La science initiatique de l'homme
Jean-Marc Vivenza revient ici sur quelques points fondamentaux de l'initiation. Quel est le rapport de l'être humain avec la spiritualité ? La matière est-elle vivante? Qu'en est-il des domaines subtils ? Quelles relations existent-ils entre nos émotions, nos pensées et le "souffle" de l'esprit ? Réponse dans cet exposé de 53 minutes.
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Extrait de la vidéo
Quelles sont les questions les plus délicates ? L'une des questions sans doute les plus délicates et qui pourtant semble la plus évidente lorsque l'on aborde la question de la spiritualité, c'est celle de savoir ce qu'il en est de l'être de l'homme. Or, s'il est encore un territoire largement inexploré, malgré des siècles d'études et d'examens de cette question, ce territoire c'est bien celui de l'être humain, de ce qu'il en est de la personne, de la personne dans son rapport au domaine subtil et en particulier au domaine spirituel.
Mais tout d'abord, une interrogation se pose et demande à être explicitée, qu'est-ce que le spirituel ? Avant même que d'aborder et de savoir ce qu'il en est du lien entre l'homme et la spiritualité. Donc, lorsque l'on évoque le terme de spirituel, de quoi parle-t-on ? Le dictionnaire littré, il faut toujours être attentif aux définitions du dictionnaire, même si on peut s'en écarter, définit le mot spirituel de la manière suivante.
Disons trois grandes têtes de chapitre. Premièrement, est spirituel ce qui concerne l'esprit, l'âme, les relations de l'homme avec le divin, par opposition à matériel, l'âme étant le principe spirituel de l'être. Le littré est très néo-platonicien. Deuxième grande tête de chapitre, est spirituel ce qui concerne les croyances et les religions.
Troisième grande tête intitulée, ce qui concerne les convictions d'ordre moral, les valeurs spirituelles, les principes moraux qui unissent les membres d'une collectivité entre eux. Ainsi, le spirituel, en premier lieu, s'il faut en croire, bien sûr le dictionnaire, concerne l'esprit, l'âme, les relations avec le divin. Et le mot spirituel lui-même, lorsque l'on fait un peu un examen de sa racine, vient du latin spiritus, qui signifie proprement souffle, respiration.
Élément qui fait de l'homme un être animé, c'est-à-dire possédant une âme, anima. Mais si on oppose, comme le fait le dictionnaire, le spirituel à la matière, alors le spirituel se définit négativement comme tout ce qui n'est pas tangible, palpable. Mais ne faut-il pas faire attention à un point, parce que dans cette visée psychologique lui-même, à ce moment-là, l'émotionnel deviendrait aussi du spirituel.
Or, la matière, ce qui inclut les facultés intellectuelles, la mémoire, la volonté, le désir, porte le spirituel. Cette matière en est la forme, mais elle n'est pas le spirituel. Le spirituel est donc une des qualités, mais non la substance de la matière. Le spirituel, pourrions-nous dire, est le parfum de ce que les choses sont dans leur existence et dans leur être.
Pourrons parler, en termes philosophiques, de l'essence de l'être comme relevant du spirituel. La matière donc, cheminant de manière progressive, est habitée par le spirituel. Ce qui pourrait justifier qu'on parle tantôt de matière inerte et tantôt de matière animée, selon la présence ou pas du souffle de l'esprit qui lui donne l'être, le mouvement et la vie. Dans le même ordre d'idée, on pourrait être tenté d'opposer le spirituel au visible.
Et cela conduit à y englober tout ce qui est invisible ou non perceptible. Et peut-être pourrions-nous avancer que tout ce qui est spirituel est invisible. Mais il est certain que l'inverse, tout ce qui est invisible et spirituel, ne saurait être vrai ou du moins demanderait être fortement nuancé. On chemine lentement, mais je crois qu'il est intéressant de bien poser les bases assurées, ou du moins les plus tangibles, pour pouvoir développer notre examen.
On admet donc généralement, du temps sur ses difficultés, que la spiritualité est une ouverture intérieure qui mène l'être profond. On se situe les questions de sens, de vérité, en relation à la transcendance, ou non d'ailleurs, car il peut y avoir à l'évidence une spiritualité qui relève de l'immanence, de l'immédiateté directe. On évoque donc dans cette dénomination de spiritualité immanente, ce qu'une personne considère comme la chose qui donne le plus de sens à sa vie, ce qui est porteur de vie ou d'espérance, de conviction pour elle.
Il est clair qu'il est parfaitement possible, à ce titre, de vivre une spiritualité en dehors de toute référence au domaine religieux ou initiatique, proprement dit. Une spiritualité quasi instinctive, oserions-nous dire sauvage. On parle très souvent aujourd'hui, d'ailleurs, dans les médias, d'une spiritualité sans Dieu, pour faire écho à certaines voies, orientales ou non d'ailleurs, expressions devenues courantes ou encore une spiritualité personnelle.
C'est quelque chose que l'on retrouve relativement couramment, qui fait écho aux valeurs évoquées un peu plus haut de l'être. Cependant, par-delà ces considérations d'ordre général et presque sociologique, nous savons que le terme spirituel, qui apparaît comme très avantageux et gratifiant pour cacher, peut cacher bien des choses, est souvent dissimulé de nombreux pièges délicats, nous fondant à reconnaître qu'il peut y avoir une dimension non entrevue au sein de la quête spirituelle, un aspect problématique car l'homme, qui est évidemment, enfin l'homme entendu au sens générique, bien évidemment, hommes et femmes, l'homme qui est évidemment au centre, au cœur de cette quête, reste lui-même le plus souvent impensé et inconnu pour lui-même.
Or, sans cet éclairage préalable et indispensable, il est presque impossible de comprendre la nature des éléments subtils qui appartiennent au champ de la spiritualité et qui tout à coup s'invitent en nous.