André Breton et l'astrologie
Figure majeure de l'art et de la littérature au XXè siècle, André Breton (1896-1966) fut le grand théoricien du surréalisme. Opposé aux valeurs morales et esthétiques de la civilisation occidentale, il affirmait ainsi la prééminence du rêve et de l'inconscient dans la création. Irréductible au mouvement surréaliste auquel il prêta son nom, il incarna également un esprit révolutionnaire en quête du "point suprême" où toutes les contradictions étaient résolues et réconciliées.
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En outre, il porta un vif intérêt à l'astrologie. Quels rapports entretenait le surréalisme avec l'astrologie? Que révèle sur le personnage la curiosité d'André Breton pour l'astrologie?
Réponse de Fabrice Pascaud qui revient sur le grand chercheur de "l'or du temps" dans cet exposé de 50 minutes.
Extrait de la vidéo
Comment l'a-t-on découvert ? Alors, on a écrit beaucoup de déclarés, plutôt qu'écrit, déclaré beaucoup de choses sur l'intérêt qu'André Breton avait pour l'astrologie. Certains ont dit que c'était une passade en divertissement. D'autres ont dit qu'il s'y était intéressé à une époque, puis ensuite, il aurait pris des distances vis-à-vis de celle-ci.
Enfin, certains ont prétendu que, dans les dernières années de sa vie, André Breton aurait... se serait dévoyé de ses objectifs premiers et aurait basculé vers un hermétisme douteux, etc. On va se rendre compte que ces assertions sont tout à fait inexactes et en même temps, une fois de plus, se rendre compte de toute la richesse et donc la complexité de la personnalité d'André Breton. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais dire quelques mots sur le surréalisme, puisqu'André Breton a été le fondateur du surréalisme.
Alors, le surréalisme a vu jour en 1924, à Paris. Breton rédige le premier manifeste du surréalisme et ce texte va avoir un grand, grand retentissement, autant dans le milieu intellectuel que dans le milieu littéraire, même si la vocation du surréalisme, au départ, n'a pas du tout une prétention littéraire. Alors, le mot surréalisme, surréaliste, vous l'avez tous entendu, puisqu'aujourd'hui, il est rentré dans le langage courant.
Les journalistes, dans les médias, on entend « ambiance à l'Assemblée nationale », « ambiance surréaliste », etc. Alors, généralement, on utilise ce mot pour qualifier une situation soit grotesque, soit insolite, soit loufoque, ou soit carrément aberrante. C'est devenu un espèce de mot fourre-tout. On lâche le mot surréalisme, parce qu'on n'a plus du tout d'autres termes à donner.
Mais bon, le surréalisme, ce n'est pas ça. Le surréalisme est carrément à l'antipode de tout cela. Alors, je vais vous en donner la définition, la définition qu'on a donnée André Breton dans le premier manifeste en 1924. Surréalisme non-masculin, automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée.
Dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. Fin de la définition. Donc, comme vous pouvez le constater, c'est autre chose que de la loufoquerie, que de l'aberration, etc., etc. Alors, quel va être le procédé qu'André Breton va employer pour obtenir cette dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ?
Il va employer ce qu'on appelle l'écriture automatique. Écriture automatique, non dans l'acception, je dirais, spirite du terme. Breton utilise l'écriture automatique, je dirais, pour laver les écuries, pour nettoyer un peu l'inconscient et pour arriver à trouver une autre source du langage. Et là, va naître un livre bicéphale co-écrit par Philippe Soupault et André Breton qui s'appelle « Les champs magnétiques » qui paraîtra à l'entour des années 1919-1920.
Donc, avant le manifeste du surréalisme. Donc, tout était déjà en gestation chez André Breton. Donc, ce livre va avoir un très, très grand retentissement également. C'est la première expérience d'application d'écriture automatique à des fins poétiques.
Ensuite, certains vont s'emparer de ce qu'ils vont appeler cette technique pour essayer de se trouver un nouveau style d'écriture. Évidemment, pour Breton et les surréalistes, l'écriture automatique, c'était une expérience. Ce n'était pas une fin en soi et ça n'avait pas d'objectif à prétention littéraire. Certains vont s'emparer de l'écriture automatique à des fins littéraires.
Et là, évidemment, il va y avoir une déconvenue parce qu'ils se figuraient se trouver un nouveau style d'écriture avec l'écriture automatique, se trouver en fin de compte une sorte de combine pour écrire des belles choses. Et on se rend compte que ça ne marche pas. C'est beaucoup plus difficile que ça et qu'en définitive, pour se bâtir une œuvre littéraire, ça ne marche pas l'écriture automatique. Oui, parce que ce n'était pas son objectif.
Donc, ça c'est un des premiers points de surréalisme. Il faut également savoir que le surréalisme est né d'une révolte absolue. C'est une génération, la génération d'André Breton, qui a été précipitée dans la guerre de 14-18. Breton avait 19 ans à ce moment-là.
Il est nommé comme brancardier puisqu'il faisait des études de médecine. Il s'est dirigé ensuite vers la psychiatrie et a arrêté ses études. Mais en 14-18, il est, comme toute sa génération, Aragon, André Masson, Philippe Soupault, propulsés dans cette immense boucherie qu'a été la guerre de 14-18. Alors, il faut bien imaginer ce que c'est pour ces jeunes gens de 19 ans et balancer dans cette guerre.
On a du mal à imaginer ce que ça a été de toute façon. Donc, au retour, c'est une jeunesse qui est marquée et il n'est pas question pour eux de reprendre sur les mêmes bases antérieures qui ont précipité cette société dans cette boucherie. Donc, il faut faire la table rase. Et le surréalisme est né de cette révolte.
On ne peut pas ça, à présent, à l'esprit. On ne peut pas comprendre les motivations premières du surréalisme, les scandales surréalistes qu'il y a eu, etc. La guerre de front qu'ils ont menée contre les grandes figures intellectuelles de l'époque. Donc, au départ, il y a eu Dada qui a précédé.
Il est vrai, le surréalisme qui a fait la table rase. Et Dada était un mouvement d'une extrême importance également. Et ce n'était pas du tout, non plus, un mouvement désordonné parce qu'aujourd'hui, on parle de Dada pour signifier bordel. Dada égale bordel.
Ce n'est pas du tout le cas. L'exposition qu'il y a eu à Beaubourg, il y a quelques années, a montré toute l'étendue et la richesse du mouvement Dada. La révolution qu'ils ont fait, ne serait-ce que sur le plan typographique, c'était inouï de voir ce travail. Donc, on voyait que dans Dada, il y avait aussi une maîtrise, une rigueur et une structure.
Donc, c'est tout, sauf également ce qu'on veut nous faire croire aujourd'hui. Mais Dada n'avait pas vraiment de visée politique à l'exception propre du terme. Et Breton, lui, va se détacher de Dada et donc fonder le surréalisme. Alors, après cette définition du manifeste de 1924, il va écrire en 1930 le second manifeste du surréalisme.
Et il va encore davantage définir l'objectif de l'activité surréaliste. Et là, on va arriver petit à petit au cœur du sujet de mon intervention. Il va nommer le point suprême l'activité surréaliste. Et il va en donner une définition.
Alors, le début de la définition est le suivant. « Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit, d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le communicable et l'incommunicable, le passé et le futur. La vie et la mort cessent d'être perçues contradictoirement. Or, c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point.
» Cette phrase est extrêmement importante et notamment la dernière partie. « Or, c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point. » Breton va être toute sa vie l'incarnation de la quête de ce point suprême. Alors évidemment, il n'est pas le créateur du point suprême.
On le retrouve dans les traditions,