Les alchimistes sont fils d’Hermès 3/13

« Ce troisième volet constitue le dernier sas avant de pénétrer dans la citadelle hermétique ! », nous-prévient Françoise Bonardel. En effet, avant d’aborder frontalement cet énigmatique Art Royal, elle pose ici la question fondamentale et paradoxalement trop souvent écartée : l’alchimie est-elle un mythe ou une  philosophie ? Ou les deux à la fois ? Cette compatibilité semble quasi impossible dès lors qu'on se rappelle que la philosophie est née en Grèce, justement, pour supplanter les mythes.

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Ces mythes d'alors, déjà anciens, étaient péjorativement qualifiés par certains contemporains de Platon « d’histoires pour nourrices »…

« Philosopher par le Feu », plus qu'une expression polysémique : une pratique transdisciplinaire.

C’est au XVIII° siècle qu’un auteur comme Antoine-Joseph Pernety s’avisa de mettre en lumière la dimension « mythologique » de l’alchimie, et de faire apparaître parallèlement ce qu’il y avait d’ « alchimique » dans les anciennes mythologies (cf. Les Fables égyptiennes et grecques dévoilées et réduites au même Principe,1758).

Plus près de nous, à partir de 1938, Gaston Bachelard s'est servi de la poétique des quatre éléments (cf. « La psychanalyse du feu »), pour tenter une explication aux mythes, aux rêves et à la psychologie des profondeurs.

Dans une perspective sensiblement différente, l’historien des religions Mircea Eliade a lui aussi parlé du « mythe de l’alchimie ». Il pensait en effet reconnaître dans le processus alchimique un scénario typique plus ou moins commun à tous les mythes qui racontent l’histoire d’une mort symbolique suivie d’une résurrection. Mort rendue possible par un regressus ad uterum permettant au néophyte de déconstruire sa personnalité profane en rebroussant le cours du temps, et d’accéder à un plan de conscience plus élevé.

Françoise Bonardel établira ainsi de nombreuses analogies avec les cultes à mystères et la philosophie antique, dont l’ambition était – comme celle des alchimistes - de trouver une explication globale du monde et de comprendre la place que l’homme est appelé à y occuper.

Souhaitez suivre Françoise Bonardel sur « ce chemin sinueux, obscur et rempli de dangers symboliques : désorientation, combat avec le monstre » et ainsi, peut-être rejoindre ce qu’Artéphius nommait le « labyrinthe hermétique » ? 

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* Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » qui s'est tenu à Vézelay en décembre 2022.

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil, et organisation.

Extrait de la vidéo

Le troisième point que je voudrais aborder, c'est en quel sens, et vous voyez nous sommes toujours dans des espèces de préliminaires avant d'entrer dans la citadelle hermétique, en quel sens peut-on parler de l'alchimie à la fois comme d'un mythe et d'une philosophie ? Si je pose la question, c'est que cela semble incompatible. Ou bien c'est un mythe ou bien c'est une philosophie. L'alchimie c'est à la fois un mythe, mais il faut savoir quel mythe et pourquoi c'est un mythe, mais pourquoi c'est aussi une philosophie.

Or, au regard des philosophes, et je suis bien placée pour vous en parler, il faut choisir. Et si vous vous intéressez à l'alchimie et si en plus vous lui accordez un rôle de philosophie, c'est que vous avez trahi la philosophie, parce que la philosophie n'est pas compatible, telle qu'on l'entend, en tout cas dans son sens restreint, elle ne peut pas intégrer un élément mythique aussi spectaculaire, aussi important que celui de l'alchimie.

Alors il y a bien les mythes chez Platon, vous me direz, mais il y a bien l'urètre que la philosophie a cessé d'être platonicienne. Alors, le mythe, pourquoi donc l'alchimie est-elle à la fois un mythe et une philosophie et qui plus est, une philosophie étrange, puisque c'est une philosophie, par le feu. Alors là aussi, cette idée de philosophie par le feu n'a strictement aucune place dans le corpus philosophique traditionnel.

Je dirais même que c'est une aberration, aux yeux de la philosophie cartésienne et rationaliste, c'est une aberration. Alors, ce qu'il faut dire c'est qu'aux yeux des alchimistes, cette dichotomie donc n'existe pas. Mais en même temps, les alchimistes traditionnels, c'est-à-dire avant, disons, le tournant du XVIIIe siècle, avec Pernetti entre autres, avec Don Pernetti, les alchimistes n'ont pas vraiment, ils n'ont pas conscience d'évoluer dans un univers mythologique au sens où le mythe serait une vérité imaginaire.

Il faut s'entendre sur ce que veut dire le mythe. Si vous considérez que le mythe est une histoire, une fable, imaginaire, qui témoigne d'un degré inabouti de l'esprit humain, on en revient toujours à ça, bien effectivement, l'alchimie n'est un mythe qu'aux yeux de ses détracteurs. Mais si par contre vous considérez que le mythos c'est un récit, légendaire certes, mais qui vous apprend quelque chose, qui est porteur d'une vérité, qui ne pouvait pas être dite autrement, ce n'est pas une vérité bradée, ce n'est pas ce que Platon appelait les contes de nourrice, ce n'est pas pour les esprits inférieurs qui ne seraient pas capables de comprendre une vérité rationnelle, c'est parce que cette vérité-là ne peut pas être dite autrement.

Et vous trouvez ça chez Platon dans son explication des grands mythes. C'est qu'à un moment donné, le discours rationnel est impuissant, il bute, et c'est à ce moment-là que le mythe prend le relais pour dire autrement ce que la pensée rationnelle ne pouvait pas dire dans les mots qui sont les siens. Donc le mythe non seulement n'est pas dévalorisé, mais je dirais même qu'il est revalorisé parce qu'il sait dire ce que d'autres formes de pensée ne parviennent pas à dire.

Alors si on prend le mythe dans ce sens-là, effectivement l'alchimie est un mythe puisqu'elle vous raconte des histoires qui sont pour partie imaginaires, les images, elle produit des images, mais une pensée purement logique et rationnelle n'aurait pas pu rendre compte de ce qui se passe dans l'opération alchimique elle-même. Vous voyez bien la différence entre le mythe qui est une fable pour les débutants ou enfants un peu attardés et puis le mythe qui est au contraire un récit parfaitement digne de respect, mais qui formule des vérités dans un langage qu'on ne pourrait pas entendre autrement.

Alors là oui, l'alchimie est un mythe en ce sens-là. Alors ce qu'il faut voir aussi c'est que les alchimistes n'avaient pas conscience qu'ils vivaient une mythologie au sens premier du terme, péjoratif du terme. Par contre, ils avaient pleinement conscience d'appartenir à un univers que l'on peut qualifier de mythologique et d'ailleurs à partir du 18e siècle surtout avec Dom Pernetti et quelques autres, on s'est lancé dans une explication alchimique des grands mythes grecs et réciproquement on a mis au jour la dimension mythologique de l'alchimie.

Ça c'est un phénomène qui est apparu à peu près au 18e siècle et qui s'inscrit dans une perspective d'élucidation, de compréhension et d'intégration aussi du passé dans le présent. Alors je vais vous en donner deux exemples, il y en aurait de très nombreux, il n'y a qu'à lire les fables égyptiennes et grecques de Dom Pernetti pour comprendre la démarche et comprendre aussi ce qu'elle a d'excessif. Pourquoi ?

Parce que c'est aussi l'époque, mais ça avait commencé avant, Atalante fugitive, c'est aussi une reprise de la mythologie grecque, mais ce que ça a d'excessif à mon sens c'est qu'on voit de l'alchimie partout, c'est-à-dire qu'on reprend l'ensemble des mythes grecs et en fait il n'y en a pratiquement pas un où on ne peut pas percevoir une petite séquence qui rappellerait qu'en fait il parle de ceci mais au fond il parle d'alchimie.

Alors il y a une espèce de pan-alchimisme si vous voulez qui est lié à cette redécouverte de la mythologie. Mais j'en prendrai simplement deux exemples rapidement, il y a le mythe de la toison d'or et il y a le mythe de Thésée et d'Ariane et du labyrinthe. Alors je ne veux pas m'engager dans une lecture approfondie de chacun de ces deux mythes parce que comme tous les mythes grecs c'est terriblement compliqué, il y a des épisodes successifs qui se contredisent eux-mêmes etc.

Bon donc je me limiterai à cela. Le mythe de la toison d'or a été et sans doute le mythe qui a été le plus fréquemment

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