Là c'est une histoire très commune avec le pseudo Denis, la théologie mystique du 5e et 6e siècle, avec les théologies apophatiques, ce n'est pas à mes amis roumains que je vais apprendre ça, donc je vais passer très vite, c'est plutôt eux qui nous ont aidés et qui m'ont aidé à la découvrir un peu plus.

Parce qu'il est totalement au-delà de tout et au-dessus de tout et de chacun, il est Dieu, celui qui transcende toute affirmation et toute négation.

Et dans cette théologie mystique on commence par dire ce que Dieu n'est pas pour mieux entrer dans le mystère de Dieu.

C'est toute l'approche du mystère, mais pas simplement comme une expérience de saisissement de l'être, mais aussi comme une théologie, une théologie mystique où on se donne le droit aussi de penser.

Cette tradition va être reprise tout au long des siècles, mais il faut bien reconnaître qu'elle a pu être par moment, et notamment à partir de la Renaissance, largement mise de côté dans les théologies catholiques en particulier.

Pourtant Thomas d'Aquin lui-même l'a reprise à sa manière au 13e siècle.

Thomas d'Aquin pour la théologie catholique évidemment c'est une référence considérable à plus d'un titre, notamment quand il veut essayer de définir aussi une affirmation sur Dieu qui est tout de suite traversée aussi par sa négation.

Et parler d'un Dieu personnel au sens commun de notre compréhension n'est pas possible pour Dieu.

Il est à la fois personnel et non personnel, humble et non humble, père et non-père, et ce qui fait qu'il est éminemment père, c'est la via éminentiae.

Je vous cite Thomas d'Aquin dans la Somme contre les gentils, dans l'étude de la substance divine, il faut surtout recourir à la voie négative, car la substance divine dépasse par son immensité toute forme que notre intellect atteint.

Nous ne pouvons donc pas l'appréhender en connaissant ce qu'elle est, nous ne pouvons en saisir qu'en connaissant ce qu'elle n'est pas.

Nous en avons une certaine connaissance en connaissant ce qu'elle n'est pas.

Et pour lui donc l'affirmatif et le négatif doivent être pris ensemble, en ce sens-là c'est la voie d'éminence.

Mais je voudrais m'arrêter davantage ici dans le temps qui met en partie sur un auteur, un cardinal, donc là il y a l'estampille catholique, mais qui est tout à fait dans cette lignée et qui est évidemment dans la lignée de Maître Ecarte dont on a parlé tout à l'heure, qui est Nicolas de Cuse.

Jean Bédard et d'autres ont déjà donné un certain nombre d'indications, mais je le trouve particulièrement pertinent pour cette utilisation du tiers inclus.

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