L’alchimie opérative

"Que recherchent les alchimistes ?" nous demande Patrick Burensteinas. L’immortalité ? La transformation du plomb en or ? Le pouvoir ? Le bonheur ? A l’instar de la planète Mercure (Hermès, le messager des dieux) qui effectue sa révolution solaire quatre fois plus rapidement que la Terre : Patrick Burensteinas effectue des allers retours incessant (mais passionnant) entre notre langue courante et la langue des oiseaux pour nous dire tout ce que l’alchimie opérative n’est pas (notamment les quatre questions citées plus haut) et plus précisément en quoi consiste cet art.

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Pour Patrick Burensteinas, le travail de l’alchimiste consiste à dissiper la forme pour y laisser pénétrer la lumière. Tout comme l’Ain Soph Aur (lumière infinie) précéda Kéther (première Séphira de l’Arbre de Vie) : tout ce qui a une forme n’est pas lumière. Le travail de l’alchimiste consiste donc non pas à transformer la forme pour créer une autre forme, mais bel et bien à transmuter la forme et la faire se volatiliser. Ce travail de purification, de rectification, l’adepte commence à l’appliquer sur lui-même, sur son égo : n’est-ce pas cet Ego qui le maintient en forme ? Ne serait-ce pas cette première carapace qu’il faudrait essayer de percer pour y faire entrer la Lumière ?

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Réponses de Patrick Burensteinas dans cette communication de 36 min, filmée à Toulon en mai 2011 dans le cadre du colloque « Fulcanelli, alchimie d’Héliopolis » organisé par la Librairie la Table d’hermès et les Editions de la Pierre Philosophale.

Extrait de la vidéo

Alors, ce que je voulais vous dire, c'est que l'alchimie est vivante, elle existe, c'est-à-dire que c'est une affaire d'homme et d'univers. La première question qu'on peut se poser et qu'on pose à un alchimiste, c'est, oui, et la transmutation alors ? Est-ce qu'on peut transformer le plomb en or ? En alchimie, on dit, si tu cherches pour faire de l'or, tu ne le trouveras jamais et si tu sais en faire, tu n'en as plus besoin.

Alors, peut-être que ce n'est pas ça. Alors, peut-être que c'est l'immortalité. On pense aussi que l'alchimiste cherche l'immortalité, mais être immortel dans ce monde, imaginez quelle malédiction, voir ses proches disparaître, vieillir, c'est comme être sur le quai d'une gare et voir les autres partir. Donc, ce n'est pas non plus l'immortalité.

Alors, le pouvoir peut-être, mais le pouvoir de quoi ? Le pouvoir, c'est manquer de quelque chose, c'est aller chercher. Alors que la quête de la pierre philosophale, c'est, je suis dans chaque chose et chaque chose est en moi. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?

Donc, ça ne peut pas être le pouvoir non plus. Alors, à quoi ça sert finalement de faire de l'alchimie et pourquoi on fait de l'alchimie ? Eh bien, on cherche finalement ce que tout le monde cherche, c'est peut-être ce qu'on appelle le bonheur. Mais qu'est-ce que c'est le bonheur ?

Le bonheur, c'est à la bonne heure, c'est-à-dire au moment présent. Et peut-être que c'est la quête justement de ce moment présent, de cet éternel moment présent. Vous pouvez constater quelque chose de très intéressant, c'est qu'à chaque fois que vous avez vécu des moments de bonheur, pas des moments de plaisir, vous étiez toujours immobile, silencieux et aligné. Vous pouvez chercher, je ne parle pas de plaisir bien sûr, mais je parle de bonheur.

Et peut-être que la quête de la pierre philosophale, c'est ça, c'est comment devenir immobile, silencieux et aligné. On peut donc imaginer que l'alchimiste, s'il n'est pas capable de le faire dans son corps, d'ailleurs il y a plusieurs voies de l'alchimie, on le voit ici aujourd'hui. Eh bien, il y a des voies matérielles, il n'y a peut-être que des voies spirituelles, où on est capable de se mettre quelque part, d'être immobile et de contempler.

Entendez bien ce mot, contempler, l'ouverture du temple. On rajoutera aussi quelque chose d'important, c'est que l'alchimiste doit persévérer, percer et vous verrez. Il y a peut-être quelque chose à percer, quelque chose à voir au-delà de la réalité. A tel point, c'est que quand on arrive ici dans ce monde, on apparaît.

Quand on sort de ce monde, on disparaît. Ce qui veut dire qu'on n'a fait que paraître. On naît quand ? Et on peut dire qu'on naît dès qu'on n'est plus.

Peut-être que naître, c'est non-être. Et peut-être que le but du jeu, c'est de vivre et mourir jusqu'à être de nouveau. Et peut-être là est la clé de la pierre philosophale, c'est comment être capable d'être finalement. Comment être capable de voir ce qu'il y a derrière cette réalité ?

Et est-ce que c'est vraiment la réalité ? On dit aussi sans arrêt avec les gens, tu perçois, tu perçois, mais qu'est-ce que tu perçois ? Mais celui qui perçoit, c'est celui qui se perçoit finalement. Et peut-être que la quête est la manière de perdre la forme pour voir la lumière qui est derrière.

Il y a quelque chose d'intéressant qui est dit, on parlait de Cabal tout à l'heure, Cabala, le cavalier, cette pièce d'échec qui a une particularité unique, celle de passer par-dessus les autres, donc d'être capable de transgresser les règles de cette réalité. Et bien peut-être que cette quête est au-delà de la matière. Et au-delà de la matière, il y a peut-être ce qu'on appelle la lumière. Et c'est pour ça qu'on cherche la matière première.

Il faut s'entendre sur ce qu'on appelle la matière première. La matière première, c'est la première matière. Mais si c'est la première matière, qu'est-ce qu'il y avait derrière ? Peut-être cette fameuse lumière.

Et c'est peut-être ça justement, cette quête, cette persévérance, voir au-delà de cette réalité ordinaire pour voir la réalité non-ordinaire. Et donc dans la Cabale, il est marqué quelque chose, le Heinz of Aour, qui est à l'extérieur de l'arbre des Sephiroth. Et le Heinz of Aour, ce n'est pas l'unité, ce n'est pas l'extérieur. Textuellement, ça veut dire quelque chose.

La lumière est la non-forme. Donc tout ce qui a une forme n'est pas lumière. Et donc le but du jeu, ou du jeu, c'est de dissiper la forme. Et vous remarquez quelque chose d'étonnant, c'est que les alchimistes ne transforment pas, ils transmutent.

C'est-à-dire qu'on ne va pas prendre une forme pour faire une autre forme, mais on va prendre une forme pour la volatiliser, c'est-à-dire la rendre tellement subtile qu'elle ne sera plus forme, mais lumière. Peut-être qu'au début des temps, ou avant le début des temps, il y avait quelque chose, ou rien, un tout, un éternel moment présent, et pour une raison qu'on ignore, eh bien on achetait un pavé dans la mare et la première vibration est née.

Et dès l'instant qu'il y a eu la première vibration, il y a eu la première forme. Et peut-être que maintenant qu'il y a ces formes dans l'univers, qu'on appelle la matière, le but du jeu, le but de l'alchimiste, eh bien c'est de dissiper la dernière forme pour qu'il n'y ait plus de différence entre la matière et la lumière. Un autre exemple que j'aime bien, imaginons cet océan primordial. Dans cet océan primordial, pour une raison qu'on ignore, il y a une bulle qui apparaît.

La bulle qui apparaît est vide, et c'est ce qu'on appelle la matière aujourd'hui. D'ailleurs dans les textes, il est dit que la matière est vide. Mais vous constatez maintenant qu'il y a une bulle à l'intérieur de l'océan, l'océan ne fait plus 1, il fait 2. Il y a l'océan et il y a les bulles.

Cet océan maintenant ne peut plus s'appeler l'unité, il s'appelle la lumière. Et la bulle s'appelle la matière. On peut constater qu'il y aura plusieurs bulles dans l'océan qui vont être créées. Et vous remarquez quelque chose, c'est que ces bulles ne sont pas contigues, alors que l'océan lui reste contigue.

Donc la lumière est bien plus proche de 1, et la matière, ces bulles, c'est ce qu'on appelle aussi les ténèbres. Et vous remarquerez quelque chose, c'est que dans les textes fondateurs, il est dit qu'il sépara la lumière des ténèbres, et que la lumière est au singulier, et que les ténèbres sont multiples. Alors pour l'alchimiste, ce n'est pas tout de trouver la lumière, il faut aussi pardonner aux ténèbres.

Pardonner, c'est donner une part. Et peut-être que là maintenant, on va pouvoir commencer à parler d'opératifs. Pourquoi on parle d'opératifs ? En tout cas, moi, ce que je dis n'engage que moi.

Pour moi, l'alchimie est nécessairement opérative. On travaille dans un laboratoire, moitié labo et moitié oratoire, c'est-à-dire moitié dans la matière et moitié dans l'esprit. Le but finalement, c'est de dissiper ces bulles de matière. Donc il va falloir faire quelque chose, il va falloir faire des trous à l'intérieur de ces bulles de matière, si je puis dire, pour pouvoir faire rentrer à l'intérieur l'eau, la lumière qui est à l'extérieur, et vous remarquerez que la bulle va disparaître sans aller nulle part.

Donc peut-être que le travail de l'alchimiste est de détricoter, dissoudre l'univers, j'oserais dire trouver une solution. Il faut s'entendre sur le terme. Quand on a un problème, c'est peut-être une résistance au passage de la lumière et la solution est la manière de dissiper cette matière. Alors l'alchimiste, qu'est-ce qu'il va faire justement ?

Il va prendre une matière et il va la tuer. Peut-être l'oxyre oxyder un corps, c'est bien faire des trous dedans, et si je fais des trous dedans, la matière a moindre résistance, mais ça veut dire qu'il fait moins de résistance mécanique mais moins de résistance au passage de la lumière aussi. On pourrait donc dire que le but de l'alchimie va être travail de purification, de rectification et d'immobilité puisqu'on sait que pour que la lumière rentre à l'intérieur d'un corps, il faut trois conditions.

Il faut que ce corps soit immobile, il faut qu'il n'émette rien et il faut qu'il soit parfaitement aligné. C'est peut-être ça notre travail. Donc comment rendre immobile la matière ? Le premier travail de l'alchimiste, avant de faire rentrer la lumière dedans, c'est peut-être de vider ce qu'il y a quelque chose.

On ne peut pas remplir une coupe pleine, donc avant de faire rentrer la lumière à l'intérieur d'une coupe, il va falloir la vider. Parce que le métal avec lequel on va travailler ou autre chose, mais on va partir disons d'un métal, il va falloir le vider, donc faire sortir son agitation, son émotion, sa colère peut-être. Il va falloir par contre travailler avec subtilité. Si j'amène à l'extérieur de mon métal un feu trop violent, au lieu de dissiper l'agitation du métal, au lieu de retirer sa colère, je vais lui en donner une.

Donc l'idée, ce sera d'ouvrir ce métal, de l'éveiller

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