Nazisme et occultisme 1/2 : entre mythes et histoires
Stéphane François, politologue, Didier Le Masson, spécialiste de la Franc-Maçonnerie allemande et Philipe Valode, auteur et historien, s'interrogent autour de cette table ronde sur la réalité et la prégnance des idées occultistes dans la doctrine nazie. Autour d'Emmanuel Kreis, doctorant EPHE, tous quatre soulèvent les questions suivantes:
- le romantisme est-il à l'origine des cercles völkisch (populisme racial allemand) qui eux-même jetèrent les bases de la mystique nazie
- les hauts dignitaires nazis ont-ils fréquenté les groupes occultes tels que l'ordre noir (Schwarzer Orden),
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la confrérie du Vril, la société Thule et ces groupes ont-ils influencé les choix stratégiques et politiques d'Adolf Hitler ( la poussée vers l'Est, l'espace vital, la solution finale....).

- La germanicité aryenne repose-t-elle sur la théorie du Surhomme et dans quelle mesure cette théorie peut-elle être perçue comme le prolongement des écrits de penseurs tels que Schopenhauer, Goethe ou Nietzsche ?
- Quelle place occupe les mythes tels que l'Hyperborée, l'Atlandide, l'Agartha dans le délire racial du régime nazi ?


Autant de points qui attestent – si besoin était – que toute transmission des ancêtres (tradere = transmettre = tradition, ndlr), tout retour aux origines, s'il est abordé dans un cadre rigide, dogmatique et haineux n' entraine que chaos et désastre. Deux volets captivants de 2 x 52 minutes, animés par Emmanuel Kreis.
Extrait de la vidéo
Bonjour, notre table ronde d'aujourd'hui aborde un sujet qui a été souvent évoqué lors de précédentes discussions, qui est la question des relations entre le nazisme et l'occultisme.
Nous allons donc traiter cette question entre le mythe et l'histoire. Ce sujet connaît une mode ou en tout cas un intérêt constant.
Actuellement, Stéphane François a relevé dans son livre « Le nazisme revisité » sur le moteur de recherche Google 28 600 sites traitant de cette question en 2007.
Pour discuter de ce sujet, nous sommes donc aujourd'hui avec Philippe Vallade, Didier Lemasson et Stéphane François.
Je vais donc laisser nos intervenants se présenter rapidement avant de commencer notre débat.
Philippe Vallade, si vous voulez bien vous présenter en quelques mots.
Oui, j'ai écrit quelques livres d'histoire dont un ou deux sur Hitler et celui pour lequel vous avez cherché ma coopération pour cette émission qui s'intitule, c'est mon dernier, « Hitler et les sociétés secrètes ».
Donc, j'ai écrit une cinquantaine de livres en principe très historiques. Celui-là, j'avoue, est un petit peu une exception.
Je dirais que c'est l'hommage que je rends aux éditions Trajectoire, bien que le livre ait été publié par les éditions du Nouveau Monde parce que j'en ai été le dirigeant pendant 6 ou 7 ans.
Et donc ça m'a amusé de mélanger ésotérisme et histoire dans un livre dont la thématique reste historique puisqu'il s'agit de Hitler et du nazisme et des sociétés secrètes qui l'ont formaté.
D'accord. Didier Lemasson ?
Eh bien, je ne suis pas un historien comme monsieur. A vrai dire, je suis devenu avec les années. Bon, je suis franc-maçon et j'appartiens à la Grande Loge de France.
Mais surtout, j'ai une double appartenance. J'appartiens depuis 30 ans à une grande obédience allemande, ce qui m'a permis de beaucoup mieux connaître la franc-maçonnerie allemande de l'intérieur.
Et en 2005, j'ai écrit un livre à la demande d'un éditeur sur, je dirais, un créneau extrêmement spécifique sur la franc-maçonnerie et le national-socialisme.
Et j'ai étendu, pour terminer cette étude portant essentiellement sur l'Allemagne, bien entendu, je l'ai étendue en rappelant ce que la franc-maçonnerie française avait subi sous le régime de Pétain. Voilà.
Et j'ai consacré aux rapports entre le nazisme et l'occultisme un ouvrage qui s'intitule « Le nazisme revisité. L'occultisme contre l'histoire » chez Bergues International.
Quelle est la réalité et la prévalence des théories occultistes dans le national-socialisme ?
Pour ceci, je propose que nous commencions en premier lieu par les mouvements pré-national-socialistes et en particulier les mouvements folkiches.
Alors comment les caractériser ? Pour ma part, je fais remonter ça très très loin au romantisme allemand et au goût du mystère et au goût de tout ce qui est brumeux, fumeux, etc.
Et puis c'est un peu les suites du Sturm und Drang, en quelque sorte. Beaucoup plus que des Lumières.
D'ailleurs, je travaille sur les Lumières. On m'a demandé de travailler sur les Lumières en Allemagne.
J'avoue qu'à part les signes, partiellement Goethe, je vois pas très bien l'influence que l'Aufklärung a réellement eue sur les Allemands, sur la franc-maçonnerie.
Mais ça, c'est un autre thème. Alors ces mouvements folkiches, qui en même temps correspondaient à cette volonté infernale des... en particulier des Hitler, Drang nach Osten, le mouvement... le territoire de l'Allemagne est beaucoup trop petit, il faut s'étendre à l'ouest. Alors... à l'est, pardon.
Et ça suppose, donc, l'élimination de toutes les races qui n'étaient pas allemandes, qui n'étaient pas blancs d'oeils bleus, et donc la conquête de la Pologne, la Russie, etc, etc.
Je ne sais pas si ma définition de folkiche est vraiment... elle est complexe.
Je sais pas si...
J'aurais 2-3 points à rajouter.
Il semble qu'en français, folkiche, c'est traduit par raciste, non ? Enfin, la traduction qui est utilisée est raciste, non ?
Le problème, c'est que le terme folkiche est difficilement traduisible. On l'a traduit par populiste, par populaire, mais avec un sous-entendu racial.
Et c'est ce qui a donné, comme l'a montré Tagiev dans son ouvrage sur la force du préjugé, c'est ce qui a donné le terme en français raciste.
Pour le borné, au niveau chronologique, l'idéologie folkiche, c'est l'un des coins les plus anciens de ce qu'on appelait la révolution conservatrice allemande.
Et ça apparaît fin 19e siècle pour exploser dans les années 20.
Comme l'a dit Didier Lemasson, c'est un mouvement complètement irrationnel, tautomane, archaïsant, antisémite, oui, mais pas toujours.
Très compliqué. En fait, c'est une ébuleuse assez complexe à définir.
Mais le caractère à retenir, c'est le côté irrationnel, romantique et l'aspect, on va dire, quand même racialiste, ethniciste, très poussé.
Oui, moi, je dirais juste quelque chose sur la fierté d'être allemand.
Quand on lit les quelques textes qu'on possède, en fait, ce sont plutôt des discours qui ont été retranscrits.
Pas des discours prononcés lors de grandes cérémonies, mais plutôt des discours prononcés devant l'encadrement SS.
On voit que, je dirais que l'orgueil allemand commence avec Arminius, le premier révolutionnaire allemand.
On plaisante, je veux dire, c'est un bref garçon qui a été totalement formé par les Romains et qui les a trahis.
C'est notre Vercingétorix, c'est exactement la même chose.
Et puis ensuite, on passe à Henri Ier, l'Oiseleur, celui qui a vaincu les Magyars, j'allais dire les Hongrois, excusez-moi.
Le premier qui a vaincu ses peuples. Je reviens vers votre Oste.
Les peuples infâmes de l'Est qui menacent la germanicité aryenne.
Et puis, bon, voilà, et donc toute l'histoire allemande se définit comme ça.
Bien sûr, elle s'achève, on le sait bien, en France, dans la Galerie des Glaces.
C'est là que la suprématie est portée.