Les sociétés secrètes 1/2

Dans notre société qui est régie par l’uniformisation, le règne de la quantité, le commerce et son allié : la peur, il est des mots polysémiques que l’on doit manier avec une certaine prudence, voire un certain respect. Le terme de « sociétés secrètes » est de ceux-là. Deux adages populaires entrent en effet en contradiction : « pour vivre heureux, vivons cachés » et « ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à cacher ». Tous les deux sont potentiellement vrais…  et pourtant la vérité semble résider entre ces deux acceptions.

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Erik Sablé (Editeur chez Terre Blanche et auteur de nombreux ouvrages chez Dervy) et Renaud Thomazo (directeur de collection chez Larousse) répondent dans cet entretien à de nombreuses interrogations. Quels critères permettent de distinguer une société secrète d’une confrérie … ou tout simplement d’une société « discrète » ?

Comment circonscrire le champ d’action d’une société secrète dont les finalités sont politiques, criminelles ou spirituelles… et parfois les trois à la fois ?

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En privilégiant la sphère occidentale - et les sociétés secrètes à vocations spirituelles - nos auteurs vont aborder successivement les tariqas soufies, le compagnonnage, la franc-maçonnerie, l’Hermetic Brotherhood of Louxor, les Rose-Croix, la Golden Dawn, la société Théosophique, la société anthroposophique, la Thulé Gesellschaft et Skull and Bones.
Bien au-delà d’une instrumentalisation sensationnelle qu’exploitent de nombreux auteurs « à succès » actuels, nos auteurs ont tenté d’aller à l’intérieur de ce sujet complexe, puisque comme nous le rappelle Erik Sablé : « le vrai secret, c’est l’indicible ». 
A vous de vous faire une idée précise grâce à cette table ronde d’une durée de 2 x 60 minutes, animée par Yonnel Ghernaouti.

Extrait de la vidéo

Bienvenue sur Macbeth TV pour un nouveau débat qui a pour thème les sociétés secrètes. J'ai à ma gauche Renaud Thomasot, et je vais lui demander tout à l'heure de bien vouloir se présenter, et à ma droite Éric Sablé qui a déjà commis quelques tables rondes ou interventions pour Probaglisse. Renaud, voulez-vous nous dire quel était votre parcours jusqu'à aujourd'hui ? Mon parcours est celui d'un historien, je suis historien chez Larousse, et j'ai dirigé l'édition du Larousse des sociétés secrètes qui a paru en 2007, qui a été réédité depuis.

C'est un ouvrage grand public qui se propose de présenter les sociétés secrètes les plus connues à travers les âges, donc depuis le chamanisme ou les sociétés ambistaires de l'Antiquité jusqu'aux sociétés que l'on dit secrètes aujourd'hui, qui sont souvent des sociétés politiques, voire criminelles. Le succès de l'ouvrage, on peut s'en féliciter, a été tel qu'on a par la suite proposé des ouvrages consacrés aux plus célèbres de ces sociétés secrètes, et j'ai moi-même commis l'année dernière un ouvrage consacré à l'Opus Dei.

Et on verra ensemble si on peut ranger l'Opus Dei dans les sociétés secrètes, ce dont je ne suis pas sûr, on parlera certainement de sociétés discrètes. Voilà. Il est vrai que dans les sociétés secrètes, nous avons les organisations initiatiques, et puis les sociétés secrètes politiques, voire criminelles, vous l'avez dit, nous aurons largement le temps d'aborder tous ces points. Et je me tourne maintenant vers Éric Sablé, qui va à son tour se présenter.

Je suis avant tout écrivain. J'ai écrit beaucoup d'ouvrages, notamment chez les éditions Dervis. Et je m'occupe aussi, je travaille aussi dans l'édition. Au niveau des sociétés secrètes, j'ai fait paraître il y a quelques années un dictionnaire des sociétés secrètes chez Dervis.

Donc c'est le domaine de la Rose-Croix, et peut-être le domaine que je connais le mieux. Voilà. C'est un petit peu... Sinon, mes champs d'investigation sont extrêmement vastes.

Je me suis intéressé beaucoup à l'Orient et à tous les domaines de l'ésotérisme. L'Inde, je crois, en particulier, plus qu'à l'autre... Particulièrement l'Inde et le Tibet, puisque j'ai appris d'abord le tibétain, et puis ensuite le sanscrit, ce qui me permet de traduire des textes de base dans ces domaines-là. Voilà.

Merci, Éric. Alors je vais peut-être vous poser la question, sans aller jusqu'à vous demander si vous faites partie de sociétés secrètes. Mais qu'est-ce que, pour vous, qu'une société secrète, aujourd'hui, à l'aube de ce XXIe siècle ? Alors, c'est le grand problème de l'historien, c'est de définir exactement le champ de l'étude et de donner une définition à ce qu'est une société secrète.

Pour parler aussi en anthropologue, on s'aperçoit, et ça, c'est ce qui est le plus fascinant, c'est que les sociétés secrètes accompagnent l'histoire des sociétés humaines depuis vraiment la nuit des temps, puisqu'on sait qu'on a retrouvé dans certaines grottes ornées comme à Nyo des représentations de sorciers, que l'on dit être des chamanes. Et certains mettent le chamanisme dans les sociétés secrètes.

Alors, on pourra s'interroger aussi sur cette opportunité de ranger le chamanisme dans les sociétés secrètes. On sait qu'aujourd'hui, il y a un regain, un petit peu un retour du New Age pour le chamanisme. Les druides gaulois ont-ils été une société secrète ? Là aussi, on peut se poser la question, et on en a dans toutes les sphères géographiques.

Énormément en Orient, mais aussi dans le monde amérindien, et l'Europe, à toutes les époques, jusqu'à aujourd'hui, n'est pas, j'irais parnier, c'est un parti pris fâcheux peut-être, mais il y a des sociétés secrètes, pardon, en tous lieux et à toutes époques. Maintenant, qu'est-ce qu'une société secrète ? Ce sont parfois des sociétés qui ont désiré être secrètes. Très souvent, ce sont aussi des sociétés qu'il vaudrait mieux qualifier de clandestines, parce qu'elles sont secrètes parce que les persécutions les ont contraintes à se ranger dans une clandestinité, à devenir, au regard du public, secrètes.

L'exemple peut-être qui parlera le plus au public, c'est celui des cathares, qu'on a souvent présentés comme une sorte de secte très secrète, dont on verrait encore aujourd'hui des gens chercher les secrets qui auraient détenu les cathares. Or, les cathares avaient pignon sur rue, si je peux dire, c'est lorsque la croisade ou les croisades menées contre elles les ont contraintes à se réfugier dans la clandestinité, et parfois aussi dans des châteaux, châteaux que l'on dit cathares, qui sont en fait les châteaux du roi de France.

Et les châteaux des Pyrénées, enfin... Voilà, il y a beaucoup de confusion, justement parce qu'elles ne sont pas toujours secrètes, ces sociétés, mais elles auraient souhaité rester discrètes. Il y a celles qui sont secrètes malgré elles, il y a celles qui veulent absolument être secrètes, mais dont on ne sait pas bien quels secrets elles veulent garder. Il y a dans tout cela, bien sûr, des sociétés à but très distincts, et je crois que c'est le principal sujet du débat qui pourrait nous préoccuper.

Voilà, nous serons amenés à reparler de toutes ces spécificités. Pourquoi sont-elles secrètes ? Pourquoi est-ce qu'un club de football est une société comme une autre ? Ce n'est pas une société secrète, un club de football.

Donc pourquoi est-ce qu'on voudrait absolument que les francs-maçons, qui sont vraiment l'archétype de la société secrète, eux aussi, plaignent sur rue, notamment à Paris et ailleurs dans les grandes villes du monde. C'est le problème pour l'historien, c'est de trouver à qualifier exactement ce qu'est une société secrète. Et je ne suis pas sûr qu'on y parvienne encore. On y tâchera, on tentera d'y parvenir, et je me tourne vers Éric pour lui demander quelle est sa définition, lui, d'une société secrète, ou comment la conçoit-il ?

La société secrète, c'est l'opposition, c'est fondé sur l'opposition entre le profane et le sacré. Je pense qu'à partir du moment où on sépare justement un domaine profane et un domaine sacré, lorsque l'on pénètre par exemple dans un temple maçonnique, on n'est plus dans le monde profane, on est dans le monde sacré. Et je pense que c'est la première définition que l'on pourrait donner d'une société secrète, c'est ce passage, en quelque sorte.

Ce passage, il faut bien voir pour la personne qui n'est pas initiée, finalement, si j'ai bien compris, d'être profane, ce qui vient du latin profanum, hors du temple, ça n'a rien de péjoratif, finalement. Parce que pour beaucoup, se déclarer profane, c'est une connotation péjorative. Mais là, vous faites bien la distinction entre le moment profane et le moment sacré, qui peut-être engendrerait le secret, si je vous ai bien compris, et qui serait une des premières définitions d'une société secrète.

Voilà, pour moi, une société secrète, c'est une société, précisément, qui vise à orienter la personne sur le sacré, sur ce que l'on peut appeler le sacré. C'est-à-dire qu'on coupe, en quelque sorte, tout ce qui est extérieur, tout ce qui appartient au monde, tout ce qui appartient aux profanes, et on entre, justement, dans un autre domaine. On entre dans un domaine qui est celui que, globalement, je qualifie de sacré.

Pour moi, ça, c'est ça, la première définition d'une société secrète. Maintenant, il existe aussi des sociétés secrètes politiques, ça c'est autre chose, qui se cachent parce que, justement, elles complotent contre l'État, ou elles ont comploté contre l'État, d'une façon ou d'une autre. Donc, elles ont intérêt à se cacher. Comme, par exemple, les Illuminés de Bavière, qui se cachaient, qui étaient, en quelque sorte, organisés en sociétés secrètes, parce qu'ils voulaient renverser la royauté et renverser la religion.

Donc, il y a... Mais ça, c'est autre chose. Les Illuminés de Bavière, pour l'auteur et le spectateur, est-ce que vous pouvez nous situer l'époque à laquelle cette société secrète... C'est une société secrète qui appartient au XVIIIe siècle.

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