Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ? 6/13

Qu’est-ce que l’alchimie et que peut-on dire de sa généalogie, des liens qui unissent son antique passé et son présent ? L’alchimie est une méthode de transsubstantiation réciproque de la matière et de l’opérateur, agissants ensemble l’un sur l’autre, et l’un par l’autre. Cette double finalité implique une qualification particulière de l’opérateur humain en tant que canal de forces cosmiques spécialement adaptées. 

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A l’aune d’une sécularisation grimpante, l’alchimie, tout comme la gnose ou la théurgie demeurent méconnues ou critiquées par des profanes emplis de préjugés matérialistes et parfois, très paradoxalement, religieux…

Séminaire de Françoise Bonardel à Vézelay, Sur l'alchimie; 2022Françoise Bonardel, séminaire sur l'alchimie, Vézelay 2022

Le champ des sciences dites « naturelles » demeure néanmoins, encore de nos jours, un mystère.

Françoise Bonardel nous propose d’évaluer dans cet exposé les liens entre hermétisme antique et alchimie contemporaine. Trois mille ans de développement de la chimie, médecine, astronomie ont-ils affecté la pratique de cet Art Royal ?

Françoise Bonardel nous livre ici des réponses se basant sur les sempiternelles querelles qui ont opposées les « anciens » et les « modernes » mais aussi  sur des textes contemporains de Patrick Burensteinas, Charles Mopsick, Raymond Abellio, André Savoret, Serge Hutin ou Henri Coton-Alvart.

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Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » enregistré à Vézelay.

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation. 

Extrait de la vidéo

C'est un fait historique parmi d'autres que les écrivains et les écrivaines Nous nous sommes intéressés jusqu'à présent au patronage mythique d'Hermès et de Trismégiste. Mais au regard des historiens, c'est un fait historique parmi d'autres que les alchimistes ont choisi Hermès, mais, si vous voulez, ça ne dépasse pas le constat historique. Donc, au regard des alchimistes et de tous ceux qui se revendiquent fils d'Hermès, la dimension purement historique de leur quête ne présente guère d'intérêt.

Par rapport à ce qui est le plus important, c'est-à-dire la perpétuation de la tradition, dont ils pensent être des relais, et par rapport à la vocation intemporelle de l'Opus Chemicum. Donc, j'insiste sur le fait qu'on a là une divergence de vue qui peut, à la limite, tourner au conflit, c'est-à-dire les historiens étant assez méprisants pour tout ce qui relève de la tradition et les fils d'Hermès considérant que l'histoire ne comprend rien d'Arien, ce qui n'est sans doute pas faux non plus.

On notera d'ailleurs que les histoires de l'alchimie n'ont commencé à être rédigées qu'à une époque relativement tardive, à partir du XVIIIe siècle, où le sens historique émerge véritablement dans la culture et où l'on commence à remettre en doute le bien fondé et les ambitions du savoir alchimique traditionnel. Donc, on assiste à un relais, si vous voulez, l'histoire à un moment donné prend le pas sur la tradition.

Et les histoires de l'alchimie qui ont été réalisées depuis s'inscrivent donc ou dans les histoires des sciences naturelles, donc l'alchimie en particulier, ou les histoires de l'ésotérisme, c'est la voie qu'a emprunté Antoine Fèvre, par exemple. L'alchimie prend place parmi d'autres traditions ésotériques ou bien l'histoire des doctrines religieuses et c'est le cas de Myrcellae Iliade, par exemple, qui parle de l'alchimie dans le cadre de son histoire des doctrines religieuses.

J'ai relevé cette conclusion de Serge Huttin, c'est pas dans son Cossège sur l'alchimie, c'est dans un article qu'il a donné, qui est publié dans le volume d'Holmiard, déjà assez ancien et excellent, intitulé Alchimie. Serge Huttin a écrit ceci qui me paraît être une bonne conclusion de ce que je viens de développer rapidement. On peut bien sans doute, écrit Huttin, suivre le déroulement historique des recherches alchimiques, s'efforcer de mettre en évidence la lente évolution du langage, des récits allégoriques, etc.

Mais dans l'ensemble, l'alchimie traditionnelle est demeurée la même jusqu'à nos jours. Malgré la différence de langage, malgré la diversification des symboles, les buts que s'assignent les alchimistes traditionnels d'aujourd'hui sont les mêmes que ceux de leurs lointains devanciers d'Orient et d'Occident. On remarquera d'ailleurs le souci, dans toute chaîne de maîtres en alchimie, de se rattacher à la limite aux régions légendaires et à l'origine première.

Vous voyez, c'est très clair ça, je crois. Ça montre bien qu'il y a une différence de perspective et que du point de vue de l'alchimie traditionnelle, l'histoire est tout à fait secondaire. Bon, ça ne veut pas dire qu'ils ont raison sur tout, mais c'est tout de même un fait significatif et je dois dire que j'ai épousé plus ou moins cette perspective en ne commençant pas par l'histoire de l'alchimie, mais plutôt par une lente imprégnation de ce que cette pratique signifie.

Alors, la deuxième question qui, à mon sens, mérite d'être posée du point de vue historique, cette fois-ci, c'est la question de l'origine de l'alchimie, ou des origines possibles, et du mot lui-même. On finit par y venir, le mot lui-même. Mais c'est tellement ressassé que j'ai pensé que ça n'était pas urgent. Le mot alchimie est un mot d'origine arabe, c'est incontestable, mais on s'interroge sur ce qu'il signifie réellement et à cet égard, il y a une double possibilité, et à savoir, soit le mot kemia renvoie à une origine égyptienne qui serait mentionnée par Plutarque, d'ailleurs, dans Isis et Osiris, et qui ferait référence à la terre noire d'Egypte.

Ça renvoie à ce texte de Plutarque, et effectivement, Plutarque assigne au mot alchimie une origine égyptienne qui serait liée à la terre d'Egypte elle-même, à sa noirceur, et au fait, en tout cas à certains endroits particuliers, pas dans tout le delta d'une île, bien sûr, mais à certains endroits particuliers, et du fait que cette terre noire d'Egypte dit quelque chose de la noirceur à partir de laquelle l'alchimie devient opérative.

Donc, dans un sens, on renvoie à la terre noire d'Egypte et à l'origine égyptienne de l'art d'alchimie, ou bien on privilégie une racine grecque, un verbe qui signifierait faire couler, fondre, et on ferait référence à ce moment-là à la métallurgie et à toute cette pratique qui consiste à faire fondre les métaux et à les transformer par la fonte qu'on est capable d'opérer. Bon, je ne pense pas que ce soit nécessaire d'épiloguer, de toute façon c'est une étymologie qui traîne dans tous les livres et je ne vois pas ce qu'il y a vraiment de plus important à en dire.

La question de l'origine de l'alchimie est un peu plus complexe dès lors qu'on se réfère à ses origines historiques du point de vue des courants philosophico-religieux qui pourraient en avoir été les inspirateurs. Et là, j'ai sélectionné deux textes. L'un est de Marcelin Berthelot, l'incontournable Marcelin Berthelot, auteur des Origines de l'alchimie, mais je vous rappelle aussi, et je l'ai dit déjà, que Marcelin Berthelot avec Ruel ont été les premiers traducteurs du corpus des alchimistes grecs et auteurs aussi d'une chimie au Moyen-Âge qui a fait connaître un certain nombre d'auteurs du Moyen-Orient, d'auteurs perses en particulier.

Donc, Marcelin Berthelot a joué un rôle important et quand on lit bien son œuvre et les origines de l'alchimie, on s'aperçoit qu'il n'était pas si scientiste que ça. Il a bien pressenti qu'il y avait dans l'alchimie tout autre chose qu'une pré-chimie archaïque, mais en tant que savant, il n'est quand même pas allé vraiment beaucoup plus loin. Donc, j'ai sélectionné deux textes qui, je crois, sont assez explicites en la matière.

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