Rolande Renoux-Messerschmitt, ou Janus révoltée (Algérie, 1945-1962)

Rolande Biès (1919-2012), née Renoux- Messerschmitt fut l’épouse de Jean Biès, auteur que les amateurs de la pensée de René Guénon connaissent nécessairement. Janus est le Dieu des carrefours, des passages, et à l’instar de ses deux visages regardant dans deux directions opposées, on peut affirmer que les recherches du couple Biès ont, elles aussi, poursuivi l’ambition d’embrasser une même vision panoramique : réunir Orient et Occident. Pour René Guénon, les deux faces d’une même médaille, qu’il nomma Tradition Primordiale

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A l’occasion du dépôt à la BNF de la correspondance de l’écrivain vietnamien Pham Van Ky, qui fut très connu dans les années 50, et ami du couple Sartre-Beauvoir (etc.), le chercheur en sciences sociales Eric Phalippou a reconstitué les nombreuses et différentes vies de cette femme.  Plus qu’un puzzle, un véritable caléidoscope, et dont certains miroirs se révèlent assez opaques…

Eric Phalippou colloque Politica Hermetica

Le lotus, symbole de la transformation intérieure que l’homme est invité à accomplir dans sa vie.

Entre 1945 et 1962, année de l’indépendance de l’Algérie, Rolande vécut à Alger. Elle y créa en 1948 une libraire ésotérique qu’elle nomma Le Lotus d’Or, en référence à la revue théosophique Le Lotus Bleu. 1953, c’est l’année où Jean Biès pénétra pour la première fois dans sa librairie et neuf ans plus tard : leur mariage. Des moments fondateurs que Jean Biès évoqua avec émotion devant nos caméras, en 2010 (ndlr).

Depuis ses liens avec le swâmi Siddheswarânanda, sa belle-famille Messerschmitt, sa détestation du communisme, Eric Phalippou brosse ici le portrait captivant de cette « bourgeoise et soufie » digne d’un roman d’espionnage, où l’ombre fantasmée du Grand Monarque et de la France Eternelle se heurte à la réalité du monde moderne et au crépuscule de l’Algérie française… 

Un exposé donné lors du colloque Politica Hermetica, que nous remercions.

Extrait de la vidéo

Alors, nous allons entendre maintenant Éric Fallipoux, qu'on connaît bien ici, partout d'ailleurs. — Non, pas partout. Vous êtes inconnu. — Ou est-ce que...

qui refuse plus ou moins qu'on le présente d'ailleurs. — Oui, je vais parler d'autre chose aujourd'hui. — Ce qui ajoute un charme... — Oui, d'habitude, je parle toujours du genre d'Éric Fallipoux.

— Oui, d'habitude, je parle toujours du genre d'Éric Fallipoux. — Oui, d'habitude, je parle toujours du genre d'Éric Fallipoux. — Oui, d'habitude, je parle toujours du genre d'Éric Fallipoux. — Oui, d'habitude, je parle toujours du genre d'Éric Fallipoux.

— Oui, d'habitude, je parle toujours du genre d'Éric Fallipoux. — Oui, d'habitude, je parle toujours de gens qui ont un nom tellement compliqué dans la revue, que ce soit Roustam Djikama, Otto Manzartosht, Mervan Djigrani. J'aurais dû parler de Bikay Djikama aujourd'hui, qui était une grande initiatrice également, qui est venue ici, qui a été protégée par Longuet, par Jaurès. Mais non, j'ai arrêté avec les femmes par-ci.

Je vais parler d'une autre femme que beaucoup d'entre vous ont connue, pas sous le nom avec lequel je vais vous la présenter, qui est Rolande Renoux Messerschmitt. C'est un sujet un peu dur parce que là, on dépiote des archives qui sont contradictoires les unes des autres. Écoutons donc. Ça se passe en Algérie entre 1945 et 1962.

C'est la période où cette femme a résidé en Algérie. Donc l'expérience de l'exil lors de l'Algérie, même pour ceux qui n'étaient pas pieds noirs, mais qui durent néanmoins l'abandonner en 1962, fut une expérience traumatisante dans la chair. J'en veux pour preuve le cas d'une femme qu'un certain nombre d'entre vous ont connue comme étant la femme de Jean Bies. Elle s'appelait Rolande, et puisqu'elle se piquait de beaucoup de mots d'esprit, elle aima volontiers se faire appeler Land, à partir de cet exil contrat, pour bien marquer qu'elle avait été déracinée de la lande algérienne, où elle vécut de 1945 à 1962, donc de ses 26 ans à ses 43 ans, avant d'échouer dans les Landes.

Une métanoïa s'opéra alors en elle, reconversion non seulement professionnelle, mais totale. Elle suivit une formation de psychologue dans une école jungienne, ouvrit son propre cabinet à domicile en 1968, et puis s'établit à Pau comme psychologue clinicienne à partir de 1976. En effet, en 1988, pour vous montrer cette métanoïa, elle n'hésitait plus à écrire dans une lettre à Élie-Charles Flamand, qui était un proche de Robert Amadou et d'Eugène Cancelier, elle lui écrit « Carl Gustav Jung m'a initié au grand art, l'art de la transformation de l'être humain en maître dans ma vie ».

Alors là, il y a un quasi-renouement de ce qu'elle avait été du temps, sa période algérienne, où elle employait les mots d'initié et de maître dans le sens que leur accordait René Guénon. Donc la connaissance de ce que fut Rolande et pensée intimement, nous est rendue possible grâce à un dépôt qui a été légué à la Bibliothèque nationale par celui qui fut son premier amant spirituel et amour épistolaire, vous verrez, les deux vont de pair chez elle.

Il s'agit du poète vietnamien francophone Pham Van Khi. Pour le faire plus simple, dans les pages prochaines, pour ne pas que ça soit Roustam Djikama encore et autres, je l'appellerai Khi, mais quand vous entendrez Khi, ça sera lui. 1910-1992, qui était tout à la fois très connu en son époque, bien oublié, mais écrivain de très, très grand talent. Dramature, journaliste, poète et aussi un grand contributeur des temps modernes et un grand ami de Sartre et de Simone de Beauvoir.

Il était indépendantiste, certes, mais pas vraiment marxiste, plutôt malarméen. Sa politique est très malarméenne, un peu taoïste sur les bords, pour le portrait. Dans leur correspondance passionnée, je dis passionnée parce que c'est trois lettres par jour, qui débute en 1950, Rolande se dépeint en des termes platoniciens, comme une femme, je la cite, dynamique, fière, exigeante, à la recherche d'un maître, mais pas seulement un maître pour sa chair, un amant de chair ne satisferait jamais en moi l'esprit, l'âme, l'idée, mais un maître pour le tout.

Jusqu'à présent, ayant perdu l'espoir de le trouver, j'ai transigé avec moi-même et j'ai accepté un suami pour diriger mon esprit. Ce suami supplétif de l'homme idéal, avec qui vivent la parfaite union, était le suami Sidesh Varananda, lui-même disciple de celui que Rolande tenait pour un grand maître, à savoir Ramakrishna, et dont il fut le délégué en France depuis 1937, où Rolande venait annuellement le voir dans sa propriété à Grès-de-Sarmainvilliers.

Dans cette correspondance entre Rolande et qui, qu'elle considéra un temps comme l'homme idéal, avant de l'échanger, nous le verrons plus loin, pour Pierre Joly, puis enfin Jean Bies, Rolande qui signait alors sa correspondance à Rolande, en un seul mot, nouveau pays, disait-elle, où règne la deuxième lame, la papesse qui symbolise la femme. Correspondance, et vous allez voir le contraste avec ce qu'elle est devenue en France métropolitaine, correspondance où elle pleure René Guénon en ses termes, en 1950.

Sa mort m'a fait tant de peine, surtout si proche de celle de notre grand Robindo, un cycle quand même, il faut mettre un cycle. Elle n'a pas de mots assez durs à cette époque-là, aussi contre le mélange des genres, psychanalyse et yoga, ça c'est pour attaquer le livre de Marie Choisy, qu'elle considère comme une pauvre fille, tout juste bonne à faire du yoga, une méthode couée pour concierge, parce qu'à force de mélanger Jung, le folklore nordique, Freud, et une compilation de tout ça avec le yoga, circuler, il n'y a rien à voir, disait-elle.

Et puis cela était la preuve d'une ignorance que seule l'initiation peut lever, disait-elle. Simultanément à la sortie du livre de Ramalingsen, Études psychologiques de Carl Jung à Jiddu Krishnamurti, 1950, elle avait aussi invité l'auteur, en octobre 1950, pour la promotion de son livre, dans la librairie qu'elle tenait à Alger, sous l'enseigne le Lotus d'or. Mais cette invitation avait été purement commerciale, il faut savoir qu'elle était une jeune veuve, qu'elle avait une enfant à charge, et qu'elle vivait du commerce de sa librairie.

Et puis aussi c'était par déférence envers Jean Herbert, dont cet auteur, Ramalingsen, était un proche ami. Mais l'inconscient collectif et Krishnamurti, de celle que Jean Bies, alors tout jeune étudiant, fit la connaissance dans cette même librairie du Lotus d'or, de qui il dit qu'il a révélé en quelques jours l'oeuvre de René Guénon, c'est ce qu'il dit dans son journal, l'inconscient collectif et Krishnamurti, ce n'était vraiment pas sa tasse de thé.

En effet, son titre de gloire, alors, en cette même année, 1953, où Jean Bies entra pour la première fois dans sa librairie, mais il n'y entra pas encore dans sa vie, ils ne se marièrent qu'en 1962, son titre de gloire, dont elle ne manqua pas de souligner l'importance à ses termes, à qui, qu'elle voyait encore, 7 mois en 7 mois, quand elle venait à Paris pour achalander sa librairie, fut, dit-elle, d'avoir édité un joyau dont le titre est Les chatons de sagesse.

Ils remettent à la surface un trésor oublié de la mystique

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