Pourquoi le bouddhisme s'est implanté en occident?

Fabrice Midal évoque ici les raisons de la venue du bouddhisme en occident et les étapes progressives de son implantation. Il précise la diversité des pratiques bouddhiques et pointe du doigt les clichés qui sont véhiculés par les médias sur les philosophies orientales en générale et le bouddhisme en particulier. 

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Quelles sont les spécificités du bouddhisme par rapport aux trois grandes religions monothéïstes? Le bouddhisme représente-il une chance pour la spiritualité occidentale? Réponse dans cet exposé de 40 minutes.

Extrait de la vidéo

Qu'est-ce que l'implantation du bouddhisme en Occident ? L'implantation du bouddhisme en Occident a plusieurs phases. Au XIXe siècle, il y a un intérêt pour le bouddhisme, mais un peu érudit. Et au fond, les grands spécialistes du bouddhisme, encore dans les années 30-40 du XXe siècle, disaient que jamais le bouddhisme pourra venir en Occident.

Et ils l'étudiaient comme une tradition tout à fait extérieure. L'histoire les a détrompés, et il y a eu ce phénomène tout à fait étrange, spectaculaire, que le bouddhisme est venu en Occident pour devenir une tradition qui s'y implante avec une très grande force. Ce qui a été pivot, ça a été d'abord la venue de Japonais en Occident, de maîtres zen, puis de maîtres tibétains, tout particulièrement après l'invasion par la Chine communiste du Tibet, et puis quelques maîtres du Theravada.

Mais en gros, voilà ce qui s'est passé. C'est qu'il y a eu des hommes qui pratiquaient cette tradition, qui sont venus, et un grand nombre d'Occidentaux ont été complètement bouleversés par la réalisation tangible qui était accomplie par l'ensemble de ces maîtres. On parlait beaucoup de spiritualité, on parlait beaucoup de mystique, mais ça restait un peu désincarné jusqu'à ce qu'on voit ces maîtres.

C'est ça qui était le plus frappant. Après, ce qui est intéressant de se dire, c'est que souvent, ces maîtres zen ou tibétains étaient, enfin pas toujours, mais parfois en marge de leur propre institution. Car au Japon comme au Tibet, le bouddhisme était dans une situation un peu critique. Mais il était encore vivant, ce qui est un peu différent de la plupart des autres traditions spirituelles.

Il avait pu préserver quelque chose. Donc, dans les années 50, puis 60, puis début des années 70, le bouddhisme va venir en France, comme dans l'ensemble du monde occidental, et va connaître l'immense succès qu'on lui connaît, et qui fait que dans un certain sens, un peu de manière un peu provocante, mais dans un certain sens, l'Occident est en train de devenir bouddhiste. Un grand nombre de notions bouddhistes sont comprises par le grand public de manière beaucoup plus directe et simple, bizarrement, que même un grand nombre de notions chrétiennes.

On demanderait aux gens la différence, qu'est-ce que c'est la charité et la compassion, ou la résurrection des corps et les renaissances. Etrangement, aujourd'hui, le langage bouddhiste est en train de prendre racine en Occident, d'une manière très très surprenante. Et quand on regarde la littérature, la littérature même générale, psychologique, etc., on se rend compte que le nombre de termes ou d'influences bouddhistes pas toujours même explicites est considérable.

Une des raisons qui fait que le bouddhisme s'est implanté en Occident, c'est qu'il était une tradition spirituelle encore vivante, qui mettait au cœur une vraie pratique qui permettait de se transformer, de s'ouvrir à une dimension plus vaste. Pour beaucoup d'Occidentaux, ils se sont tournés vers le bouddhisme parce qu'enfin, ils y trouvaient une tradition qui est encore vivante. Elle n'est pas préférable à une autre tradition, mais dans la tradition chrétienne ou juive, il y avait une fermeture des voies de transmission ésotérique qui faisait que c'est très difficile.

Pour le judaïsme, il y a eu cette rencontre de nombreux rabbins avec le Dalai Lama à Dharamsala où ils demandent... Parce que vous savez que beaucoup de juifs se sont tournés vers le bouddhisme, beaucoup de chrétiens aussi, dans des endroits un peu différents. En France, beaucoup de chrétiens se sont tournés vers le bouddhisme. Aux États-Unis, il y a eu beaucoup de juifs.

Donc ils demandaient au Dalai Lama « Mais pourquoi ? ». Et le Dalai Lama disait « Mais je n'ai aucune envie que les gens deviennent bouddhistes. Mais si vous voulez que les juifs restent dans votre tradition, réouvrez les portes de la tradition ésotérique qui ne sont pas faites ».

Et quand on demandait par exemple au célèbre poète Allen Ginsberg, qui était bouddhiste, qui venait du judaïsme, pourquoi il était devenu bouddhiste, il disait ça. Il disait « Donnez-moi le nom d'un rabbin qui présente de manière vivante, avec des pratiques, des exercices, la doctrine de la Kabbalah, par exemple. Alors que les tantras bouddhistes ou toutes les pratiques de contemplation sont extrêmement vivantes, avec une précision riche et nourrie.

Je pense qu'il y a beaucoup d'idées reçues sur le bouddhisme, comme il y a beaucoup d'idées reçues sur toute voie spirituelle, comme il y a beaucoup d'idées reçues sur le sens même de la philosophie. Et qu'on vit dans un temps qui rend très difficile la possibilité d'entendre quoi que ce soit de sérieux à une voie spirituelle. Donc là, je crois qu'il n'y a pas de difficulté plus grande avec le bouddhisme qu'avec n'importe quelle autre tradition.

Au fond, le christianisme nous est très incompréhensible, on comprend très peu le christianisme aujourd'hui. Derrière l'aspect un peu conventionnel qu'il y a, mais d'en comprendre la dimension dans sa grandeur et sa plénitude, c'est extrêmement difficile. Notre temps est assez fermé, au fond, à toute cette entente-là. Après, il y a une équivoque à lever.

Le bouddhisme n'est pas oriental face à l'occident. Cette fausse opposition n'a pas beaucoup de sens. Le bouddhisme est né en Inde, dans la civilisation indo-européenne. Nous appartenons à la civilisation indo-européenne, donc de ce point de vue-là, il y a une unité profonde.

L'art du Gandhara, qui est un des arts les plus grandioses du bouddhisme, est à la fois marqué par l'influence de l'Inde, par l'influence de la Grèce, et par l'influence de l'Iran, Zoroastrien, Mithra, etc. Donc, on voit bien que le bouddhisme est né de cette confluence. Donc, ça n'a pas le moindre sens d'opposer l'Orient et l'Occident. Ça ne tient pas.

Le bouddhisme, après, s'est acclimaté en Extrême-Orient. Ça, c'est complètement fou. Nous, on a l'impression que le bouddhisme venant en France, ça va être un choc culturel, mais ça n'a pas de sens. Le choc, c'est que le bouddhisme soit venu au Japon.

Parce que la langue, nous parlons quand même la même langue que les indo-européens. Et puis, si on croit Dumézil, on participe de la même structure tripartite. Mais le Japon, c'est un autre monde, une autre écriture. La Chine aussi.

Alors, si le bouddhisme a pu s'acclimater dans leur pays, je ne vois pas la moindre difficulté qu'il pourrait y avoir à venir en France. Le bouddhisme a été un phénomène de mode à un moment donné. Mais ce n'était pas le cas dans les années 50, 60, 70. Au contraire, il était fer de lance.

C'est une sorte de révolution de pensée. Et puis, ça n'est plus le cas aujourd'hui. Ça y est, je crois qu'il s'est acclimaté maintenant.

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