Comment prétendre exercer une médecine chinoise traditionnelle 2/2 ?

Si l’on admet que la science moderne en général, et la médecine en particulier, font des progrès  fascinants, apportant une certaine forme de bien-être et de longévité, quel intérêt peut donc encore avoir une médecine datant de 2500 ans ? Et quelle prégnance peuvent encore revêtir ces textes anciens ?
Pour répondre à cette question, nous avons réuni Elisabeth Rochat de la Vallée, sinologue, Jean Motte, acupuncteur et directeur de l’école d’acupuncture traditionnelle Centre Imhotep, et Pierre-Marie Hazo, praticien.

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55:21
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Les enseignements spirituels, psychiques et thérapeutiques de la médecine chinoise replacent l’homme dans son environnement c’est à dire entre le ciel et la terre. L’homme est perçu comme « pris en tenaille » entre le très haut, le ciel, où trône l’intelligence supérieure, et le très bas, où règne la matérialité et sa déviance : le désir d’accumulation.
Jean Motte nous rappelle les adages de la pensée chinoise « plus j’ai moins je vis », ou encore cette exhortation à l’ouverture du coeur: « on vit par sa surface et on meurt par son volume ».
L’art de l’acupuncture, le Shen, l’importance du souffle (Qi) sont ainsi concrètement expliqués et mis en perspective à travers les différentes époques de l’histoire de la Chine: ces pratiques permettent un rééquilibrage de l’homme.
- comment dissocier le savoir-faire et le savoir-être ?
- quel lien existe-t-il entre le traitement et la guérison ?
- quelle vision du monde et quel sens de la vie nous proposent la philosophie chinoise ?
- si l’on accepte l’existence d’une hiérarchie (hieros-archos : pouvoir sacré) entre le ciel et la terre, et que cette hiérarchie représente une polarité et non une opposition : la médecine chinoise, de par sa dimension spirituelle, permet-elle de rétablir l’inversement des pôles Ciel-Terre que caractérise la modernité et l’hyper-consumérisme actuel?
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N’est-ce pas tout simplement par sa simplicité et son bon sens que s’explique la pérennité de cette médecine ? A vous de vous faire une idée dans cette table ronde de deux heures filmée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Alors Elisabeth, on parle d'esprit, Jean-Maude vient de nous expliquer effectivement cette notion de matière, etc. Est-ce qu'on pourrait faire une distinction entre le traitement et la guérison ? Il faut la faire. Que fait le thérapeute ?

Il traite et il va traiter, et du reste il va traiter avec tout ce qu'il connaît et je dirais avec tout ce qu'il ne connaît pas, c'est-à-dire il traite à la fois avec tout ce qu'il sait, avec tout ce qu'il perçoit et il traite avec ce qu'il est. Alors comme on disait tout à l'heure, pas simplement parce que par l'intégration qu'il fait, les choses qui vont venir à travers lui, parce qu'également il a des connaissances et des techniques qu'il n'arrête pas également de travailler, mais il y a aussi un autre aspect, c'est que comme on disait tout à l'heure, si dans cette pensée chinoise, ce qu'est un être humain, cet ensemble de souffle en mouvement et en transformation qui est un être humain, va émaner des souffles qui vont toucher les autres, le thérapeute va forcément par définition avoir également des échanges de souffle de cet ordre-là avec son patient, c'est-à-dire c'est simplement un fait, une donnée, ce n'est pas qu'il veut ou ne veut pas l'avoir, c'est comme ça, il y a, mais alors ces échanges-là ne se situent pas du tout à un niveau que l'on maîtrise, c'est-à-dire ce n'est pas ce que je veux faire, il n'y a pas de manipulation, c'est ce que j'ai et c'est ce que je suis qui va émaner quelque chose, et que donc, par exemple, tu parlais tout à l'heure de la rectitude, de la rectitude intérieure, et bien que le thérapeute travaille continuellement sur sa propre rectitude, jour après jour et année après année, et quelque chose que l'on va trouver certainement dans les meilleurs textes, et un grand médecin comme Sun Tzu Miao ne dit pas autre chose dans sa préface à son grand ouvrage, quand, c'est-à-dire là on est sous l'étrangle, on est 6e siècle, 7e siècle après jésus-christ, quand il parle du grand acupuncteur, c'est-à-dire, et par contre, ce n'est pas pour faire quelque chose, c'est simplement pour être, pour être dans la rectitude et l'authenticité de ma propre vie, mais l'effet sera qu'également quelque chose émanera de moi, alors bien sûr avec les variations de chaque jour, comme on n'est jamais parfait, il y a des jours où on est plutôt bien, plutôt mal, mais toujours sur un fond du travail que l'on fait sur soi-même également.

Donc, il y a un savoir-faire et également un savoir-être. Absolument, c'est indissociable, et que ce savoir-être va normalement être également du côté du chêne, bien sûr, va en nous enrichir ce que j'ai appelé cette intelligence spirituelle, qui n'est pas du côté de la quantité de la connaissance, mais de la qualité avec laquelle je peux percevoir quelque chose, et l'exactitude avec laquelle je peux percevoir tout ce que me donne à voir le patient et ce qu'il est, mais ceci n'est pas quelque chose que je manipule, ou que j'utilise, ou que je fais dans un but quelconque, mais ça participe à cela.

Alors maintenant, le thérapeute, lui, il va soigner, qu'est-ce qu'il va faire par les différents moyens qu'il connaît, par les techniques qu'il connaît, et bien il va travailler fondamentalement sur les souffles, et il va faire en sorte de rétablir ces échanges et ces activités de souffle dans un meilleur ordre, ce qui va donner des signaux au patient. Ce qui va donner des signaux au patient, bien sûr, dans son corps, il y a quelque chose qui va dégonfler, il y a une douleur qui va partir, bien sûr, mais tout ça, et heureusement, il faut mieux que ça parte aussi, il ne s'agit pas de dire vous avez tous vos symptômes mais vous êtes guéri dans le fond, ça je n'y crois pas personnellement, mais les symptômes partent, mais comme on peut le souligner très bien, l'important n'est pas que simplement ils partent, parce que je fais partir un symptôme, mais ce qui a été à l'origine du symptôme reste dans le patient, et bien c'est déjà reparti ailleurs, ou ça va repartir ailleurs, ce que disent aussi beaucoup de textes, et donc à ce moment-là, il faut s'adresser à la source du désordre, mais la source du désordre, comme je disais, c'est forcément en moi, c'est-à-dire au plus profond de moi, là où sont commandés tous ceux qui font les mouvements et les transformations des souffles, et ceci en l'homme comme dans la nature, c'est les esprits, c'est les chaînes, mais c'est en moi la façon dont je fais advenir mes propres chaînes, mes propres esprits, dont je peux avoir conscience de cette réalité des choses, une conscience vécue, pas forcément une conscience intellectuelle, l'un n'empêche pas l'autre, mais ça ne l'exige pas forcément, et à ce moment-là, les signaux qui sont donnés au patient par un meilleur ordre des souffles, et par même l'attitude, par la présence d'un thérapeute qui lui-même essaye d'être dans cette rectitude de souffle, par sa vie personnelle, eh bien, ceci va donner, va peut-être atteindre le patient, lui ouvrir en quelque sorte, ou lui rouvrir des passages sur lui-même, un meilleur, une sorte de retour à ce qu'il est lui-même, dans sa vraie nature, dans ce qu'il est dans l'ordre des choses, et de façon à ce qu'un changement s'opère à ce niveau-là, que quelque chose change, alors cela pourra être un changement dans la conduite de sa vie, de ne plus faire ceci, dormir un peu plus, ne pas manger ça, enfin, bien sûr, il y aura des tas de choses, mais ce qui va être important, ce sera que quelque chose aura changé au plus profond de lui-même, qui fait que ce qui a été à la véritable source du désordre en lui, n'existe plus de la même façon.

Alors là, c'est ce qu'on appellera une guérison, et la guérison ne peut pas être faite par quelqu'un d'autre, par quoi que ce soit, d'extérieur à celui qui est malade. Alors justement, cette attitude du thérapeute, cette différence entre le traitement et la guérison, l'attitude du thérapeute, qu'est-ce que vous en pensez? Je vais reprendre ce qu'a dit Elisabeth, à dire vrai, je suis entièrement d'accord.

Bon, difficile de le dire autrement, de le dire avec aussi grande clarté. Il me semble qu'il y a une différence déjà, on va prendre des mots, il y a une différence entre soigner et guérir. Soigner, c'est le soie qui est nié, donc je l'enlève, guérir, c'est le rire qui rend gai, et je pense qu'on ne tombe jamais malade si on rit, et c'est pour ça qu'on tient compte énormément dans l'acupuncture à cette notion que le cœur c'est l'empereur et que c'est le rire, c'est la joie.

Si j'ai la joie au cœur, alors je ne peux pas tomber malade. Donc pour avoir cette joie au cœur, il ne faut pas que j'ai de crédit dans le passé. Et tout le travail, encore une fois, de l'acupuncteur, travailler sur le patient, c'est d'arriver à lui enlever toutes ces scories qu'il porte, qui sont des choses qu'il accumule au fil des années dans son passé. Donc le but, c'est d'être dans l'instant présent, c'est cette difficulté-là, cet instant présent qui est très difficile à obtenir.

Quand on pique, quand on met des aiguilles, on n'injecte aucun produit, on ne va pas travailler les aiguilles en profondeur, on ne va pas toucher les os comme on pourrait l'entendre des fois, etc., enfin on ne va pas crever des veines ou des artères ou des organes. Peut-être que ça existe, mais j'en ai jamais vu. Donc le but, c'est d'harmoniser, alors peut-être qu'il faut redéfinir ce qu'est

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