Un regard astrologique sur Gérard de Nerval
Que se passe-t-il dans la tête d’un artiste et où puise-t'il véritablement son inspiration ? Pour tenter de répondre à cette question, historiens, exégèses, et spécialistes de toute sorte vont bien souvent piocher des éléments tangibles : biographie, contexte historique, profil psychologique, comparatisme etc. Nous, nous avons fait le choix de porter notre regard vers les astres et d’établir une sorte de graduation quant à leurs influences archétypiques….
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Chose originale, notre approche ne consistera pas à partir de la carte natale d’un artiste pour expliquer sa vie, son œuvre, ce qui est très fréquemment fait, mais à l'inverse : partir de son œuvre, de ses textes, et tenter d'y retrouver ces fameuses et mystérieuses signatures, astrales.


« Mon front est rouge encor du baiser de la Reine » (El Desdichado*, Gérard de Nerval)
Nous sommes ainsi très heureux de vous annoncer le lancement d’une série d’exposés avec le concours de Julien Toullec. Julien, justement, enseigne la littérature, la philosophie et… l’astrologie !
Il nous propose ici de pénétrer dans l’univers caché (i.e. « occulte ») de Gérard de Nerval, 1808-1855. Un monde féérique peuplé de déesses, démons et dragons, jalonné par la mort, la folie, les initiations les plus variées : des francs-maçons aux druzes.
A travers l’astrologie classique mais aussi l’astrologie uranienne d’Alfred Witte (XXe siècle), Julien Toullec tente d’identifier « ces énergies qui nous dépassent » et qui , il faut bien le constater, ont submergé de Nerval.
Avec en filigrane l’interrogation suivante : de Nerval a-t-il eu accès à un niveau de conscience (le terme de vision – Darshan - serait plus approprié) très élevé qui lui aurait brûlé les ailes ? Ou ce monde, « son monde » n’était qu’imagination, et chimères ?
A noter que le prochain exposé « Un regard astrologique sur » paraitra dans un mois, et sera consacré à Dostoïevski.
* Julien démarre par la lecture des vers du poème El Desdichado (le malheureux, en français) :
Suis-je Amour ou Phœbus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène...
Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Extrait de la vidéo
Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé, le prince d'Aquitaine à la tour abolie. Ma seule étoile est morte et mon lutte, consolé, porte le soleil noir de la mélancolie. Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé, rends-moi le posilipe et la mer d'Italie, la fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé, et la treille ou le pampre à la rose salie. Suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Birou, mon front est rouge encore du baiser de la reine.
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène, et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Aquérum, modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée, les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée. Gérard de Nerval, El Desichado. Chers téléspectateurs de BaguizTV, nous vous proposons aujourd'hui un regard astrologique sur Gérard de Nerval, à la fois sur sa vie bien sûr, mais essentiellement sur son œuvre. Et quoi de mieux pour démarrer notre propos que la lecture de ce poème, qui a l'avantage de nous proposer une grande richesse en matière d'interprétation et de symbolisme.
Avant d'entrer dans le vif du sujet et dans le fond de notre propos, il est important de rappeler quelques informations, quelques généralités par rapport à Gérard de Nerval. Le contexte tout d'abord. Gérard de Nerval est un homme du XIXe siècle, et plus précisément de la première moitié du XIXe siècle, qui correspond à l'âge d'or du romantisme. Sur ce point, il est important de rappeler que Gérard de Nerval est français bien évidemment, mais se rapproche de l'esprit du romantisme allemand.
Pourquoi ? Tout simplement parce que l'œuvre de Gérard de Nerval est traversée par une grande préoccupation au sujet de l'ésotérisme. On a pléthore de références par rapport à des symboles, à la franc-maçonnerie, au voyage, en témoigne par exemple son livre Voyage en Orient. Et cet arrière-plan ésotérique-spirituel fait écho avec l'œuvre de certains romantiques allemands.
On peut penser par exemple à Novalis, très connu. On peut même penser à un écrivain allemand très célèbre qui préfigurait le romantisme, à savoir Goethe. Il est d'ailleurs intéressant de rappeler que Gérard de Nerval, le plus allemand donc des romantiques français, a aussi traduit le Faust de Goethe. Il s'agit d'ailleurs de la première traduction française de cette œuvre très célèbre.
Voilà pour le contexte littéraire. Également, Gérard de Nerval est un homme qui a eu une vie malheureuse, tourmentée. Évidemment, on ne peut pas résumer son parcours ou sa vie à cela. Mais c'est quelque chose de très marquant et que l'on va retrouver dans son œuvre et notamment dans le poème que nous venons de lire.
Deux informations importantes sont à retenir. La première, c'est que Gérard de Nerval, enfant, va perdre sa maman. La seconde, c'est que Gérard de Nerval, durant sa vie d'adulte, va tomber amoureux d'une femme, l'artiste, comédienne, Jenny Colon. Cet amour va rester platonique, va être emprunt d'une grande idéalisation et ne sera jamais concret ni charnel.
Cependant, il sera très marquant dans l'esprit de Gérard de Nerval. Et ce qui va d'autant plus l'affecter, c'est que Jenny Colon, après son mariage avec un autre homme, va brutalement décéder. Il est intéressant de noter que la figure de la femme morte se retrouve déjà dans ce poème. Et d'une manière plus générale, la figure du féminin, l'archétype féminin, se retrouve d'une manière très précise dans son thème astral.
Commençons d'abord par une lecture de son thème astrologique traditionnel. Qu'est-ce que nous voyons ? Nous avons un Gérard de Nerval qui est né avec un ascendant ségitaire, avec un Neptune à l'ascendant, nous reviendrons sur ce point parce qu'il est absolument fondamental, et avec un amas planétaire en taureau. On a une Vénus en taureau, une belle Vénus en taureau pourrait-on dire, Vénus qui, comme le savent les astrologues, est exaltée dans ce signe.
Également, Neptune qui est conjoint à l'ascendant, a un positionnement, une position qui est absolument fondamentale. Il est fondamental de rappeler que, dans une perspective astrologique, Neptune est l'octave supérieure de Vénus. Donc on a quelque part l'archétype du féminin qui revient deux fois dans le thème de Gérard, c'est-à-dire qu'il est absolument fondamental. Est-ce que cette importance du féminin à travers Vénus ou Neptune va jouer sur son rapport avec les femmes vers cette tendance à l'idéalisme ou à l'idéalisation amoureuse ?
C'est certain. Cependant, on peut porter un regard beaucoup plus précis. En effet, Vénus en taureau, un amas planétaire en taureau, va nous donner quelques indications de caractère. On va imaginer effectivement quelqu'un qui va avoir une appétence pour les arts, pour l'esthétique, pour l'harmonie, pour des choses de cet ordre-là.
Mais Neptune, quant à lui, nous paraît encore plus pertinent à analyser car il donne vraiment des renseignements précis sur la personnalité de Gérard de Narval. Et même, et c'est ça qui est encore plus intéressant, sur la tournure que va prendre son œuvre, à la fois dans ses thématiques et dans son style. Nous allons y revenir. Alors en termes de personnalité, qu'est-ce qu'il y a de neptunien chez Gérard de Narval ?
Eh bien Neptune, c'est l'octave supérieure de Vénus, c'est donc une planète qui est reliée au féminin, à la sensibilité, mais c'est une sensibilité plus-plus, pourrait-on dire. On a coutume de penser dans l'astrologie, et nous validons ce constat, que la sensibilité neptunienne nous donne cette caractéristique, ou donne cette caractéristique à ceux qui l'ont, celles ou ceux qui l'ont, d'être une éponge, une sorte d'éponge cosmique.
C'est-à-dire qu'on va être ultra-sensible par rapport au commun des mortels. Cette sensibilité, certains astrologues la voient d'une manière très positive. On pourrait penser à la médiumnité, à une sensibilité artistique, à une très grande imagination. À l'inverse, d'autres astrologues la voient d'une manière beaucoup plus négative, une capacité à s'auto-illusionner, à vivre peut-être dans le mensonge par rapport aux autres, par rapport à soi-même, ou bien également une tendance peut-être à se laisser faire, à ne pas s'affirmer.
Et enfin, malheureusement, Neptune va donner parfois des scénarii beaucoup plus difficiles, à savoir qu'il peut être une porte d'entrée vers la folie, vers la démence, vers la schizophrénie, ou les psychoses de toutes sortes. Eh bien, nous validons ces deux interprétations. Et dans le cas de Gérard de Narval, ces deux interprétations nous paraissent tout aussi pertinentes l'une que l'autre. En effet, si nous reprenons les grandes lignes de son parcours, de sa personnalité et de sa vie, ces deux facettes neptuniennes cohabitent et coexistent l'une avec l'autre.
On a malheureusement cette facette qui est liée à la démence, à la folie, que Gérard de Narval va peu à peu traverser. À ce titre, il est intéressant de relire ce petit passage du poème que nous avons lu au début de l'émission. « Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéon ». C'est toujours la même chose avec Gérard de Narval, on peut l'interpréter de différentes manières sévères.
Ce qui est intéressant à noter ici, c'est que cette traversée de l'Achéon fait référence aux deux crises de folie qu'il avait déjà vécues avant d'écrire ce poème.