Le Rosaire des Philosophes 8/13
La Prima Materia, c’est cette « matière première », originelle et universelle, de laquelle partent les alchimistes. Quelle est sa nature véritable et jusqu’où devons-nous remonter pour retrouver sa prétendue antériorité ? Ces questions font-elles consensus parmi les alchimistes ? Pour René Alleau, la réponse est à trouver dans ce chaos primordial initial évoqué dans l’Ancien Testament. Chaos au-dessus lequel planait, déjà, la Sagesse, dans le Livre des Proverbes ; « avant que Dieu ne crée le monde ».
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Plus près de nous, Patrick Burensteinas a affirmé avoir trouvé cette Prima Materia dans les galets de l’océan, face à Saint-Jacques de Compostelle.

« Celui qui veut explorer le secret de cet art doit connaitre la matière première de nos corps, sans quoi il sera frustré du fruit de son travail » (préparation de la prima materia, Le Rosaire, p. 47)
Le Rosaire des Philosophes est un traité (al)chimique anonyme du XIVᵉ siècle qui associe science, art et mystique. Sept siècles se sont écoulés depuis sa première publication, mais son riche contenu, ses illustrations symboliques, mêlant spiritualité et chimie pratique continue d'inspirer, aujourd’hui encore, alchimistes et psychanalystes.
Dans ce huitième volet de son séminaire*, Françoise Bonardel évoque longuement ce mystérieux traité nommé originellement en latin Rosarium Philosophorum.


L’union mystique, ce n’est pas la réunion charnelle d’un homme et d’une femme, mais la conjonction du Soufre et du Mercure : lorsque Corps et Âme s’unissent pour la descente de l’Esprit.
Françoise Bonardel rappellera ainsi au cours de cet exposé ces deux principes fondamentaux que sont le Soufre et le Mercure, les quatre éléments et leurs qualités. Une classification où ces éléments paraissent inconciliables les uns aux autres, mais c’est justement là que réside l'art de l’alchimiste : solve et coagula, ora et labora (cf. Nicolas Flamel).
Souhaitez-vous prendre connaissance de cette « Fontaine mercurielle, dont l’eau ne mouille pas les mains », vous retrouver face à ce « Jardin clos » de l’Atalante Fugitive dont la porte sera apparemment fermée. Ou encore trouver la clef de cette « citadelle hermétique » ?
-------------------------------
* Séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » (Vézelay, déc. 2022)
Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Je vais passer assez vite sur les quatre éléments. Quatre éléments, deux principes, vous rappelez quand même quelques éléments fondamentaux. Les quatre éléments. Le premier, c'est l'équilibre.
Dans l'alchimie occidentale, il n'y a que quatre éléments. Dans les alchimies asiatiques, il y en a cinq, avec le bois. Et en fait, il n'y a que quatre éléments. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que quatre éléments. Dans l'alchimie occidentale, il n'y a que quatre éléments. Dans les alchimies asiatiques, il y en a cinq, avec le bois.
Et on a parfois ajouté l'éther comme cinquième élément, évoquant d'ailleurs plus la quintessence que le cinquième élément. Donc les éléments, eau, air, terre, feu, sont des composants majeurs de l'œuvre, mais qui ne se présentent jamais à l'état pur, puisque chacun d'eux inclut en plus ou moins grande quantité les trois autres, tout en étant identifiable grâce à une qualité dominante qui induit elle-même une manière d'être et une forme d'imagination, comme l'a montré Gaston Bachelard dans ses ouvrages auxquels j'ai déjà fait allusion, sur les quatre éléments dans lesquels l'alchimie est présente, même s'il la qualifie de rêverie.
Donc chaque élément, c'est, je dirais, la mise en évidence d'une qualité dominante qui n'exclut pas, bien au contraire, la présence à dose plus ou moins importante des autres éléments. Alors depuis Aristote, dans les météorologiques, il est d'usage d'associer à chaque élément un couple de qualités dominantes, le chaud, le sec, le froid ou l'humide, à partir desquels l'alchimiste va opérer. Donc, à l'eau, on associe l'humide-froid, à l'air, l'humide-chaud, à la terre, le sec-froid, au feu, le sec-chaud.
Et cette répartition des qualités, évidemment, ne tient pas compte des modifications climatiques ou de celles apportées de façon ponctuelle par l'intervention humaine. Si vous chauffez de l'eau, vous ne pouvez pas dire que c'est encore de l'humide-froid. Donc, cette théorie des éléments s'en tient à ce qui est censé être dominant dans chaque élément et pas de ce qui a pu intervenir pour en modifier. Ainsi, l'eau et le feu semblent inconciliables, de même que l'air et la terre.
Or, les alchimistes parlent de leur mercure comme d'une eau sèche qui ne mouille pas les mains. Qu'est-ce qui reste de l'eau, vous me direz ? Une eau sèche qui ne mouille pas les mains. Une eau qui est de surcroît devenue feu, mais un feu qui ne brûle pas, c'est-à-dire qui ne calcine pas.
Donc, pourquoi peuvent-ils dire cela ? Parce qu'ils affirment, en effet, pouvoir convertir les éléments les uns dans les autres grâce à une rotation, à une circulation continue, et on retrouve la figure de Logroboros, qui permet l'échange des qualités à première vue opposées tout en maintenant l'équilibre de l'ensemble, ainsi purifié, porté à un niveau plus élevé de subtilité. Donc, je n'insiste pas trop là-dessus, ça peut devenir vite abstrait.
Donc, l'opération alchimique va consister à convertir les éléments les uns dans les autres et à faire que ce qui semblait les opposer soit un facteur au contraire qui va contribuer à les marier. Et tout cela dans un processus de purification qui va permettre d'éliminer de chaque élément ce qu'il y a d'incompatible avec un autre. On le trouve formulé de façon très claire chez Nicolas Flamel qui dit « Sachez que notre science consiste d'abord dans la connaissance des quatre éléments dont les qualités sont changées réciproquement les unes dans les autres sur quoi les philosophes sont d'un sentiment semblable.
» Bon, pour la compréhension de ce qui suit, nous n'avons pas besoin de plus que cela. Le deuxième point technique, je dirais, sur lequel je voudrais dire quelques mots, c'est ce qui concerne la préparation de la materia prima. Je relève par exemple dans « Le Rosaire des philosophes » cette phrase « Celui qui veut explorer le secret de cet art doit connaître la matière première de nos corps sans quoi il sera frustré du fruit de son travail.
» Donc ça c'est véritablement un point important. On va regarder les images de la Cabala Mineralis. Ces deux images illustrent d'une façon plus ou moins parlante la recherche et la découverte de la materia prima. Ce que je voudrais en dire aussi clairement que possible, c'est cela.
Il est là un premier paradoxe. Si la matière est première, pourquoi avoir à la rechercher, à la préparer ? Disons qu'elle est première d'un point de vue ontologique, quant à son être propre, mais qu'il faut néanmoins apprendre à la redécouvrir sous les revêtements, les travestissements qui lui ont été imposés par le temps et par le fait que la création est inachevée ou déchue. Certains alchimistes mettent ainsi en exergue la parenté entre leur matière et le chaos initial d'où Dieu tira la création.
Il faut donc retrouver ce qui était au tout début, ce à partir de quoi la création a pu être là. Alors que l'on parle de la création divine ou que l'on parle du monde tout simplement. Et je relève dans un traité de Bernard le Trévisan qui est un alchimiste du XVe, ce passage, pour avoir entendement de cette matière, il faut premièrement savoir que Dieu fit au commencement une matière confuse et sans nul ordre laquelle était pleine par la volonté de Dieu de plusieurs matières.
Et dit celle, il tira les quatre éléments desquels il fit bêtes et créatures diverses en les mêlant. Donc le geste de l'alchimiste va consister à chercher ce qui est au tout premier commencement et même, je dirais, avant le commencement. D'où ce chaos primordial dont parlent souvent les traités d'alchimie et qui a parfois, à l'eau, fait ce parallèle un peu risqué me semble-t-il, mais pas inintéressant, avec le livre des Proverbes en particulier où la sagesse parle d'elle-même comme celle qui était là avant que Dieu créait le monde, qui était auprès de Dieu avant que Dieu créait le monde.
Donc si vous voulez, c'est vraiment l'antériorité de l'antériorité chercher ce qui était avant même qu'il y ait quelque chose.