Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15

Il a déjà été beaucoup question d’art à travers les images que nous avons étudiées dans les onze volets précédents. Mais l’art était alors au service de la foi chrétienne ou plus largement de croyances collectives, et ne revendiquait aucune autonomie. Il n’en va plus de même avec l’art moderne qui se réapproprie, en les sécularisant, un certain nombre d’images traditionnelles, et donne à l’expérience visionnaire une impulsion nouvelle, en général coupée du religieux, mais paradoxalement, en renouant avec les forces primitives originelles.…

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
37:30
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

L’existence d’un art visionnaire moderne témoigne de la réceptivité exceptionnelle de certains artistes mais tend aussi à prouver que l’enseignement de la vision peut être transmis par le regard et constitue de ce fait une éducation, un apprentissage.

L’Art Visionnaire constitue une transgression. Non pas « profanatrice » mais bien « initiatique ».

Partant de quelques exemples relatifs à la manière dont les penseurs et artistes antérieurs aux temps modernes ont intégré l’expérience visionnaire dans leurs récits (Le Songe de Scipion – Cicéron, La Divine Comédie - Dante), Françoise Bonardel esquisse ici la dimension prométhéenne de l’Art Visionnaire : un franchissement des limites d’une vie ordinaire. Un terrain et terreau (materia prima) pour l’homme en quête d’absolu.

L’art devient visionnaire quand il suggère, annonce, révèle un mystère.

Françoise Bonardel souligne aussi le fait que, parallèlement au développement de l’alchimie en Europe, un art fantastique et/ou visionnaire mêlant symboles païens et chrétiens allait s’épanouir. Elle interprétera pour nous certaines œuvres de Jérôme Bosch, Giovanni Bellini, Francesco Colonna, Gustave Doré, William Blake, ou encore quelques passages d’Artur Rimbaud et Charles Baudelaire.

Des œuvres  qui revisitent toutes, ces « savoirs anciens » dont nous avons perdu la signification vraie. Des objets, pensées ou rituels qui donnaient du sens aux hommes d’hier, et dont il s’agit de redonner, aujourd’hui, la force et la vigueur.

--------------------

Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel les 6-8 décembre 2019 :

Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ?  14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15

Nota bene : les films sont mis en ligne au rythme de un tous les deux mois. Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.

Extrait de la vidéo

Alors, comme exergue, disons, de ce chapitre, j'ai choisi cette formule que je trouve pour ma part très percutante d'un poète que vous, je ne sais si vous le connaissez, il est aujourd'hui assez oublié, c'est un des deux fondateurs de ce mouvement artistique qui est plus que ça, qui s'intitulait le grand jeu. Cette formule me semble tout à fait représentative d'un ensemble de questions que pose la notion même d'art visionnaire.

Hélas, les lunettes n'ont jamais engendré de vision, c'est l'abus des lunettes qui rendra l'Occident aveugle. L'inspiration poétique exactement créatrice est la forme occidentale de la voyance. Sous une forme très concentrée, vous avez là exprimé un certain nombre des questions que nous allons aborder à travers cette réflexion sur l'art visionnaire. D'une part, le fait que l'Occident, l'Occident rationaliste, qui va devenir la bête noire de la plupart de ces penseurs, poètes et artistes, eh bien cet Occident rationaliste s'est équipé d'un matériel puissant censé lui donner des visions, en tout cas lui permettre de mieux voir.

L'abus des lunettes. Roger Gilbert Lecomte, comme beaucoup de poètes de son époque, considère au contraire que ce sont ses instruments, ses techniques qui sont en train de rendre l'Occident aveugle. Autrement dit, plus nous sommes équipés, on pourrait dire appareillés, comme on dit aujourd'hui, plus nous nous appareillons, plus nous nous équipons, plus nous nous dotons de moyens techniques performants pour voir mieux, on en revient à la curiosité d'esprit dont on a parlé ce matin, eh bien en fait, moins nous voyons.

En tout cas, moins nous avons de chance de vivre, de faire l'expérience de véritable vision. C'est donc une prise de position très catégorique mais très représentative d'un état d'esprit qui a contribué à fonder en Occident, en Europe et en France en particulier, un certain nombre de mouvements artistiques absolument rebelles à la modernisation, cette modernisation qui rend aveugle et qui par là même tentèrent, dans certains cas et en particulier dans le cas du Grand Jeu, qui tentèrent de renouer avec des traditions anciennes ou en tout cas de se réapproprier ce que le surréalisme nommera des pouvoirs perdus.

Comme s'il s'agissait de récupérer des formes de voyances en particulier, qui étaient oubliées et que l'instrumentalisation de la pensée et des pratiques occidentales avaient contribué à faire disparaître. Alors, voilà, je pense que c'est une bonne introduction à cette question qui va nous occuper dans la première partie. Qu'est-ce qu'un art visionnaire ? D'une certaine façon, nous avons déjà rencontré des images qui illustrent ce qu'est un art visionnaire.

Toutes les images que nous avons vues peuvent être considérées, sur un certain plan au moins, comme des témoignages de cet art visionnaire. Seulement, si nous les repassions les unes après les autres, nous nous apercevrions que toutes ces images, en fait, servent les visions des mystiques ou visionnaires qui sont censés les avoir eues et qu'aucune d'entre elles, aucun de ces artistes, ne se revendique véritablement comme étant un représentant d'un art visionnaire.

Donc, si vous voulez, je crois qu'il faut bien comprendre que, par rapport à cette question, une rupture s'est effectuée entre ce que j'appellerais une vision traditionnelle de l'art visionnaire et une vision moderne. Cette rupture s'est effectuée progressivement à partir des temps modernes, mais elle s'est effectuée spectaculairement au XIXe siècle avec quelques repères majeurs tels que Rimbaud, par exemple.

Donc, quand nous parlons d'art visionnaire, est-ce que nous parlons de la capacité qui a été celle des artistes du passé de représenter des visions ? Donc, quand nous parlons d'art visionnaire, est-ce que nous parlons de la capacité de certains artistes, de certaines formes artistiques anciennes, à intégrer des visions à leur représentation, à représenter des visions, ou bien est-ce que nous parlons d'un art qui, en dehors de toute préoccupation religieuse, se considérerait qu'il est capable, en tant qu'art, de produire des visions et de les interpréter éventuellement si besoin ?

Vous voyez la différence entre un art qui sert l'activité visionnaire des mystiques et autres représentants de la vision, ou bien est-ce que nous avons affaire à un art qui a pris son autonomie, qui n'a plus rien à voir avec le religieux, et qui néanmoins continue à développer une activité visionnaire, mais qui à ce moment-là est essentiellement une activité artistique ? Dans ce cas-là, si tel est le cas, est-ce que cette activité artistique coupée officiellement du religieux, est-ce que cette activité artistique néanmoins produit des formes artistiques qui, d'une manière ou d'une autre, ont néanmoins une portée spirituelle ou une portée religieuse ?

Je ne sais pas si cette problématique est claire. Voilà ce qui est en jeu, me semble-t-il, dans la définition d'un art visionnaire. La difficulté tient aussi au fait que vous entendez souvent parler, indifféremment, d'un art visionnaire, d'un art magique, d'un art fantastique. La preuve en est, vous avez un ouvrage d'André Breton qui s'intitule « L'art magique », vous avez un ouvrage de Marcel Brion qui s'intitule « L'art fantastique », et vous avez un ouvrage de Michel Rondon qui s'intitule « L'art visionnaire ».

Et si vous feuilletez ces ouvrages, vous voyez à peu de choses près apparaître les mêmes artistes, anciens ou modernes. Donc, on se dit, est-ce que c'est la même chose ou bien est-ce qu'il y a une différence ?

Haut