Le Parsifal de Richard Wagner : un Graal initiatique
Contrairement à la France — marquée par la funeste décision du roi Philippe le Bel d’exécuter le Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay, en 1314 à Paris, séisme aussi bien institutionnel que spirituel — l’Allemagne a conservé une continuité de traditions chevaleresques, s’étendant sur plusieurs siècles.
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Du XIIᵉ siècle jusqu’à la disparition du Saint-Empire romain germanique en 1806, différents ordres de chevalerie, tantôt guerriers, spirituels ou judiciaires, se sont succédés. Au fil du temps, leur idéal initial a évolué, passant d’une fonction militaire à une vocation hospitalière et protectrice.


C’est toutefois au XVIIIᵉ siècle que s’opère un tournant : avec la création de la Stricte Observance templière.
L’héritage des templiers cesse d’être seulement historique pour devenir l’objet d’une reconstruction initiatique et ésotérique. À travers elle, l’Ordre du Temple est réinvesti comme une initiation d’ordre chevaleresque, cela dans une filiation symbolique.
Au XIXᵉ siècle, au croisement de l’idéalisme et du romantisme allemands, la quête du Graal refait surface et se déplace vers un registre mystique et métaphysique.


Françoise Bonardel nous invite, dans ce huitième volet, à considérer le Parsifal de Richard Wagner comme son akmé, son « Graal ».
Un point d’accomplissement où convergent différentes strates : mémoire médiévale, valeurs chevaleresques et intériorisation romantique.
Ici, le Graal cesse d’être un objet pour devenir une expérience, une initiation rendue sensible par les arts : musique, littérature, scénographie. L’Art total.
Ce retour de Wagner vers une forme d’illuminisme chrétien — profondément marqué par la pensée de Schopenhauer et les premières lectures du Bouddha — ne pouvait qu’attirer les critiques de Nietzsche, qui y voyait un renoncement aux forces vitales…
Enfin, pour Françoise Bonardel, à travers les figures de Brünnhilde, la Walkyrie du Ring, et de Kundry, la messagère errante, se dessine peut-être une inflexion décisive : celle d’une chevalerie transfigurée.
Une chevalerie de demain qui ne serait plus fondée sur la guerre, mais sur une puissance de médiation et d’amour : une chevalerie au féminin…
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Voici la liste des exposés issu du séminaire intitulé "La quête du Graal : histoire, portée symbolique et actualité d’une vieille légende" donné à Vézelay par Françoise Bonardel dans le cadre de l’Association Convergences (6-8 décembre 2024)
1. Qu’est-ce que le Graal a à nous dire aujourd’hui ? (1/10)
2. La geste arthurienne, écrin de la matière de Bretagne (2/10)
3. L’esprit de la chevalerie, une rectitude intérieure (3/10)
4. Le nuage d’inconnaissance des Chevaliers de la Table Ronde (4/10)
5. Chrétien de Troyes et le Conte du Graal, un pont entre celtisme et christianisme (Les récits fondateurs, partie 1) (5/10)
6. Graal et Alchimie : la guérison du roi Amfortas (les récits fondateurs partie 2) (6/10)
7. Quête du Graal et ésotérisme chrétien (7/10)
8. Le Parsifal de Richard Wagner : un Graal initiatique (8/10)
9. Le Graal, grand archétype de l’inconscient collectif (9/10)
10. Le Graal, une plénitude plus qu’une perfection (10/10)
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Le Parsifal de Richard Wagner Alors, je voudrais vous proposer maintenant un changement de décor, si je puis dire, et que nous examinions ensemble la poursuite de la légende du Graal chez Richard Wagner à partir donc du récit de Wolfram von Eschenbach. Donc on sait que Richard Wagner a composé le livret de son Parsifal dont la première représentation a eu lieu en 1882 à partir du roman de Wolfram von Eschenbach, le Parsifal, qui a été composé vers 1205.
Wolfram avait lui-même pris certaines libertés par rapport au roman breton, par rapport du moins à celui de Chrétien de Troyes. Tout le monde s'accorde à reconnaître que la version de Wolfram von Eschenbach est d'une grande originalité et j'en ai une autre. J'en ai parlé un petit peu hier à propos d'Amfortas, du roi pêcheur, et de l'atmosphère saturnienne qui régnait autour de lui et du fait que Wolfram von Eschenbach est un des seuls qui a imaginé que cette blessure n'était pas simplement personnelle, mais qu'elle affectait en quelque sorte le cosmos, ce qui permettait aussi de trouver une explication à la conjonction paradoxale, en tout cas étonnante, de la blessure personnelle et de l'état du royaume autour de lui.
Toujours est-il qu'à côté de la lignée des conteurs bretons, s'est imposée avec Wolfram une lignée de romanciers germaniques qui, tout en restant fidèles à l'esprit de la légende du Graal, ont donné au récit un autre style et fait évoluer les personnages dans une autre atmosphère, plus précisément symbolique et ésotérique, pourrait-on dire, s'il faut absolument la qualifier. Je vous citerai La Couronne, c'est le titre d'un roman aussi, La Couronne d'Henrich von der Thürlin, qui a été composée vers 1230, Le Nouveau Titurel, donc La Couronne, Le Nouveau Titurel d'Albrecht von Schwarzenberg, qui a été composé vers 1270-1275, Le Livre de l'Aventure d'Ulrich Fürtherer, qui a été composé dans le premier quart du XVe siècle.
Donc disons, pour résumer, vous retrouverez tout ça, si vous le souhaitez, dans des livres, disons qu'à partir de Wolfram von Eschenbach, il y a eu une suite de romans autour du Graal, La Couronne, Le Nouveau Titurel, Le Livre de l'Aventure, qui, jusqu'à la fin du XVe siècle, témoigne d'une continuité dans la production romanesque comparable en Allemagne, et un peu plus tard, à la continuité qui a eu lieu autour des romans de Chrétien de Troyes.
Voilà pour une présentation globale, si vous voulez, de la situation autour de Wolfram von Eschenbach. Alors, on notera par ailleurs, c'est un contexte historique, je le dis par rapport à Wegener, c'est un contexte historique qui me semble devoir être rappelé. Donc, on notera que l'ordre des Chevaliers teutoniques est resté présent et actif en Allemagne depuis sa fondation en 1226, alors que l'ordre du Temple a été démantelé en France en 1312.
J'y ai déjà fait allusion hier, mais disons que l'Allemagne est restée plus ouverte que la France à l'existence d'un ordre chevaleresque actif dans la société. Et il en est de même, toute proportion gardée, pour le Saint-Empire romain-germanique qui a été fondé en 962 et qui perdurera jusqu'en 1806 et qui reposait sur une conception qu'on peut dire, avec prudence, chevaleresque du pouvoir impérial. Nous n'avons pas en France connu l'équivalent de ce qu'a été le Saint-Empire romain-germanique et même si en 1806, il s'est terminé en 1806, l'esprit du Saint-Empire a perduré bien au-delà, comme une espèce de nostalgie et on sait que certains rêvaient de sa reconstitution, de sa reconstruction.
Donc tout ça, c'est un arrière-plan historique et le Saint-Empire romain-germanique et le Saint-Empire romain-germanique a été illustré, incarné en particulier, en particulier, pas seulement, par deux personnages exceptionnels. Au XII-XIIIe siècle, par Frédéric von Hohenstaufen qui était lui-même un chevalier et qui était l'auteur d'un traité de faux conneries qui est resté célèbre aujourd'hui encore.
Frédéric von Hohenstaufen, personnage hors du commun, à qui l'on doit entre autres ce château en Italie du Sud, un château octogonal tout à fait extraordinaire et surtout, et c'est à lui que je veux surtout en venir, à l'empereur Maximilien Ier. Maximilien Ier qui a vécu à peu près à la même époque que Durer, qui se considérait, vous le voyez là, c'est une peinture de Durer qui était un de ses proches, si on peut dire, un de ses familiers, puisqu'il y a même une image qui représente Durer en train de peindre une fresque sur un mur et Maximilien Ier agenouillé qui lui sert de marche-pied.
Ce qui est extrêmement intéressant parce que cette image insolite témoigne justement du caractère chevaleresque de l'empereur