De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros 7/13

Après une brève présentation de l’alchimie arabe (elle-même fille de l’alchimie gréco-égyptienne) qui nous a légué des mots devenus usuels tels que : élixir, athanor, Azoth, alambic, Françoise Bonardel aborde ici la riche symbolique de l’Ouroboros. Contrairement à une lecture commune de ce symbole : le serpent ne se mord pas seulement la queue, il s’inocule surtout son propre venin, afin de se préserver. Cela dans une circulation parfaite et, en possibilité, un éternel retour.. 

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Transformer un pouvoir nocif en pouvoir guérisseur est principe bien connu de la médecine contemporaine (vaccination et homéopathie) mais, avant elle, de nombreux penseurs tels que Zosime de Panopolis, Nietzsche, Baudelaire et Evola ont évoqué ce symbole.

L'ouroboros au moyen-âge, Baglis TVFrançoise Bonardel, poison et médecine, Ouroboros

Une clôture dynamique et non figée : le hortus conclusus

Notre société contemporaine a perdu la notion du secret, et notamment celle du jardin clos du moyen-âge : l’hortus conclusus. De nos jours tout doit sembler prétendument « ouvert », livré aux quatre vents des bacchantes médiatiques. Ce qui est intérieur et secret parait suspect, contre-nature.

Or l’ouroboros nous invite justement à retrouver le sens de la clôture, du secret, approcher ces deux vases, celui de l’Art et de la Nature. C’est même là, la condition préalable à une ouverture, réelle, nous-dit Françoise Bonardel.

Françoise Bonardel, Ouroboros, VézelayFigure de l'Ouboros alchimique, Baglis TV

On ne peut transmuter que son propre venin

Lampspring affirmait, au XVIème siècle : « c'est une grande merveille et une ruse étrange que de faire d’un dragon la médecine suprême »... Souhaitez-vous découvrir cette circonvolution parfaite, symbolisant à la fois l’autodestruction et l’autofécondation, en un mot : la Nature triomphant d’elle-même ?

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Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » (Vézelay, déc. 2022)

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.

Extrait de la vidéo

Je voudrais vous dire quelques mots aussi d'une question qui revient de façon prégnante, disons. C'est la relation de l'alchimie occidentale et de l'alchimie arabe. En effet, l'alchimie arabe, c'est la relation de l'alchimie occidentale et de l'alchimie arabe. De l'alchimie occidentale et de l'alchimie arabe.

En effet, il est courant alors, il est aussi courant d'entendre dire que l'alchimie occidentale dérive de l'alchimie arabo-musulmane que du corpus hermético. Ça fait partie, disons, des pensées incontournables. Alors, comment l'alchimie est-elle arrivée au XIIe siècle dans l'Europe médiévale où elle n'est pas née, mais où elle s'est installée à peu près jusqu'au XVIIIe siècle pour y mener ensuite une vie plus ou moins souterraine, plus ou moins clandestine ?

Alors, les historiens s'accordent à dire que l'alchimie occidentale doit beaucoup à l'alchimie arabo-musulmane qui transita dès le VIIIe siècle par l'Espagne ainsi que par la Sicile et la Provence françaises. Donc, qu'en est-il exactement ? Alors, les avis diffèrent quant à cette question. Les avis diffèrent quant à l'ampleur de cette dette qui varie, alors selon qu'on voit là un phénomène de transmission rendu possible par la conservation et la traduction des textes ou selon qu'on prend seulement en compte l'innovation, c'est-à-dire qu'est-ce que l'alchimie arabo-musulmane a apporté de nouveau, si vous voulez, qui allait infléchir le cours de l'alchimie occidentale.

Et je relève par exemple chez un grand historien de l'alchimie qui est Robert Haleu, ses propos qui me paraissent personnellement quelque peu excessifs, quand il dit « Non seulement une bonne partie de ces textes classiques sont traduits de l'arabe, mais le monde islamique a créé les genres, les concepts, le vocabulaire, frayé les principales voies où chemineront les adeptes médiévaux. » Alors, je vois tout de suite une différence majeure quand même.

Il n'y a pas besoin d'aller plus loin pour la voir et aller de taille, c'est que l'alchimie, que le monde arabo-musulman a toujours refusé le dogme de l'incarnation. C'est bien pour ça que Jésus est un prophète pour l'islam, mais ce n'est pas le fils de Dieu et il n'est pas mort et ressuscité. Donc, à partir du moment où l'islam rejette le dogme de l'incarnation, qui a lui-même rendu possible l'analogie entre la pierre philosophale et la figure du Christ qui traverse l'alchimie occidentale, moi je ne vois pas bien comment l'alchimie occidentale pourrait être l'héritière, véritablement plénière de l'alchimie arabo-musulmane.

Ce qu'il ne veut pas dire, attention, ce qu'il ne veut pas dire, c'est que il n'y ait pas eu une transmission, mais encore faudrait-il savoir laquelle. Donc, reconnaître l'importance de cette transmission ne doit pas non plus conduire à oublier que l'alchimie arabe est elle-même, et je cite un historien de l'alchimie, Gadsen Muller, fille de l'alchimie gréco-égyptienne, et que les arabes puisèrent à des sources grecques, babyloniennes, perses, perses c'est très important, juives et égyptiennes, donc la chimie arabe ne faisant, selon Mircea Eliade, que continuer l'alchimie alexandrine, on en revient toujours là, à la source alexandrine.

Donc si vous voulez, il faut restituer les choses historiquement parlant, sans doute y a-t-il une filiation importante qui s'est effectuée au Moyen-Âge entre le monde arabo-musulman et le monde occidental, mais l'alchimie arabo-musulmane elle-même avait puisé ses sources dans différents contextes culturels que je viens d'évoquer, et donc, si vous voulez, était elle-même l'héritière. Alors, il y a transmission, mais d'un héritage qui n'est pas le propre du monde arabo-musulman.

Alors, il n'y aurait donc pas eu d'alchimie arabe sans l'apport considérable de la Perse, et si la tradition hermétique venue d'Egypte ne s'était pas implantée en terre d'islam, ce qu'a fort bien montré, alors, islam chiite plus que sunnite, notons-le, c'est très important, c'est-à-dire que, comme par hasard, la tradition hermétique s'implante en terre chiite, plus que sunnite qui est légaliste, et alors que la tradition chiite est beaucoup plus mystique, et ce qui explique pourquoi, effectivement, quelqu'un comme Corbin, qui était féru d'alchimie occidentale, s'est intéressé à la tradition chiite, et pas sunnite, enfin secondairement sunnite.

Corbin qui écrivait dans l'alchimie comme un art hieratique, c'est la conception plénière de l'alchimie qui n'exclut nullement la réalité des opérations pratiquées par l'adepte, mais qui confère essentiellement à celle-ci le sens d'une liturgie ou d'une projection de la saise intérieure. Donc, on doit savoir gré aux arabes d'avoir conservé et préservé un art traditionnel qu'ils n'ont pas inventé, mais qu'ils ont contribué à enrichir.

Enrichir par la découverte de certains corps chimiques en particulier et par l'adoption d'un vocabulaire approprié. Les mots élixir, atanor, azote, alambic, alchimie, viennent de l'arabe. Ces mots qui sont devenus familiers aux alchimistes occidentaux. Donc, il faut reconnaître cette dette incontestablement.

Donc, l'apport de l'alchimie arabe est à mon sens d'avoir à la fois renforcé le savoir d'ordre pratique, le savoir d'ordre chimique à travers un chimiste-alchimiste comme Razes, par exemple, et d'avoir transposé le sens symbolique de ces pratiques sur un plan spirituel comme on le voit dans l'œuvre de Jabir Ibn Hayyan qui a été commentée par Paul Cross, puis par Henri Corbin et par Pierre Loris. Je dirais pour terminer que le monde arabo-musulman a contribué à rendre plus visible le double visage de l'alchimie tel qu'on pouvait déjà l'entrevoir dans les écrits de Bollos de Mendès, du pseudo-démocrite donc, et dans l'important corpus des alchimistes grecs où l'on trouve cette formule attribuée à Hermès, alors c'est une formule appliquée, donc si vous voulez, et Corbin la cite très souvent, donc incontestablement, et on la retrouve chez certains alchimistes arabo-musulmans, c'est vraiment le lien entre l'alchimie arabe et l'alchimie occidentale, c'est une formule attribuée à Hermès dans le corpus des alchimistes grecs, si tu ne dépouilles pas les corps de leur nature corporelle et si tu ne donnes pas une nature corporelle aux incorporelles,

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