L'Alchimie vient du ciel
Dans nos sociétés modernes, désacralisées, en quête d’un souffle nouveau que l’industrialisation, le confort et la consommation ne lui procurent plus : les alchimistes existent encore. Paule en est la preuve vivante.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Née en 1917, bourguignonne, résistante communiste durant la Deuxième Guerre Mondiale, Paule entre en contact avec l’alchimie dans les années 60 et, plus particulièrement, par le biais d’un enseignement ésotérique originaire des Etats-Unis, BOTA (Builders of the Adytum). Pendant deux décennies elle explore l’alchimie spéculative puis, un jour de Pentecôte, alors qu’elle a décidé de tout abandonner, elle reçoit le nom de la Materia Prima : la porte de l’alchimie opérative s’ouvre alors à elle.


Dans cet entretien, Paule, nous introduit dans ce chemin long, exigeant et tortueux, fait de travail et de repli, peuplé de faux maîtres et de mystificateurs qu’est l’Alchimie. Elle se garde bien de tout divulguer, nous rappelant d’ailleurs que « si on dévoile le nom de la matière, on est condamné à l’exécration ».
Dans une langue humble et directe, elle nous parle de son ascèse, de ce dialogue amoureux qui s’installe entre l’alchimiste et la matière et surtout de cet appel profond, cet adombrement qui vient d’en Haut, auquel elle se soumet avec obéissance depuis plus de 40 ans…


Entretien d'une durée de 47 minutes, réalisé par Jean Pataut, et enregistré chez lui, à Combres (Nièvre).
Extrait de la vidéo
Nous sommes ici pour présenter d'une part Paul qui est alchimiste, que je considère comme alchimiste, et ensuite pour vous présenter l'alchimie selon Paul. Pour dire quelques mots de la vie de Paul, qui est né en 1917, qui est maintenant dans sa 83ème année, Paul est né en Bourgogne, dans un milieu en principe catholique, elle avait un père anticlérical, au début de la guerre, donc elle avait 23 ans, elle a été dans le Maroc du Sud, où elle a passé quelques années, plongée dans la population proprement marocaine, où d'ailleurs elle était extrêmement estimée.
Au lendemain de la guerre, je dois dire, Paul a assumé des options politiques. Avant, j'étais dans la Résistance. Oui, Paul était dans la Résistance, de façon très impliquée. J'aimerais dire que j'ai fait la Résistance avec un prêtre, le père Vincent Terrerre, qui était un moine franciscain, et qui a monté un groupe de Résistance, où nous avons beaucoup travaillé, et nous avons fait, je crois, un excellent travail, sauvant beaucoup de Juifs.
Ce prêtre était un être absolument extraordinaire. Je n'étais pas réellement dans la foi, mais il n'avait aucun tabou, il était vraiment magnifique. Je lui rends vraiment un hommage, et malheureusement, il est parti en Algérie, et il a été abattu parce qu'il prêchait la réconciliation entre les deux. Je n'ai jamais su par quel côté il avait été abattu, mais je lui rends un immense hommage.
Alors, à cette période, vous étiez dans le Parti communiste, où vous avez pris des risques considérables d'ailleurs. Bien sûr. Vous êtes entrée au CNRS aussi. J'ai travaillé un moment au CNRS, pas très longtemps, en psychologie, psychiatrie, psychanalyse, etc., où je lisais les articles des revues, et on donnait cela avec une bibliographie aux chercheurs.
Sinon, j'ai fait des travaux de toutes les façons. Quand j'étais au Maroc, j'ai travaillé aux affaires indigènes, où j'ai vu les côtés très désagréables de la colonisation. Alors, vous avez pris contact avec l'alchimie, est-ce que vous pourriez nous dire en quelle période ? C'est au début des années 60, n'est-ce pas ?
Oui. Vous avez pris contact avec l'alchimie, ce qui vous a impliqué une conversion psychologique et mentale fondamentale. Oui, bien sûr, bien sûr. J'ai pris contact, ou tout au moins j'ai été poussée à prendre contact avec un enseignement ésotérique qui vient des États-Unis.
Je prononce très mal l'anglais, autrement dit en France BOTA, qui m'a apporté vraiment ce que profondément, en profondeur, j'ai cherché. Et à un moment donné, on parle de l'alchimie, ça m'a dirigée vers l'alchimie. Mais je peux dire que ce n'est pas tellement l'enseignement qui m'a dirigée vers l'alchimie, mais quelque chose de très profond en moi qui s'est révélé et qui m'a fait m'engager là. Nous étions à quelle époque à peu près, vers 62, 63 ?
Oui, dans ces temps-là, un peu plus. Donc c'est à ce moment-là que vous êtes entrée, si l'on peut dire, dans l'alchimie. Oui, oui, oui. En esprit, dans l'alchimie, pendant très longtemps.
En alchimie spéculative. Oui, oui, oui. Sans fourneau. Oui, sans fourneau, pendant très longtemps.
Puis après, une prise de contact avec l'alchimie par des voies qui n'étaient pas du tout ce qui convenait. Est-ce que vous pourriez expliciter sur ce point en quelque sorte négatif de la fausse alchimie ? Oui, j'ai rencontré un faux maître avec beaucoup de gens. C'est beaucoup plus tard, ça c'est dans les années 80, n'est-ce pas ?
Oui, c'est cela. Oui, oui, oui. J'ai mis longtemps à travailler. Rien ne s'est fait spontanément.
Dans les années 60 et 70, vous étiez encore dans l'alchimie spéculative en 60 et 70. Oui, oui, très très longtemps. Vous vous êtes mis au fourneau, si l'on peut dire, à quelle période ? A peu près, je ne sais pas, j'ai perdu un peu le sens du temps.
Ça ne me semble pas très important. Oui, mais pour cette conférence, on parle de vous, n'est-ce pas ? Je peux dire qu'il y a une quarantaine d'années que je suis entrée dans tout ce système d'alchimie spéculative et opérative. Avec des engagements complètement à côté de ce qu'il fallait, faux maîtres, gens un peu de tous les côtés.
L'alchimie est quelque chose de très exigeant, mais on voit que tout le monde se précipite, beaucoup de gens se précipitent un peu n'importe comment dans l'alchimie. Après cela, j'ai eu un repris, je me suis arrêtée. Il faut dire que je suis quand même en profondeur très guidée ou aspirée, etc. et que je réponds à quelque chose de très profond.
Qui vous est suggéré. Qui m'est suggéré. Je pourrais dire à peu près que je suis dans l'obéissance de quelque chose que je ne conçois pas totalement, mais qui est un fait, une réalité. Et qui perdure, qui est permanente.
Et qui perdure et qui a été toujours là. On me laissait m'engager à tort, après on me reprenait, etc. Pendant un temps, je me suis complètement arrêtée. Et alors vous vous êtes mise au fourneau à peu près à cette période.
Oui, j'ai commencé avec, comme tout le monde, l'antimoine et choses comme cela. Ce qui n'est pas à vrai dire. J'ai correspondu avec un alchimiste qui m'a semblé important, qui s'appelait Simon Hache, qui avait écrit un petit livre qui m'intéressait. Et à qui j'avais écrit et qui m'avait dit, ne vous lancez pas avec l'antimoine, vous n'arriverez jamais à purifier, ce n'est pas possible, etc.
Et qui m'avait ouvert sa porte. Je n'ai pas été. J'ai appris après qu'il était très exigeant. J'étais très contente d'avoir, comme qu'il m'ait ouvert sa porte.
Mais je ne l'ai pas, je ne m'en suis pas servie. Mais ce Simon Hache m'avait semblé un alchimiste vraiment conséquent. Là aussi, je pense très souvent à Simon Hache et à son livre. Ou ses livres, mais je n'en ai lu qu'un.
Alors, j'ai lu beaucoup de livres. Est-ce que vous pourriez dire quelques livres que vous avez lus ? Gébert, enfin beaucoup. Le Motus Liber, que vous avez fait écouter, évidemment.
J'ai eu entre les mains des textes de Caro, très simples, des alinéas très simples,